Le Class40 d'Axel Tréhin

Axel Tréhin : “L’éventualité d’un tour du monde me fait rêver”

Après quasiment une décennie au sein la Classe Mini, ponctuée d’une deuxième place en proto sur la Mini Transat 2019Axel Tréhin s’est lancé en Class40, disposant depuis janvier du deuxième Max 40 (plan Raison) mis à l’eau. Avant sa toute première course, la CIC Normandy Channel Race (départ le 30 mai) qu’il court avec Frédéric Denis, Tip & Shaft a échangé avec le skipper de Project Rescue Ocean.

Comment t’es-tu lancé en mini ?
Après mon bac, j’ai fait une licence en composite et j’ai acheté un premier mini en 2010 que j’ai mis du temps à retaper et sur lequel j’ai réussi à faire la Mini Transat en 2013. Ensuite, j’ai eu l’opportunité de récupérer l’ancien bateau de Sébastien Rogues qui était à l’état d’épave, le 716, avec lequel j’ai commencé par neuf mois de chantier avant d’enchaîner neuf moins de nav jusqu’à la Mini Transat 2015, que je termine frustré, 6e de la deuxième étape, pour une 4e place finale au général. La suite logique, c’était de bâtir un « vrai » projet, complet, avec un bateau neuf, que j’ai mis quinze mois à construire, essentiellement seul, et qui a tout de suite bien marché : j’ai fait neuf podiums sur quasiment autant de courses d’avant-saison, ce qui m’a permis d’arriver bien plus prêt sur la Mini Transat 2019, avec en plus des partenaires, trouvés trois mois avant le départ. Au final, je termine deuxième, c’était un super projet dont je garde beaucoup de positif.

Tu n’as fait que du proto, pourquoi ?
Sur ma première Mini, c’était clairement un choix économique, je n’avais pas un radis, j’ai acheté le bateau 4 000 euros. Après, l’idée de naviguer avec une quille pendulaire, des dérives asymétriques, un mât basculant, un peu comme en Imoca, me plaisait. Je trouvais super chouette cet aspect « J’ai une idée, je la mets en œuvre de A à Z. »

A la sortie de la Classe Mini, ceux qui veulent poursuivre dans la voile de compétition ont souvent le choix entre le Figaro et la Class40, pourquoi as-tu opté pour cette dernière ?
Ça a été un peu le choix du cœur : quand j’étais gamin, je rêvais de la Route du Rhum, pas vraiment de la Solitaire du Figaro, et le support le plus accessible pour faire la Route du Rhum, c’est le Class40. Après, il y a l’aspect technique qui fait qu’on peut s’impliquer sur ces bateaux d’une façon tout autre que sur le Figaro où l’idée est de ne toucher à rien. Il y a aussi sans doute une part de fierté, dans le sens où j’aimerais quand même bien essayer le Figaro un jour parce que c’est la série référence, mais quand je me sentirai prêt pour le faire bien, j’ai encore besoin d’apprendre avant. Il y a enfin l’éventualité de faire le tour du monde en Class40 qui me fait rêver.

Tu penses à The Race Around, en 2023 ?
Oui, ça fait très envie. Après, je me poserai plus concrètement la question après la Transat Jacques Vabre, parce que je veux vraiment faire les choses dans l’ordre. Mais c’est sûr que le soir en m’endormant, j’y pense, ça fait partie des projets que je m’imagine bien présenter à mes partenaires pour la suite.

“Le Max 40 permet un passage dans la mer plus facile”

Comment as-tu démarré ton projet et structuré ton budget ?
On a lancé la construction d’un bateau avec un investisseur au moment où on savait qu’on allait pouvoir boucler une partie du budget de fonctionnement. J’ai commencé tout de suite à travailler dans mon atelier sur des morceaux de structure, mais il n’était pas question que je fasse la coque et le pont, que j’ai confiés à JPS. On a mis le bateau à l’eau le 23 janvier, dans un timing idéal, parce qu’on a eu le temps depuis de l’essayer dans différentes configurations de voiles et de conditions météo, j’ai la sensation qu’on en a pris la mesure. Quant au budget de fonctionnement, on l’a construit du début de la construction, en juin 2020, jusqu’à juin 2023, en tout, ça fait un peu plus 750 000 euros. Aujourd’hui, on en a les deux tiers, on est en recherche active pour boucler le dernier tiers.

