Virtual Regatta va dépasser le million de joueurs sur le Vendée Globe

2020, année record pour Virtual Regatta

Avec quasiment un million de bateaux virtuels engagés – plus du double d’il y a quatre ans – le Vendée Globe virtuel s’avère un énorme succès pour Virtual Regatta qui avait en outre profité du premier confinement entre mars et mai pour accroître son développement. Tip & Shaft s’est penché sur la « success story » de l’éditeur de jeux de voile.

La pandémie de Covid-19, si elle affecte de larges pans de l’économie mondiale, aura, à l’inverse, permis à certains secteurs d’activité de connaître une forte croissance. C’est le cas de l’eSport et particulièrement de l’eSailing incarné par un acteur principal sur le marché, Virtual Regatta.

A la tête de la société qu’il a fondée en 2006, Philippe Guigné confirme : « Le premier confinement a eu un impact très net sur notre activité, surtout sur le jeu inshore : on a quasiment multiplié par 20 son audience, avec jusqu’à 200 000 joueurs par mois contre 20 000 avant. La période nous a en plus permis de mettre en œuvre des projets qu’on ne pensait pas voir naître avant un ou deux ans. Beaucoup d’organisateurs d’épreuves annulées ou reportées se sont ainsi tournés vers nous pour les remplacer par un événement digital qui n’existait pas encore. » Cela a notamment été le cas de la Solo Maître CoQ, du Spi Ouest-France (38 000 joueurs sur le jeu inshore en avril), de la Bénéteau Cup. Et pour satisfaire la demande, Virtual Regatta a lancé en mars La Grande Evasion, une transat 100% digitale, qui a attiré 150 000 joueurs.

A l’international également, l’éditeur de jeux en ligne a vu la demande s’accélérer, avec de nombreuses épreuves annulées qui ont eu leur pendant virtuel. Grâce aussi aux épreuves 100% digitales organisées en partenariat avec World Sailing : « On est passés de 6 à 20 fédérations nationales qui ont participé au championnat du monde eSailing, dont certaines ont mis le paquet, comme la RYA (fédération britannique), qui a d’ailleurs remporté la Nations Cup qu’on devait à l’origine faire un an plus tard », poursuit Philippe Guigné.

Lequel a par ailleurs noué des contacts avancés avec le CIO en vue des Jeux de Tokyo : « Je ne peux pas en dire plus, mais nous en sommes au stade de la signature des contrats. Preuve qu’ils s’intéressent à l’eSailing, ils nous ont même demandé de les autoriser à diffuser la finale du championnat du monde et de la Nations Cup sur leurs canaux olympiques. »

La proportion d’utilisateurs payants « a très largement augmenté »

Si le premier confinement a donc permis au jeu inshore de décoller dans des proportions inattendues (il représente aujourd’hui environ 15% du chiffre d’affaires global de la société), le second, depuis fin octobre, a contribué au succès du Vendée Globe virtuel : ils sont ainsi, le vendredi 4 décembre, un peu plus de 958 000 bateaux inscrits contre 450 000 en 2016. « Il y a certainement eu un effet, mais 15 jours avant le départ, avant le confinement donc, on avait déjà trois fois le nombre d’inscrits qu’au même moment en 2016 », précise Philippe Guigné.

Combien souscrivent à l’option payante « full pack » (29,99€) et aux abonnements VIP ? « Je ne communique jamais ces chiffres. Ce que je peux juste dire, c’est que la croissance est proportionnellement plus importante que celle du nombre de joueurs, le ratio a très largement augmenté« , répond le patron de Virtual Regatta qui ajoute que l’offre payante représente à ce jour 80% du chiffe d’affaires du jeu offshore.

Les autres revenus proviennent de la publicité : Corum sponsorise ainsi l’écran 3DB&G et Ulysse Nardin la boussole et le chronomètre. Des panneaux interstitiels à la journée – vendus 6 000 euros – sont également proposés aux annonceurs. Depuis deux ans, des « courses privées » sont aussi commercialisées par la société Evolution Media [par ailleurs régie publicitaire de Tip & Shaft], en priorité auprès des partenaires des bateaux, mais aussi de sociétés extérieures (Click & Boat, France Info, L’Equipe…).

Des épreuves qui leur permettent de faire jouer salariés, clients, mais aussi tout un chacun. Elles donnent droit à 100 « full packs », à un classement propre, à un jeu habillé aux couleurs de l’entreprise et à des activations à la carte. Une trentaine de courses, selon Philippe Guigné, ont été vendues pour cette édition Vendée Globe, moyennant des budgets de 6 000 à 10 000 euros HT (auxquels il faut ajouter 2 000 euros de frais techniques).

