TIP & SHAFT | Ian Lipinski : « Le Mini idéal ? Le mien avec des petits foils »
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Ian Lipinski : « Le Mini idéal ? Le mien avec des petits foils »

Dernière course avant la Mini Transat, la Transgascogne (en solo et en double) s’est élancée le 30 juillet des Sables d’Olonne vers Avilés (Espagne). Grand favori, Ian Lipinski s’est imposé sur la première étape en Proto. Pour Tip & Shaft, le skipper de Griffon.fr, plan David Raison, évoquait avant le départ ses objectifs futurs.

Quel est ton état d’esprit avant de disputer la Transgascogne ?
C’est un peu la dernière répétition avant la Mini Transat, mais c’est aussi dans ma tête une de mes dernières courses en Mini après six ans sur le circuit, car, même si je ferai peut-être encore des courses en double, il y a de fortes chances pour que j’arrête à la fin de la saison. J’ai donc envie de prendre une bonne dose de plaisir sur cette Transgascogne en me disant que c’est la fin d’un cycle.

Et accessoirement de poursuivre ton grand chelem qui dure depuis deux ans : comment expliques-tu une telle domination ?
En 2015 en série, c’était plus compliqué. J’avais été le premier à avoir le nouveau bateau, l’Ofcet, ce qui m’avait permis de mieux me préparer et sans doute de comprendre avant les autres son mode de fonctionnement. Cette année, en proto, ça s’explique à la fois par le bateau, le Maximum, qui va vraiment très très vite, et le fait que j’ai désormais une solide expérience en Mini, puisque c’est ma sixième année sur le circuit.

Ce 865, c’est vraiment l’arme fatale ?
Oui, clairement. J’arrive d’un convoyage incroyable : je pense que j’ai battu le record en Mini avec 16 nœuds de moyenne pendant 4-5 heures, j’étais quasiment tout le temps à 17-20 nœuds sans jamais décélérer. Ce bateau a la particularité de ne pas ralentir, de ne jamais s’arrêter dans les vagues. Je fais souvent des pointes de vitesse beaucoup moins élevées que les autres, y compris par rapport aux bateaux de série – j’entends souvent à la fin des courses parler de pointes 3-4 nœuds supérieures aux miennes -, en revanche, c’est sa vitesse moyenne qui est impressionnante. Après, quand on le prend en main, on n’ose pas le pousser trop loin, je n’aurais pas été capable il y a un an et demi de faire le convoyage que je viens de faire ; on prend graduellement confiance en dépassant peu à peu cette appréhension de la vitesse.

Tu apparais comme le grandissime favori de la Mini Transat, assumes-tu ce statut ?
Oui, je l’assume, parce qu’il paraît évident quand on voit que j’ai gagné toutes les courses de la saison. Après, je ne le vis pas comme une pression supplémentaire. Pour moi, la pression est liée au fait de traverser l’Atlantique sur un Mini sans pouvoir communiquer, en sachant qu’il peut arriver plein de choses en mer qu’il faudra gérer seul, ce n’est pas anodin. Mais cette appréhension, je l’ai quoi qu’il arrive, statut de favori ou non.

Qui seront, selon toi, tes principaux concurrents ?
D’après les résultats cette année, le 800 (Erwann Le Méné), le 716 (Romain Bolzinger), peut-être Jörg (Riechers) dont on ne connaît pas trop le bateau. Arkema (Quentin Vlamynck), il faudra regarder, mais il n’a pas encore démontré qu’il était très performant au portant, une allure qu’on aura sur la deuxième étape. Après, il y a Simon Koster, avec lequel je m’entraîne à Lorient et qui progresse à chaque sortie. Même si son bateau est un peu moins performant, ce sera un des concurrents très sérieux de la Mini Transat : il en est à sa troisième participation comme moi, c’est quelqu’un de très débrouillard, capable de gérer toutes les situations.

Il avait fait le choix des foils sur son Eight Cube (888) avant de revenir à des dérives droites, Arkema a aussi des foils, quel est ton avis sur le sujet ?
Je pense que les foils seront un plus à l’avenir, d’autant que c’est beaucoup plus ouvert en Mini que sur les autres classes prototypes : on a le droit aux plans porteurs sur les safrans, on n’est pas limité en nombre d’appendices, ce qui permet d’avoir des dérives et des foils. Pour moi, le Mini idéal, ce serait le mien avec des petits foils qu’on rajouterait pour le vent de travers, ça ferait un effet booster quand le bateau va vite et est gîté, c’est vraiment là, entre 80 et 100 degrés du vent, qu’un surplus de puissance avec des foils pourrait permettre d’aller vraiment plus vite.

Tu as la possibilité d’être le premier à réussir le doublé série-proto, y penses-tu ?
Oui, je suis sensible à ça, j’aimerais bien. Je fais tout ce que je peux avec mes moyens pour gagner en proto, après je sais qu’il y a les aléas de la course.

Et après la Mini, quels sont tes objectifs ?
J’aimerais continuer à vivre de la course au large en menant des projets en solitaire. Mon objectif est de passer en Figaro, de redevenir débutant ! Etant focalisé sur la Mini Transat, je n’ai pas vraiment anticipé, je ne serai probablement pas prêt l’année prochaine en termes de budget, mais j’aimerais bien, par exemple, participer à la Transat AG2R en étant invité comme équipier, tout en montant un projet pour l’année suivante. J’ai eu une proposition, on a dit qu’on en reparlerait après la Mini Transat, il m’a dit qu’il fallait que je la gagne !

Et l’Imoca, le Vendée Globe ?
L’Imoca, c’est quelque chose qui me parle, mais le Vendée Globe, c’est aujourd’hui quelque chose qui me fait très peur, notamment le temps passé en mer ; pour l’instant, ça me fait plus peur que rêver. Après, un Imoca, c’est un Mini en plus gros, ce serait passionnant d’apprendre à manier un tel bateau. Je trouve juste vraiment dommage d’avoir bridé sur les Imoca ou les Class40 la possibilité de faire des scows, je ne ne comprends pas trop pourquoi c’est interdit. Quand je vois les Imoca de l’extérieur, ce sont des bateaux qui naviguent sous l’eau. Moi quand je suis en Mini, je n’ai jamais d’eau sur le pont, alors que les Mini sont des bateaux réputés pour mouiller énormément. Cela me paraît être une contradiction de dépenser autant d’argent pour gagner du poids et de se retrouver avec autant d’eau sur le pont. En quatre ans, j’ai aussi un bateau qui n’est jamais parti au lof ni à l’abattée, il va toujours tout droit, c’est facile, je trouve que la carène en scow apporte plein de choses positives, je ne vois pas vraiment de défauts et ça ne coûte pas vraiment plus cher. Après je ne sais pas si ça marcherait à plus grande échelle…