Ce qu’il faut retenir de Tip & Shaft/Connect Paris

Quatre mois et demi après une première édition à Nantes, Tip & Shaft/Connect a réuni 95 personnes à Paris mercredi pour évoquer l’avenir des courses en double. Vous n’y étiez pas ? Voici ce qu’il faut retenir de cette demi-journée riche en enseignements et en débats.

Premier à intervenir, Loïc Le Bras, consultant pour Sportlab, a présenté des chiffres très instructifs sur la place de la voile et des grandes courses, en solitaire et en double, dans le paysage du sport en France. Premier constat : la voile n’occupe que le 15e rang des sports suivis par les Français, avec 27% d’entre eux qui se disent intéressés. Un public par ailleurs plutôt vieillissant, puisque ce chiffre monte à 36% pour les plus 50 ans, contre 18% pour les 15-24 ans et 21% pour les 25-49. Preuve que le jeune public est à conquérir.

En revanche, si l’on s’attarde sur les événements sportifs qui ont intéressé les Français en 2016, on remarque que derrière les Jeux olympiques et l’Euro 2016, le Vendée Globe fait jeu égal avec des compétitions comme le Tour de France cycliste ou le Tournoi des 6 Nations en rugby. Pour ce qui est des courses à la voile, si le Vendée Globe « écrase tout » (46% de gens intéressés sur l’édition 2012-2013), la Route du Rhum (30% en 2014) et la Transat Jacques-Vabre (21% en 2015) tirent leur épingle du jeu, devant le Tour de France à la voile (14% en 2014), La Solitaire du Figaro (13% en 2014), la Transat AG2R (12% en 2012) et la Barcelona World Race (7%). L’enseignement de ces chiffres ? « C’est difficile pour un événement d’émerger d’un seul coup pour intéresser le public. Il faut s’ancrer dans le temps, avoir un nom constant et si possible un ancrage géographique », conclut Loïc Le Bras.

Une première table ronde consacrée aux retombées des courses en double a réuni Jean-Jacques Laurent, PDG de PRB, Romain Ménard, responsable de projet chez Absolute Dreamer, et le skipper Kito de Pavant. Le premier a notamment évoqué la Transat Jacques-Vabre qui lui permet de « jouer sur le local » en B to B et de « raconter une autre histoire », différente de celles vécues sur les courses en solitaire. Même son de cloche chez Romain Ménard, qui a accompagné les cinq victoires en double de Jean-Pierre Dick (deux sur la Barcelona World Race, trois sur la Jacques-Vabre) : « En double, on raconte une histoire de cohabitation, de partage d’expérience, d’apprentissage. C’est aussi l’occasion de faire rentrer dans le projet un marin qui lui donne une énergie supplémentaire ». Kito de Pavant a également insisté sur la notion de transmission : « Les courses en double ont une vertu, c’est de permettre à de jeunes coureurs de s’affirmeret de se montrer. » Avant de regretter : « Elles sont en revanche perturbées par un calendrier qui favorise les courses en solitaire, on le voit avec la proximité de la Transat AG2R et de La Solitaire du Figaro ou de la Route du Rhum et de la Barcelona World Race ».

La deuxième table ronde a parlé chiffres et modèle économique des courses en double, avec Yvon Breton, directeur du sponsoring d’AG2R La Mondiale, sponsor-titre de la transat du même nom, Xosé-Carlos Fernández, directeur général de la FNOB qui organise la Barcelona World Race, et Gildas Gautier, délégué général de la Transat Jacques-Vabre. Le premier a évoqué un investissement d’un million d’euros (HT et sans les opérations d’activation) pour la Transat AG2R-La Mondiale pour un ROI (retour sur investissement) « entre 8 et 10 millions ». Sans compter l’impact « important » sur le taux de notoriété et le « côté fédérateur en interne » du sponsoring sportif « qui apporte un sentiment de fierté qui ne se mesure pas mais vaut beaucoup d’argent. » De son côté, Gildas Gautier a donné un budget de « 2,4-2,5 millions d’euros«  dont 900 000 à la charge de la Ville du Havre, pour « 40 millions d’euros d’impact média évalué par l’Argus. » Quant à la fréquentation du village départ, elle est estimée à 450 000 personnes sur l’édition 2015. Enfin, Xosé-Carlos Fernandez a évoqué le modèle d’organisation de la Barcelona World Race, qui, grâce au label d’intérêt public national négocié à chaque édition avec le parlement espagnol, permet aux partenaires privés de bénéficier d’une défiscalisation. Il a annoncé un budget de 20 millions d’euros sur quatre ans (qui inclut les nombreuses activités de la FNOB, pas que la course) pour 117 millions de retombées (retombées médias et économiques pour la région de Barcelone).

La troisième et dernière table ronde a été consacrée au phénomène du double sur les courses à handicap (IRC/Osiris). Chargé de mission pôle habitable à la FF Voile, Bastien Bouchard a d’abord donné quelques chiffres : en France, 1 400 épreuves Osiris sont organisées sur le territoire (14 400 coureurs), 150 en IRC (4 000 marins), le double ne représentant que 60-70 courses en tout (contre 30 en 2007). Si le pourcentage est faible, l’intéressé estime que la pratique du double, favorisée notamment par du matériel plus performant, s’inscrit dans « une tendance plus sportive, où le marin va faire tous les postes et va souhaiter s’orienter vers des courses plus itinérantes. » Ce que confirme dans la foulée Jean-Philippe Cau, président de l’UNCL, qui parle du double comme d’une « nouvelle tendance » que l’on constate en France surtout sur les bassins Atlantique et Manche, mais également outre-Manche : la Rolex Fastnet Race réunissait ainsi cette année 350 bateaux en IRC dont 62 en double (contre 41 en 2011). Le meilleur exemple du succès du double dans les courses à handicap est fourni par la Transquadra Martinique qui accueille 92 bateaux cette année, 75% menés en double. Son fondateur Mico Bolo a expliqué que le passage d’un format solitaire à un format solitaire + double a grandement contribué au développement de la Transquadra qui a par ailleurs un impact considérable sur les chantiers, nombre d’entre eux calant le lancement de nouveaux modèles, spécialement conçus, sur le calendrier de la course.

Enfin, Hervé Favre, directeur du pôle course au large d’OC Sport Pen Duick, a conclu Tip & Shaft/Connect Paris en faisant un peu de prospective : il a imaginé l’impact que pourrait avoir l’introduction de la course au large au programme olympique de Marseille 2024 sur l’écosystème de la course au large, sachant que le format proposé par Wolrd Sailing est une course en double mixte de 3 jours et 2 nuits sur un monocoque de 8-11 mètres. Si le projet est adopté par le CIO – ce qui n’est pas gagné, car les Japonais refusent pour l’instant d’ajouter des épreuves de démonstration aux épreuves programmées -, cela induirait l’introduction d’une telle course dans les World Cup Series, une internationalisation des courses et des coureurs, la création d’académies à l’image du pôle Finistère Course au large. Bref, un vrai appel d’air international qui bénéficierait à tout le monde.

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