Arnaud Boissières change de dimension

Après trois éditions du Vendée Globe terminées aux 7e, 8e et 10e places, Arnaud Boissières est reparti pour une quatrième campagne consécutive, avec des ambitions et des moyens à la hausse. Une campagne lancée avant même le départ de la dernière édition et qu’il a bouclée budgétairement peu après son arrivée : « Juste avant l’ouverture du village, j’avais proposé à La Mie Câline de mettre une option sur l’achat d’un bateau à foils. Comme ils arrivaient tout juste dans l’histoire, c’était un peu trop tôt pour eux, ils voulaient attendre de voir les répercussions du Vendée Globe. Un mois après mon arrivée, nous nous sommes vus avec mes partenaires principaux, je leur ai exposé mon nouveau projet sportivement plus ambitieux avec un bateau à foils. Ça tombait bien parce qu’ils voulaient aussi continuer, mais à condition que les ambitions soient plus hautes. Comme le budget était forcément plus important, La Mie Câline a accepté un co-naming avec Artipole« .

Le budget en question, réparti en trois parts égales entre les deux partenaires titres et un groupement d’autres partenaires, reste raisonnable, de l’ordre de 900 000 euros annuels, en bonne partie en raison du choix de bateau effectué par le skipper : « Je me suis vite rendu compte que je n’avais pas les moyens de faire un bateau neuf. On avait peut-être les moyens d’acheter un bateau à foils à 3 millions, mais sans rien pouvoir faire derrière. Je me suis quand même penché sur les cas de No Way Back – mais le vendeur a fait monter les enchères – puis de Safran, qui n’était alors pas vraiment à vendre ».

Décidé à assurer ses arrières, Arnaud Boissières, qui estimait que son plan Farr (l’ex Paprec-Virbac 2) était difficilement modifiable, pose alors une option sur l’ex Aviva, jusqu’à ce que Michel Desjoyeaux lui propose un autre plan Owen-Clarke, l’ancien Gamesa, skippé sur le dernier Vendée Globe par l’Irlandais Enda O’Coineen (abandon sur démâtage). « Ce qui était intéressant, c’est qu’il appartenait à Mer Agitée qui proposait de faire un refit du bateau livrable clés en main, foils compris. Pour des raisons financières mais aussi pour ramener le projet en Vendée, on a finalement opté pour une solution médiane, avec un bateau livré structurellement et une fin de chantier chez moi, aux Sables ».

Concrètement, les travaux ont consisté en une cure d’allègement général (le skipper espère un gain de poids de 500 à 800 kilos pour un déplacement à l’arrivée de 8 tonnes), le reste du bateau, revenu très abîmé de Nouvelle-Zélande, a été revu de fond en comble avec, gros du chantier, la construction de puits de foils dans les moules de ceux de l’ex Maître CoQ et d’une paire de foils au profil très proche de ceux qu’avaient fait construire Jérémie Beyou et son équipe (avec l’ailette anti-dérive dessous), la seule différence étant liée à l’implantation, plus horizontale ; un nouveau mât prototype, autorisé sur les anciens bateaux, a été construit chez CDK, son implantation a été reculée de 90 centimètres, le skipper a fait le choix d’outriggers standardisés (construits chez Lorima) et d’une bôme plus petite. Autres changements : la modification de la configuration des ballasts et un nouveau système de safrans relevables remplaçant celui, sous voûte, d’origine, ce qui a nécessité d’ouvrir complètement le tableau arrière… C’est donc un autre bateau qu’a récupéré le 10 février aux Sables d’Olonne Arnaud Boissières contre un chèque de 1,5 million d’euros à Mer Agitée.

La fin du chantier est programmée début avril avant un programme de courses qui passera par le Grand Prix Guyader, Douarnenez-Cascais, des RP en Méditerranée, peut-être la Drheam Cup-Destination Cotentin, puis la Route du Rhum-Destination Guadeloupe et enfin la Barcelona World Race. Un tour du monde en double qu’il a choisi de courir, parce que le fait d’avoir acheté un bateau moins cher qu’un foiler le lui permet d’un point de vue budgétaire, mais aussi par « envie de retourner dans les mers du Sud pour apprendre à naviguer sur le bateau ».

Etienne Carra, avec lequel il a travaillé à l’époque d’Akena Vérandas et qui apportera sa connaissance des foils, développée aux côtés de Lalou Roucayrol, l’accompagnera sur la deuxième étape au départ de Sydney, une place est libre sur la première pour un marin « qui amène de la valeur sportive et si possible un petit complément de budget ». Michel Desjoyeaux ? « Je lui ai proposé, il m’a fait une réponse à la Mich : ni oui, ni non ». Une chose est sûre : avec ce nouveau bateau, Arnaud Boissières est entré dans une nouvelle dimension, conscient qu’il va devoir supporter une pression de résultats à la hausse : « C’est une bonne pression que je me suis mise naturellement et c’est aussi pour ça que j’y retourne. J’ai fait septième, huitième et dixième du Vendée Globe ; l’objectif désormais, c’est de faire régulièrement dans les cinq premiers« , conclut-il.

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