Les « gamers » professionnels entrent dans la danse

Bureau Vallée, sponsor de Louis Burton, a souscrit cette année pour la première fois à une course privée. « Nous avons lancé la course au dernier moment ; deux jours plus tard, pour le départ, nous avions 1 300 joueurs, c’était assez impressionnant, commente le directeur digital et communication Adrien Peyroles. Aujourd’hui, on constate une vraie interaction entre le Vendée Globe virtuel de Louis et nos joueurs et ça confirme que l’eSport devient aujourd’hui un vrai sport. » Au point que Bureau Vallée a choisi de sponsoriser une équipe de « gamers » ayant pignon sur rue, INC, en tête du classement inter-teams ce vendredi.

Même chose chez Corum L’Epargne : le sponsor de Nicolas Troussel a lui aussi choisi de ne pas dissocier monde réel et virtuel. « On avait souscrit, lors de la Jacques Vabre 2019, à une course privée qui avait très bien fonctionné en interne. Sur le Vendée Globe, comme on a un objectif de notoriété, on a choisi de faire énormément d’activation pour faire gagner 200 packs, de sponsoriser la 3D mais aussi une équipe professionnelle de gamers« , confirme le responsable communication et sponsoring, Matthieu Masquelier.

L’équipe pro en question, MCES, structure marseillaise lancée fin 2018, est avant tout tournée vers les blockbusters que sont League of Legends ou Fortnite. Pour la première fois cette année, elle a mis un pied dans l’eSailing. Son président-fondateur, Romain Sombret, explique : « Nous sommes plusieurs quarantenaires passionnés de voile, basés à Marseille où se tiendront les épreuves de voile des Jeux de 2024, et certains de nos investisseurs nous ont poussés à aller vers ce jeu. Nous avons donc participé à la finale du championnat du monde eSailing récemment (5e et 9e places) le Vendée Globe est notre toute première compétition en offshore. »

Et si, contrairement aux gros jeux de l’eSport, il n’y a pas de « prize money », le sponsoring prend le relais : « Virtual Regatta offre de la visibilité pour des sponsors qu’on n’a pas sur les autres jeux. On a ainsi signé avec Corum qui ne serait jamais venu chez nous pour Fortnite », ajoute Romain Sombret. Le patron de MCES estime que l’année 2020 marque un tournant pour l’eSport : « Notre chiffre d’affaires devrait passer en de 600 000-700 000 euros à 1,2-1,3 million en un an, la « gamification » du monde est en cours. »

Des skippers sponsorisés spécifiquement pour le Vendée Globe virtuel

Nouveau phénomène sur Virtual Regatta, ce sponsoring concerne également les marins professionnels dont certains ont trouvé des partenaires spécifiquement pour courir le Vendée Globe virtuel. C’est le cas notamment de Loïck Peyron ou du figariste Achille Nebout : « Je jouais sur Virtual Regatta avec le statut de skipper certifié, j’ai été repéré par Claude Robin, le président d’Amarris, qui s’intéressait au sponsoring voile. Il a compris en voyant l’exemple de Loïck Peyron que le Vendée Globe virtuel pouvait être une super opportunité de mettre un premier pas dedans. Il m’a contacté sur Linkedin, j’ai mis dans la boucle un autre de mes partenaires, Primeo Energie, ils se sont associés pour sponsoriser mon Vendée Globe virtuel. » En attendant peut-être de le faire dans la vie réelle : Achille Nebout a rendez-vous lundi avec le patron d’Amarris « pour évoquer la suite ».

Le modèle pourrait séduire d’autres marins et sponsors. Et permettre à Virtual Regatta de trouver des revenus supplémentaires puisque l’éditeur commercialise (moyennant 5 000 euros HT) cette offre baptisée Votre sponsor pour le Vendée Globe en échange de contre-parties : possibilité d’être « co-namer » aux côtés du skipper, décoration du bateaux aux couleurs de l’entreprise et certification du skipper pour la durée du Vendée Globe, ce qui offre une meilleure visibilité.

Très présent dans les médias, Virtual Regatta, dont les effectifs permanents sont passés de 10 à 15 personnes, va donc connaître une forte croissance en 2020. « On était à moins de 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier, annonce Philippe Guigné. On va plus que doubler cette année. »

Photo : Virtual Regatta

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