TIP & SHAFT | Antoine Mermod : « Une nouvelle génération arrive »
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Antoine Mermod : « Une nouvelle génération arrive »

Elu à la tête de l’Imoca à la suite de l’assemblée générale du 26 avril dernier (voir Tip & Shaft #66), Antoine Mermod, qui collabore actuellement avec Boris Herrmann sur son projet Imoca, revient pour Tip & Shaft sur les récents bouleversements à la tête de la classe et fait part de sa vision pour 2017.

Comment interprètes-tu le vote de défiance qui n’a pas permis à Jean Kerhoas de se représenter à la tête de l’Imoca ?
La première chose à dire, c’est que l’association est en très bonne santé : les comptes sont très bons et le Vendée Globe a été une très grande réussite. En outre, la jauge et le programme ont été votés jusqu’en 2021, on peut donc dire que Jean Kerhoas et son équipe ont fait un excellent travail. Après, pourquoi a-t-on changé de président ? Il y a clairement une nouvelle génération de skippers qui arrive et une ouverture à l’international nécessaire et demandée. L’idée était de faire évoluer la gouvernance : il faut que le conseil d’administration ressemble à ses membres qui ont changé en quatre ans. Là, ça se rajeunit, ça parle anglais et ça veut aller plus vite. Cette transition s’est d’ailleurs faite un peu plus vite que prévu…

Est-ce aussi une façon de déplacer le centre de gravité de l’Imoca jugé par beaucoup de coureurs trop proche de Port-la-Forêt ?
Kito de Pavant dit depuis quinze ans que l’Imoca n’est pas qu’en Bretagne et il a raison. C’est vrai que quand on est sur des projets qui ne sont pas en Bretagne, l’information est plus difficile à glaner. Or, un membre de l’Imoca, qu’il soit basé au Japon comme Kojiro Shiraishi, aux Etats-Unis comme Rich Wilson ou en Hollande comme Pieter Heerema, paie la même cotisation, fait les mêmes courses, a les mêmes droits et devoirs que les autres. Les étrangers, comme l’équipe d’Alex Thomson, qui est devenue l’une des plus performantes, pensent que c’est important qu’un skipper de La Trinité ou de Port-la-Forêt ne soit pas avantagé par rapport à un autre.

Quels objectifs te fixes-tu pour cette année en tant que président ?
Pour l’instant, mon objectif est de faire un audit de l’association, cela veut dire rencontrer tous les gens qui travaillent avec elle, à commencer par Gaëtan Gouérou [le délégué général, contesté par certains « frondeurs », NDLR] que j’ai vu le surlendemain de l’AG et qui m’a fait un état des lieux de tous les dossiers. J’ai également rencontré Jean Kerhoas et les partenaires privilégiés, comme le Vendée Globe, OSM, la Barcelona World Race et les organisateurs de la Route du Rhum, de la Transat anglaise et de la Transat Jacques-Vabre. Le conseil d’administration se réunira début juin pour définir une feuille de route pour 2017 et, en fonction de ces objectifs, l’organisation sera redéfinie ou pas. Ce qui est certain, c’est qu’au niveau du fonctionnement, c’est hyper important d’améliorer la communication entre les membres de l’association et l’équipe dirigeante pour impliquer davantage les différents teams et que la prise de décision soit plus transparente. Ensuite, il faut voir dans quelle mesure on peut améliorer la visibilité de notre championnat du monde. On a pu voir les retombées stratosphériques du Vendée Globe lors de la conférence que vous avez organisée (Tip & Shaft/Connect, voir Tip & Shaft #67) : il se finit à peine que nous constatons une euphorie rarement vue, avec beaucoup de projets déjà confirmés ou en cours de montage, à nous de regarder comment on transforme tout ça. Ce qu’il faut travailler, c’est ce qu’il se passe entre deux Vendée Globe.

Le contrat avec OSM, qui a injecté beaucoup d’argent en quatre ans, arrive à échéance en fin d’année, sa reconduction est-elle un objectif ?
Oui, carrément, c’est un point essentiel. Lors de l’AG, ils ont évoqué les points à améliorer pour mieux réussir leur mission, on va essayer de trouver la meilleure solution, sachant que nous avons tous le même objectif : que nos courses fonctionnent, que les skippers puissent avoir les meilleurs bateaux possibles et arrivent le plus tôt possible. L’Imoca est une association, le Vendée Globe une société d’économie mixte, OSM une société privée anglaise, il y a un certain nombre de différences culturelles… Mais quand on voit les résultats extraordinaires du Vendée Globe alors qu’y participent des gens très différents, on se dit qu’on peut fonctionner ensemble malgré nos différences.

L’objectif est de faire venir plus de teams sur les autres courses, notamment la Barcelona World Race. Que penses-tu de l’avis de course présenté à l’AG qui promet 2 millions d’euros de prize money (contre 600 000 pour le Vendée Globe), à condition qu’il y ait douze bateaux au départ ?
Je crois déjà que les changements proposés, notamment l’escale à Sydney, ont été accueillis de façon très positive. Quant au prize money, ça peut aussi être incitatif. Vu l’engagement que mettent les skippers sur un tour du monde, je suis très content qu’ils soient bien récompensés, ils le méritent. Nous partageons bien sûr cet objectif de faire venir plus de monde sur la Barcelona World Race : c’est une course qui a été votée au calendrier de l’Imoca, avec près d’une vingtaine de membres actifs dans la salle au moment du vote, s’ils ne veulent pas la faire, il ne fallait pas la mettre au calendrier. A un moment, il faut arrêter de passer son temps au chantier et naviguer ! Et je pense que, tant techniquement que sportivement, la Barcelona est un excellent moyen de préparer le Vendée Globe.

Laura Le Goff a annoncé lors de Tip & Shaft/Connect qu’elle restait à la tête du Vendée Globe, est-ce une bonne nouvelle pour l’Imoca ?
C’est une excellente nouvelle pour deux raisons : d’abord, parce qu’elle a récupéré le Vendée Globe il y a un an et qu’elle en a fait un événement exceptionnel, c’est une personne très compétente et passionnée, avec en plus beaucoup d’ouverture d’esprit. Ensuite, parce qu’elle est un peu nouvelle dans cet univers, ça fait du bien de voir arriver des gens avec une certaine fraîcheur.


Le CA bientôt complet. « Surpris » par la démission de trois des membres du conseil d’administration de l’Imoca (Vincent Riou, Jean Le Cam, Luc Talbourdet) suite à la non-reconduction de Jean Kerhoas, Antoine Mermod va s’adresser aux membres de l’Imoca en marge de la remise des prix du Vendée Globe ce samedi pour demander quels sont les éventuels candidats aux postes à pourvoir. Trois administrateurs provisoires seront alors nommés puis soumis au vote des adhérents lors de la prochaine AG qui pourrait avoir lieu à l’automne « s’il y a des décisions importantes à prendre pour l’avenir ».