Christian Le Pape dirige depuis 30 ans le pôle Finistère course au large

La saga des figaristes/épisode 2 : Christian Le Pape, 30 ans de Pôle position

Du 31 juillet au 21 août, Tip & Shaft vous propose une série d’été consacrée à la Solitaire du Figaro – dont la 51e édition s’élancera de Saint-Quay-Portrieux le 30 août – sous la forme de quatre portraits de personnalités ayant marqué l’histoire de la course. Pour ce deuxième épisode, focus sur Christian Le Pape, patron du Pôle Finistère course au large de Port-la-Forêt, qui explique comment la structure finistérienne, créée en 1990, s’est développée autour de la Solitaire du Figaro.

Depuis la victoire de Kito de Pavant en 2002, la Solitaire du Figaro n’a plus échappé à un adhérent du Pôle Finistère course au large. Une domination sans partage pour la structure de Port-la-Forêt qui fête cette année ses 30 années d’existence, dirigée depuis sa création par Christian Le Pape. Né en 1957 à Quimper d’un père infirmier et d’une mère femme au foyer, ce dernier n’a découvert la voile qu’à l’âge de 15 ans, en Laser, bateau tout juste débarqué sur les côtes françaises.

Son bac en poche, il passe son professorat de sport, option voile. Mais n’aura jamais l’occasion d’exercer en établissement scolaire, puisqu’il intègre la Direction départementale jeunesse et sports à Quimper en 1984 : « Le directeur de l’époque voulait absolument que le Finistère devienne un département nautique pointu. La décentralisation battait alors son plein, il y avait beaucoup de moyens, humains et financiers, on s’est donc retrouvés à sept ou huit voileux, avec notamment Alain Champy, Paul Bastard, Stéphane Fleury, à œuvrer pour le nautisme finistérien. Ça a lancé une dynamique très importante, si bien qu’il était assez facile d’obtenir des financements pour créer des choses nouvelles », explique Christian Le Pape.

Proche, à l’époque, de Jean Le Cam et d’Hubert Desjoyeaux, le grand frère de Michel, avec lesquels il part souvent le week-end en Angleterre pour s’aligner sur les courses du Rorc, le Quimpérois lance alors l’idée, à l’apparition du monotype Figaro Bénéteau, avec Loïc Ponceau, moniteur de voile au sein de la structure Nautisme en Finistère, d’entraîner collectivement des coureurs en vue du grand rendez-vous de la saison, la Solitaire du Figaro. S’il n’éprouve guère de difficultés à trouver des subsides, il ne convainc qu’à moitié le milieu : « Beaucoup de coureurs considéraient qu’il n’y avait pas besoin de s’entraîner en course au large et que cette initiative était vouée à l’échec, on nous nous regardait un peu avec condescendance« , se souvient Christian Le Pape.

En 1990, il crée malgré tout un groupe d’entraînement – alors accueilli pour des stages à Bénodet par le Yacht Club de l’Odet – avec sept pionniers : Jean Le Cam, Roland Jourdain, Loïc Blanken, Christophe Cudennec, Bertrand de Broc, Marc Guillemot et Christine Guillou. La démarche se veut cartésienne et surtout basée sur l’échange et le partage d’expérience, véritable ADN de ce qui deviendra plus tard un pôle fédéral. « Chez nous, il n’y a jamais eu de débriefing au bistrot, l’approche était très formelle, rigoureuse, avec de la préparation physique, de la sophrologie… La com’ se voulait originale et médiatiquement, ça prenait bien, si bien que l’année suivante, on a remis ça avec des moyens un peu plus importants. »

Le port de Bénodet n’étant pas d’un accès facile, le groupe d’entraînement déménage l’année suivante à Port-la-Forêt dans un petit local situé au point info du port et accueille Michel Desjoyeaux. Qui, un an plus tard, offre à la jeune structure sa première victoire sur la Solitaire du Figaro« La victoire de Mich, c’est la concrétisation sportive de notre pari, une vraie reconnaissance de la dynamique du groupe, du talent de Michel et de la complicité très forte qui nous unissait. Avec Mich, ça a tout de suite matché, on a vécu des moments humainement très forts, il a été essentiel dans le cheminement du pôle », analyse Christian Le Pape.

