Transat paprec

Qui va gagner la Transat Paprec ?

La Transat Paprec, pour la première fois courue en double mixte, s’élance dimanche de Concarneau à destination de Saint-Barthélémy (3 890 milles). Comme avant chaque grande course, Tip & Shaft a réuni, pour évoquer le plateau, un panel d’experts, composé d’Elodie Bonafous, qui aurait dû courir la transat mais s’est blessée au genou, de Jeanne Grégoire, directrice du pôle Finistère course au large, d’Etienne Saïz, entraîneur du Centre Excellence Voile de La Rochelle, du directeur de course Francis Le Goff et de Marcus Hutchinson, vice-président de la classe Figaro Beneteau.

Ils devaient être douze tandems à s’élancer pour cette Transat Paprec, ils seront onze suite au forfait d’Elodie Bonafous (inscrite avec Martin Le Pape). Un nombre dont cette dernière dit : “Ce n’est jamais assez, surtout quand on voit les circuits Class40 ou Mini qui affichent complet au point de ne plus savoir où mettre les bateaux dans les ports. Je pense qu’on aurait pu être plus, d’autant qu’il y a pas mal de bateaux sur les terre-pleins, mais j’avoue que quand on m’a parlé du double mixte la première fois, j’avais peur que ce soit plus compliqué, donc au final, c’est plutôt bien.”

Francis Le Goff ajoute : “Quand tu prends une décision radicale comme celle d’imposer la mixité, tu sais que ça peut être délicat, je m’étais dit qu’il y aurait une quinzaine de bateaux, on est dans le ventre mou, on ne peut pas se satisfaire de ça. Mais sur les onze duos, je vois que trois sont menés par des skippers femmes (Alicia Pfyffer, Chloé Le Bars et Camille Bertel), j’imagine assez bien qu’à l’avenir, grâce à cette première, il y aura davantage de filles porteuses des projets, c’est ça qui pourra faire décoller l’histoire.”

Marcus Hutchinson voit également dans cette première un côté pionnier qui pourrait faire effet boule de neige à terme : “Onze bateaux, ce n’est pas terrible par rapport à ce qu’on a connu par le passé, mais pour moi, l’objectif est atteint, dans la mesure où il y a quatre fois plus de femmes qu’en 2021 [trois il y a deux ans, NDLR]. Et on est chanceux d’avoir un partenaire dont l’objectif immédiat n’était pas de faire du volume mais de provoquer le changement. Quand on leur avait parlé du risque de ne pas avoir beaucoup de bateaux cette année, ils nous avaient clairement dit que ce n’était pas la priorité.”

 

Un rythme à trouver

 

Reste que si la participation est historiquement la plus basse de la « seule transat à armes égales », lancée en 1992, le plateau semble homogène et fait dire à la plupart de nos experts que, hormis les duos Alice Pfeyffer/Edouard Golbery et Arnaud Machado/Lucie Queruel, débutants en Figaro, quasiment tous ont leur chance de monter sur le podium. “Avant, sur cette transat, il y avait souvent déjà une histoire commune entre les deux personnes à bord, qu’elles aient été concurrentes ou aient déjà navigué ensemble, là, ce n’est pas du tout le cas, donc c’est compliqué de savoir ce que ça va donner en termes de performance, estime ainsi Jeanne Grégoire.

Aucun duo n’est en effet composé de deux marins ayant déjà disputé cette transat en double en Figaro, mais Etienne Saïz ne le voit pas forcément comme un handicap : “C’est vrai qu’il y a des bizuths, que ce soit en Figaro ou sur la transat, particulièrement pour les filles, mais ce sont toutes des compétitrices, ça ne va pas les gêner de se mettre dans le rythme, on se rend compte que sur l’endurance, les filles ont souvent autant de capacités que les mecs, voire plus.”

Francis Le Goff a plus d’incertitudes sur le sujet : “La question est de savoir comment certaines vont s’accoutumer sur la durée. Par exemple, une fille comme Julia Courtois (co-skipper de Maël Garnier) a certes déjà fait la Transat Jacques Vabre avec sa sœur, mais là, elle se retrouve avec un co-skipper qui va d’entrée avoir un niveau d’exigence élevé, ça peut changer pas mal de choses. Même chose pour sa sœur Pauline qui se retrouve avec Corentin (Horeau), un dur au mal qui va partir pied au plancher, on va voir comment elle va être capable de suivre ce rythme, pas sur une journée ou deux, mais sur une vingtaine de jours. Maintenant, la météo semble assez favorable, avec des modèles qui ne prévoient pas de grosses conditions jusqu’aux Canaries, ça devrait sans doute lisser ça.”

