Tip & Shaft | Stéphane Le Diraison : « Depuis le Vendée Globe, je ne suis plus le même homme »
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Stéphane Le Diraison : « Depuis le Vendée Globe, je ne suis plus le même homme »

Après une première campagne de Vendée Globe interrompue sur démâtage, Stéphane Le Diraison est reparti pour un tour avec un programme de trois ans d’ores et déjà sécurisé financièrement mais revu, au moins provisoirement, à la baisse par rapport au projet initial qui passait par le rachat de l’actuel Hugo Boss. L’ancien ministe s’en explique pour Tip & Shaft.

Tu étais tout proche en début d’année de racheter Hugo Boss à Alex Thomson, que s’est-il passé depuis ?
Pour reprendre l’expression d’Alex, j’avais le crayon dans la main, prêt à signer le contrat finalisé. Ça n’a finalement pas pu se faire au dernier moment, à cause d’un coup du sort : mon montage reposait sur plusieurs partenaires, l’un d’entre eux a eu un imprévu économique qui l’a conduit à renoncer à son investissement. En quelques heures, je suis passé de l’euphorie de récupérer Hugo Boss à une situation compliquée – avec un entre-deux entre mi-février et fin mars, pendant lequel je ne savais pas trop comment rebondir. Certains sponsors ont pensé à arrêter, vu que le projet n’était plus celui que nous avions défini, ce qui aurait été assez catastrophique à titre personnel. Mais, finalement, nous sommes tombés d’accord avec des partenaires pour sécuriser un beau projet sur trois ans avec mon bateau actuel, ce qui est forcément quelque chose de moins ambitieux au niveau sportif, mais permet de continuer l’histoire. Concrètement, j’ai le budget pour la période 2018-2021 ; à partir de cette base-là, nous souhaitons agréger de nouveaux partenaires pour l’étoffer et éventuellement changer de bateau, parce que ça reste notre objectif.

Qui sont tes partenaires ?
Ils sont trois, deux partenaires majoritaires et la ville de Boulogne-Billancourt, avec un niveau d’implication financière moindre pour cette dernière. Les deux premiers ont décidé d’attendre la conférence de presse de la Route du Rhum en septembre pour communiquer. Aujourd’hui, nous n’avons pas encore décidé du nom du bateau, parce que les partenaires hésitent entre un bateau qui porterait leurs couleurs directement ou communiquerait autour de valeurs, ce qui permettrait d’accueillir d’autres partenaires.

Aujourd’hui, à combien se monte ton budget et quel serait ton budget idéal ?
Aujourd’hui, mon budget socle est de 800 000 euros par an, mon budget idéal en changeant de bateau est de 1,5 million.

As-tu identifié des bateaux qui pourraient t’intéresser ?
Tant qu’il n’est pas officiellement vendu, je reste un potentiellement acheteur de Hugo Boss. Sinon, je serai opportuniste. Je ne serai pas comme le corbeau sur la branche prêt à se jeter sur une proie, mais la réalité des projets fait que certains s’arrêtent, d’autres se lancent… Maintenant, chaque chose en son temps, je ne suis pour l’instant pas en mesure d’acheter.

Si tu as le budget mais que tu ne trouves pas d’autre bateau, te gardes-tu la possibilité de mettre des foils sur le tien ?
Oui, bien sûr. S’il n’y a plus de bateau à vendre, il restera effectivement la possibilité d’équiper mon bateau de foils, il s’y prête bien. Il ne sera évidemment pas au même niveau que Charal, mais le gain estimé sur un Vendée globe est de 1,5 nœud de moyenne, ça peut permettre de jouer davantage devant.

As-tu chiffré ces éventuels travaux ?
Oui, c’est un coût élevé. Aujourd’hui, si on prend le prix des foils, la modification du bateau, les études architecturales et hydrodynamiques, on ne s’en sort pas pour moins de 450 000 euros. Après, pour moi, il ne faut pas s’arrêter là : je n’irai que si j’ai un budget me permettant aussi de changer les safrans – pour être cohérent en termes d’hydro – de modifier les ballasts, d’avoir du temps et une équipe renforcée pour la période de fiabilisation et d’essais du bateau, ça coûte aussi plus cher en logistique, en assurance… Dans mes calculs, le budget pour faire ça proprement, c’est au moins 800 000 euros.

Es-tu confiant pour aboutir prochainement au budget souhaité ?
Oui, je suis passé un peu par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, mais maintenant que les contrats sont signés avec des filiales d’entreprises de taille importante et une belle dynamique qui s’est remise en place, le plus dur a été fait. Et grâce à leur réseau, je me dis que ça serait incroyable que nous n’arrivions pas à étoffer le budget, je suis confiant.

Tu sembles serein, as-tu l’impression que ta première campagne de Vendée Globe t’a fait évoluer ?
Oui, je ne suis plus le même homme. Ce Vendée Globe a été une grosse expérience à tous points de vue : montage du projet, communication avec les partenaires et avec le public, appréhension du solitaire dans des conditions musclées sur un tel bateau… Quand on prend le départ d’un tour du monde pour la première fois sur une machine comme ça, il y a une excitation très forte, mais aussi pas mal d’anxiété et d’incertitudes : on ne sait pas trop à quelle sauce on va être mangé ! Maintenant que j’y ai goûté, que j’en ai pris la mesure, que j’ai été confronté à une épreuve majeure – le démâtage – que j’ai réussi à surmonter, je me dis que cette expérience très forte m’a permis de gagner en confiance et en sérénité.

Te dis-tu aussi maintenant, en regardant tes concurrents en Imoca, que tu as complètement ta place dans cette classe ?
Tout à fait. J’avoue quand je suis arrivé en 2016, j’avais une petite crise de légitimité, parce que j’avais conscience de débarquer tardivement, avec certes une grosse expérience d’autres supports, mais pas de l’Imoca. Maintenant, tout ça est derrière moi, je pense avoir prouvé des choses sur le Vendée 2016 et j’ai tellement travaillé en 2017 pour y revenir que mon état d’esprit est très différent. Je me sens complètement à ma place et je n’aurai pas volé d’être au départ du prochain Vendée Globe, personne ne me l’a offert, je suis allé le chercher.

Du coup, as-tu le sentiment que seras plus attendu en termes de résultats ?
Oui, forcément. J’ai toujours cherché à être performant, mais c’est vrai qu’avec la connaissance que j’ai aujourd’hui du bateau et la sérénité acquise, je vais pouvoir naviguer libéré, sans cette pression de chercher une légitimité sur le circuit et en me concentrant sur ma navigation, sur les polaires du bateau. Je suis sûr qu’à l’arrivée, il y aura moyen de tirer mon épingle du jeu.