Nouveau tournant en 1993 avec la création du Challenge Crédit Agricole du Finistère qui offre la barre d’un Figaro et un budget de fonctionnement d’un an à un jeune, la gestion sportive du projet étant confiée au centre d’entraînement de Port-la-Forêt. D’abord réservée uniquement à des candidats finistériens – Loïc Gallon est le premier lauréat –, la sélection s’ouvre dès l’année suivante à des marins venus d’autres horizons… après d’âpres débats internes : « Beaucoup de coureurs étaient farouchement attachés à cette appartenance finistérienne, d’autres disaient que si on n’ouvrait pas, on allait se scléroser et mourir, certains avaient même failli en venir aux mains. Finalement, la tendance favorable à l’ouverture l’a emporté et dès l’année suivante, Franck Cammas remportait la sélection. »

Là encore une étape décisive pour le centre, puisque pour sa première Solitaire du Figaro, l’Aixois se classe sixième : « Comme Mich’, Franck a été un des marins-clés du pôle. Le fait qu’un gars de 21 ans, connu de personne et sortant tout juste des Glénans, parvienne à terminer sixième de sa première Solitaire a beaucoup joué en termes de reconnaissance sportive pour nous. » La preuve : dès l’année suivante, le centre de Port-la-Forêt devient officiellement le Pôle Finistère course au large, statut attribué par la Fédération française de voile. Ce que ça change ? « Je m’installe ici en permanence, alors que, jusqu’alors, le centre d’entraînement ne me prenait que l’équivalent d’un tiers temps, je continuais à effectuer d’autres missions de formation pour la direction départementale Jeunesse et Sports. A partir de 1995, je suis détaché à temps plein« , précise Christian Le Pape.

Qui réalise alors aussi qu’il ne pourra pas assouvir un de ses rêves : disputer lui-même la Solitaire du Figaro. « J’ai eu des ambitions de la faire, j’ai cherché des sous mais sans trouver. Comme je ne venais pas de ce milieu, je n’avais pas vraiment de réseaux. J’ai sans doute aussi manqué de courage, j’avais un poste de fonctionnaire que je ne voulais pas quitter, je voyais Jean ou Mich’ qui étaient un peu dans la survie, avec peu de reconnaissance sociale, on les considérait un peu comme des traîne-pontons. J’ai nourri quelques années de frustration parce que j’avais le sentiment d’être techniquement pas mauvais, mais ça n’a pas duré très longtemps, parce que la mayonnaise a plutôt bien pris et je me suis vite senti conforté dans ce rôle d’entraîneur.« 

A partir de 1995, il devient donc coach à plein temps, développant avec le fidèle Loïc Ponceau des méthodes d’entraînement de plus en plus scientifiques, s’appuyant sur des chiffres, des comparatifs et beaucoup d’intervenants extérieurs, spécialisés dans les voiles, l’électronique ou la météo, comme Jean-Yves Bernot, un des pionniers du pôle. « C’est de là qu’est née l’expression de ‘Vallée des Fous’, lancée par Olivier de Kersauson, on nous appelait aussi les Gremlins ».

Des Gremlins qui vont continuer à faire main basse sur la Solitaire du Figaro, avec quatre victoires de suite entre 1996 et 1999, dont celle, en 1997, de Franck Cammas qui va une nouvelle fois faire franchir un  cap au pôle. « Après sa victoire, Groupama décide de se lancer avec lui sur le circuit Orma et on continue à l’accompagner. On ne se cantonne plus, dès lors, au circuit Figaro, on accompagne aussi les coureurs dans leurs projets ultérieurs. Franck aura été le premier, il y aura ensuite Mich sur le Vendée Globe. » Petit à petit, le pôle se met ainsi à organiser également des entraînements en Orma puis en Imoca, plus tard en Ultime.

Pour autant, la Solitaire du Figaro reste plus que jamais l’étalon-or du pôle de Port-la-Forêt, dont son directeur se targue d’avoir remporté toutes les éditions courues sur le Figaro Bénéteau 2, entre 2003 et 2019. La première sur le Figaro 3, l’an dernier, est encore tombée dans l’escarcelle de Port-la-Forêt, grâce à Yoann Richomme. Et Christian Le Pape espère bien qu’il en sera de même en 2020… sans doute la dernière édition qu’il vivra en tant que patron du pôle. « Je serai officiellement en retraite début septembre 2021« , confirme le Quimpérois qui prépare sa succession. Cette dernière pourrait, comme un symbole, être confiée à d’anciens figaristes : « Aujourd’hui, avec Jeanne (Grégoire) et Erwan (Tabarly, qui, depuis lundi, a succédé à Julien Bothuan, désormais capitaine de port à Lorient La Base), le pôle n’a jamais eu un encadrement aussi performant, conclut Christian Le Pape. Je ne suis pas inquiet pour la suite ».

Photo : Facebook Pôle Finistère course au large


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