Franck Cammas : « Mon objectif reste la Coupe »

Rentré des Bermudes fin juin, Franck Cammas a navigué en Flying Phantom sur le Raid Emeraude (18e place avec Bérénice Delpuech), rencontré des entreprises à Aix-en-Provence et testé le nouveau Nacra 17 à foils aux Pays-Bas. Bref, fidèle à sa réputation, le skipper de Groupama Team France ne chôme pas. Il a tout de même trouvé le temps pour évoquer pou Tip & Shaft la 35e Coupe de l’America, la prochaine et ses projets immédiats.

Que t’a inspiré la victoire d’Emirates Team New Zealand ?
Ils ont identifié très tôt les priorités sur le bateau et ils sont allés au bout de toutes les démarches techniques qu’ils ont engagées. Quand on regarde tous les détails de leur bateau, ils étaient cohérents par rapport à une vision décidée très tôt et qui s’est avérée juste, notamment sur la gestion de l’énergie et les commandes du bateau. On a vraiment l’impression que ça a été une démarche d’ensemble et pas une démarche par pragmatisme, par réactions, comme pouvait très bien le faire Oracle qui a une grosse capacité de réaction.

Tu as bien évidemment lu les propos tenus par leur patron, Matteo de Nora, qui a accusé Groupama Team France d’avoir refusé puis tenté de monnayer son aide après leur chavirage, qu’as-tu à dire à ce propos ?
Nous avons répondu, il n’y a rien d’autre à dire. Après, des rumeurs sur la Coupe, il y en a des millions. Les mêmes nous ont accusés deux ans plus tôt d’avoir reçu un chèque d’Oracle pour voter en faveur des changements de règles et de taille du bateau, on en a entendu des vertes et des pas mûres ! Donc ce n’est pas étonnant de voir ces rumeurs sortir, qui sont évidemment fausses et pas vérifiées. On est dans l’air des fake news et ce n’est pas aux journalistes de les entretenir [curieusement, l’article en question a été supprimé du site du New Zealand Herald, NDLR]. Et évidemment, on n’a pas reçu un centime d’Oracle pendant toute notre campagne. Les décisions que nous avons prises, nous les avons prises dans l’intérêt de Groupama Team France.

Reste que vous étiez forcément favorables à une victoire d’Oracle Team USA…
Que l’on ait eu des bons rapports avec les autres challengers, sauf Team New Zealand malheureusement, tout le monde le sait, vu que nous avons signé en janvier un accord pour l’organisation des deux prochaines éditions de la Coupe. On a une vision commune du futur, on se bat pour continuer en AC50, et pas que de façon égoïste pour Groupama Team France. Je pense qu’un changement de bateau peut être un retour en arrière technique, mais aussi en termes de spectacle et d’ouverture au grand public. Certains voient la Coupe avec une autre vision, beaucoup plus traditionnelle, plus « yachting » : si c’est la voie suivie, je pense que la Coupe va perdre le côté leadership qu’elle a pour la voile en général. Beaucoup de séries ont suivi les évolutions de la Coupe de l’America : on voit le Nacra volant qui fera les Jeux Olympiques à Tokyo, le World Match Racing Tour, passé en catamaran, quasiment tous les circuits professionnels internationaux, à part les TP52, sont sur des multicoques, volants souvent, tout ça est né de la Coupe en 2013. Les jeunes rêvent maintenant de naviguer sur ces bateaux-là, ça a donné un vrai coup de jeune et de boost à la voile et c’est bien que ce soit la Coupe de l’America, un très vieux trophée, qui montre cette modernité.

Si les Néo-Zélandais optent pour ce retour en arrière, serais-tu tout de même intéressé pour continuer ?
Ça m’intéresserait presque encore plus, dans le sens où il faudra la ramener pour la remettre sur le bon chemin ! Après, j’ai toujours envie de naviguer contre les meilleurset mon objectif reste de ramener la Coupe. Mais en parallèle, je ne serais pas contre de trouver un moyen pour continuer à faire naviguer les AC50 sur un circuit international, il ne faut surtout pas perdre ce capital.

Cette idée de créer un circuit international, où en est-elle concrètement ?
Là, je n’en dirai pas plus ! Après, il faut quand même savoir que nous, les cinq teams du « Framework Agreement », nous avons signé une convention qui nous interdit de participer à une Coupe autre que celle que nous avons imaginée ensemble avec des AC50. On ne va pas jeter aux oubliettes un accord que nous avons signé il y a six mois…

Cela veut-il dire que si la 36e Coupe ne correspond pas à cet agrément, aucun de vous cinq n’y participera ?
Je vous invite à lire l’agrément, mais pourquoi pas ? Il nous est interdit de le faire, avec des pénalités financières prévues… Mais attendons ! Team New Zealand a désormais l’agrément technique entre les mains, à savoir la jauge que nous avons imaginée depuis six mois. D’ailleurs, c’est étonnant de constater qu’ils l’ont autant critiquée alors qu’ils nous l’ont demandée il y a trois semaines, parce qu’ils n’en avaient pas lu une ligne…

Aujourd’hui, que devient Groupama Team France ?
Nous travaillons sur la priorité du moment, qui est de trouver des partenaires pour la suite, avec Caroline Caron qui est très active dans ce domaine. Norauto a dit dès le lendemain des Qualifiers qu’il serait présent pour le 36e Coupe, Groupama reste en alerte, on attend les règles et le timing.

Et toi, quels sont tes projets immédiats ?
A court terme, avec Team France, nous essayons de nous organiser pour être présents d’ici la fin de l’année sur le GC32 Racing Tour. Après, je continue à suivre la Filière Team France pour faire naviguer les jeunes après le Tour de France en bateaux volants, en Flying Phantom notamment. Et là, je suis en Hollande pour essayer le Nacra volant [dont les 30 premiers exemplaires viennent d’être livrés, NDLR]. J’aimerais bien faire les championnats du monde [5-10 septembre à La Grande Motte, NDLR], mais il faut que je navigue avec une équipière [dont il ne nous dira pas le nom, NDLR], qu’on ait le bon gabarit et qu’on ne soit pas trop mauvais à l’entraînement, ça fait beaucoup de si…

Cela signifie-t-il que tu veux repartir sur un projet olympique ?
Oui, je repartirais bien si je me sens à l’aise, si je trouve une équipière motivée, si on est performants en termes de vitesse. De toutes façons, j’ai le temps : celui qui a gagné à Rio [l’Argentin Santiago Lange, NDLR] avait 54 ans !

Quid de la course large, fait-elle également partie de tes projets ?
Je regarde beaucoup les Ultimes, ce sont des bateaux intéressants. Ce qu’on a appris sur les bateaux volants sur la Coupe peut entraîner un vrai boost, ça peut être assez fascinant de naviguer de cette façon sur des bateaux de 100 pieds. J’ai pas mal de connaissances autour de moi, j’espère avoir la chance de mettre un pied sur ces bateaux et éventuellement de participer à des courses en équipage.

Un dernier mot sur le nouveau record de l’Atlantique battu par Francis Joyon sur Idec Sport, ton ancien Groupama 3, qu’est-ce que cela t’inspire ?
Il y a évidemment une classe d’écart en performances entre l’ancien Idec et l’actuel, donc ce n’est pas une surprise. Ça l’est plus parce qu’il est parti incognito sans avoir préparé spécialement une bonne météo, mais je pense que ce record tombera encore [Thomas Coville l’a battu ce week-end, NDLR], il y a vraiment une belle marche à franchir. Aujourd’hui, pour moi, les records les plus durs à battre sont l’Atlantique Nord et le tour du monde en équipage.

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