Pourquoi avoir fait le choix d’un plan David Raison ?
D’abord, parce qu’il était construit chez JPS, j’ai vraiment fait le choix d’un couple constructeur/architecte. Ensuite, au moment où je devais trancher, le choix se limitait essentiellement au plan Manuard ou au plan Raison, j’ai opté pour le second parce qu’il est plus rocké, permettant un passage dans la mer plus facile. Mon expérience du mini me dit que c’est plus adapté pour les transats qui m’attendent et c’est en plus un Class40 qui reste très polyvalent en vue des autres courses de la saison. Maintenant, les bateaux sont très proches, même les Mach 3 qui restent redoutables dans plein de domaines, surtout ceux dont les brions ont été coupés, comme celui de Luke Berry.

T’es-tu entouré pour prendre en main le bateau ?
Oui, comme on l’a mis à l’eau très tôt et qu’on était quasiment les seuls à naviguer, beaucoup de gens étaient disponibles, ça m’a permis d’embarquer des marins de profils différents : Kevin Escoffier, Thomas Coville, Nico Troussel, Vincent Riou, Yoann Richomme, François Jambou, le coach Tanguy Leglatin… C’était vraiment intéressant, parce que ça m’a permis d’avoir plein de retours d’expérience dans tous les domaines, de la gestion globale de projet jusqu’à des petits détails techniques sur le bateau. Quand des gens de cette envergure montent à bord, il faut être studieux, ça vaut le coup de prendre des notes, tous ces retours m’ont fait progresser.

“Sur les question environnementales,
je trouve qu’il y a beaucoup d’inertie”

Pourquoi le choix de Frédéric Denis comme co-skipper sur la Normandy Channel Race, puis sur la Transat Jacques Vabre ?
D’abord parce que c’est un ami très proche, on a gagné le Mini Fastnet en 2018 ensemble, on sait comment on fonctionne sur l’eau, donc c’est l’assurance que ça va bien se passer. Ensuite, parce que c’est un excellent régatier, il a une grosse expérience sur plein de supports différents, il ne s’est pas endormi depuis sa victoire sur la Mini 2015 ! C’est aussi un super ingénieur, très calé sur les systèmes embarqués et notamment les pilotes. Plus je peux me nourrir de son expertise, plus je prends de l’avance en vue de l’année prochaine pendant laquelle je serai un peu plus en solo à voler de mes propres ailes.

La suite logique de la Class40 est souvent l’Imoca et le Vendée Globe, est-ce déjà un objectif pour toi ?
L’idée de faire un tour du monde m’intéresse énormément, celle de le faire en course, en solo et sans escale encore plus, donc oui, j’aimerais bien. Quand je faisais du Mini, je trouvais que les Class40 étaient de gros bateaux, alors que les Imoca, il ne fallait même pas y penser ; maintenant que je suis en Class40, je me dis que ça paraît jouable, le rapport d’échelle change au fur et à mesure de l’expérience que tu acquiers. Après, on a aujourd’hui des Class40 qui vont à une vitesse folle, très proches des performances des Imoca d’anciennes générations, et quand on compare l’impact écologique en faisant un Class40 ou en faisant un Imoca, il y a de quoi se poser des questions…

Justement, tu défends les couleurs d’une association de protection de l’environnement, estimes-tu que la course au large en fait suffisamment sur ces questions ?
Je pense qu’elle se pose les bonnes questions, plein de voix s’élèvent avec la volonté de faire changer les choses. C’est un peu de notre responsabilité collective, si on veut que nos enfants plus tard puissent faire de la voile, de prendre un virage maintenant pour faire en sorte d’avoir moins d’impact dans notre pratique. Après, je trouve qu’il y a beaucoup d’inertie, on se réunit beaucoup, on a plein de discussions, mais au final assez peu d’actions. C’est essentiellement pour deux raisons selon moi : la première, c’est parce qu’on ne sait pas toujours pas quoi commencer pour s’attaquer au problème ; aujourd’hui, tout le monde fait des analyses du cycle de vie, mais ça prend du temps, il faut collecter les données, les analyser… Donc avant d’avoir la prétention de dire qu’on sait, il faut avoir les éléments de réponse et ça prend du temps. Ensuite, il y a aussi des petits problèmes de mentalité, c’est une cause encore très « jeune », qui n’imprègne pas encore toutes les strates de la population à la même échelle, donc pour faire changer les choses, il faut convaincre tout le monde, ce n’est pas simple.

Photo : Anne Beaugé / Ilsaimentlamer.com

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