L’inexpérience de certaines ne peut-elle pas cependant déséquilibrer le duo, au point de créer des problèmes à bord ? “Il ne faut pas rentrer dans ce déséquilibre, répond Elodie Bonafous, donc c’est très important de bien définir en amont les points forts et les points faibles de chacun pour qu’il apporte ce qu’il sait le mieux faire, ça permet d’installer la confiance dans le binôme.”

 

Région Normandie en pole

 

Qui nos experts voient-ils gagner ? Un duo sort du lot, le seul cité cinq fois sur cinq sur le podium, celui composé de Guillaume Pirouelle et de Sophie Faguet (Région Normandie). “Guillaume a déjà une transat dans les pattes en Figaro (5e en 2021 avec Alexis Loison), il sort d’une première année de bizuth réussie (2e de la Solitaire du Figaro), il a déjà beaucoup de vécu en double, tandis que Sophie a énormément d’expérience en Figaro et au large, elle va être bien dans les clous de l’exigence de Guillaume”, résume Etienne Saïz.

Derrière, nos experts placent quatre bateaux quasiment sur un pied d’égalité : Mutuelle Bleue (Corentin Horeau/Pauline Courtois) et Skipper Macif (Loïs Berrehar/Charlotte Yven) – trois citations sur le podium -, Edenred (Basile Bourgnon/Violette Dorange) et Cap Ingélec (Camille Bertel/Pierre Leboucher) – deux citations. Corentin et Pauline, c’est la rigueurestime Elodie Bonafous. Les deux ont en plus un fort caractère et sont assez rentre-dedans. Et pour avoir fait la transat il y a deux ans avec Corentin, j’ai pu constater ses capacités à mettre son binôme en valeur pour qu’il soit à l’aise et à fond sur son poste.” Marcus Hutchinson ajoute : Ils ont eu le temps de s’entraîner et de discuter de leur fonctionnement, ce qui n’est pas le cas de certains duos formés plus tard.”

Pour Loïs Berrehar et Charlotte Yven, Francis Le Goff met en avant leur complémentarité de tous les jours, développée au sein du dispositif Skipper Macif. Jeanne Grégoire souligne “le fait que tous les deux maîtrisent le Figaro”, mais modère : “Ils auront peut-être plus de mal à être à l’initiative des grandes décisions stratégiques parce qu’ils se mettent sans doute plus de pression de résultat que d’autres. Loïs travaille pour prendre plus de distance, mais ce n’est pas aussi spontané par exemple que Basile et Violette qui sont des décomplexés de la vie.” Elodie Bonafous confirme: “Basile et Violette naviguent tellement libérés qu’ils sont même capables de gagner. Il y a chez eux un côté fun chez eux qui leur permet de positiver dans les moments un peu durs.”

Le duo formé par Camille Bertel et Pierre Leboucher recueille aussi des suffrages, en dépit du peu d’expérience de la première en Figaro 3. “Je ne le vois pas comme un gros handicap, dans la mesure où elle s’appuie sur Pierre qui est devenu assez spécialiste de la transmission, on l’a bien vu l’an dernier, il avait gagné la Sardinha Cup avec Maël Garnier”, pense Marcus Hutchinson. Etienne Saïz, qui a entraîné le duo à La Rochelle, ajoute : La gestion de projet de Camille est très propre, elle a commencé dès l’automne dernier à faire du double, parce qu’elle avait la transat comme objectif principal, elle ne s’est pas éparpillée à faire du solitaire. Et quand tu engages Pierre pour la perf, tu sais que le contrat va être respecté.”

Parmi les outisders cités, on trouve enfin Gaston Morvan et Anne-Claire Le Berre (Bretagne CMB Performance) qui, s’ils se sont peu entraînés ensemble, “sont rapides et matures”, selon Marcus Hutchinson, et, à un degré moindre, Chloé Le Bars et Hugo Dhallenne (Bretagne CMB Océane).

Le top 5 de nos experts : 1. Région Normandie, 2. Mutuelle Bleue, 3. Skipper Macif, 4. Edenred et Cap Ingélec

 

Photo : Alexis Courcoux

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