Quel avenir pour le World Match Racing Tour ?

Racheté en juillet 2015 par Håkan Svensson, homme d’affaires suédois propriétaire du groupe industriel Aston Harald et constructeur des catamarans M32, le World Match Racing Tour ne semble pas être en aussi bonne santé qu’affiché. Prize money non réglé, calendrier incertain, plateau moyennement engageant : le circuit qui ne séduit pas autant qu’espéré. Tip & Shaft fait le point sur ce tour qui affichait l’ambition de devenir l’antichambre de l’America’s Cup.

  • Un choix contesté de support. En décidant de n’utiliser qu’un seul bateau pour tout le tour, Håkan Svensson a pris le risque de remettre en question l’essence même du circuit. La polyvalence et la capacité d’adaptation qui faisaient partie des qualités essentielles des match-racers a en effet disparu. De l’avis d’Eric Monnin, titulaire d’une Tour Card en 2016, ce n’est pas le passage en multicoque qui pose problème, mais bien le bateau unique, comme l’ont relevé différents acteurs du match-racing lors du Yacht Racing Forum en novembre dernier. Par ailleurs, si le M32, gréé en catboat, répond aux critères de simplicité et de solidité il est mauvais vireur, regrette nombre de coureurs, ce qui est handicapant pour un bateau de match-racing.
  • Projet business VS projet sportif. Håkan Svensson, qui est également constructeur du M32, a transformé le WMRT en un circuit de promotion pour son produit. Mais à environ 250 000 dollars l’unité, le bateau peine à trouver preneur. A ce jour, 77 bateaux ont été produits, 24 pour le WMRT (3 flottes de 8, répartie entre les USA, l’Europe et l’Australie/Asie), les autres ayant été acquis par des équipes, des privés ou des clubs. Le projet est donc encore loin de la rentabilité.
  • Des retards de paiements. Les prize money de la Monsoon Cup 2016 n’ont toujours pas été payés et les montants en jeu (plusieurs dizaines de milliers de dollars) pèsent lourds pour les équipes qui comptent sur ces rentrées pour boucler leur budget 2017. Pour Robert Magnusson, CEO d’Aston Harald Sports, cette situation est regrettable tant pour les équipes que pour la réputation du tour, mais relève des organisateurs de la rencontre. « Nous faisons notre possible pour les pousser à régler rapidement ces questions« , a-t-il simplement commenté par email. Autre point critiqué par les coureurs : la suppression des practice days. « Les coûts de location pour s’entraîner deviennent prohibitifs« , souligne Eric Monnin.
  • Un calendrier rétréci. A ce jour, trois événements du WMRT seulement sont confirmés. Quatre rencontres devaient être annoncées entre fin janvier et début février mais aucune date ni lieu n’ont pour l’heure été communiqués. Les organisateurs assurent que plusieurs projets sont en cours, deux en Asie, trois aux USA, et deux en Europe, et qu’ils vont être confirmés sous peu. L’Argo Group Cup des Bermudes et la Monsoon Cup ont été annulées et une régate annoncée à Gênes en septembre a été retirée. Les sites régulièrement hôtes, comme Langenargen (Allemagne), ou Sopot (Pologne) ne sont plus au programme.
  • Des coûts d’organisations prohibitifs. Robert Magnusson reste laconique sur les conditions financières négociées avec les organisateurs des épreuves, mais on évoque des montants d’environ 200 000 dollars… uniquement pour la location des huit bateaux ! Des coûts élevés auxquels s’ajoutent les droits du WMRT, les prize money et les frais d’organisations, soit un budget estimé entre 500 et 700 000 dollars ; bien plus cher qu’avant l’arrivée du M32.
  • Tout n’est pas noir. De l’avis de nombreux marins, le WMRT reste cependant une compétition intéressante. Yann Guichard, skipper de Spindrift, apprécie le circuit pour son caractère éclectique, et son organisation de qualité. « Les contraintes logistiques sont minimes, puisque les bateaux sont fournis. Le fait de rencontrer des équipes qui ont une approche différente de la voile et de la compétition nous oblige à nous adapter.« 
  • Quelle viabilité à long terme ? Difficile de dire si le WMRT peut continuer longtemps sous sa forme actuelle. La capacité financière d’Håkan Svensson lui permet d’absorber le manque à gagner, faute d’organisateurs payants et de bateaux vendus. Mais combien de temps ?

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