Don McIntyre : « Nous espérons 30 bateaux au départ en 2022 »

Fondateur de la Golden Globe Race qu’il a portée à bout de bras, Don McIntyre est forcément un organisateur heureux après les arrivées du vainqueur Jean-Luc Van den Heede (en près de 212 jours) et du Néerlandais Mark Slats (214 jours et 12 heures), même si le taux d’abandon de la première édition de cette course a été important (12 sur 18 à ce jour). Pour Tip & Shaft, l’Australien dresse un premier bilan et évoque la prochaine édition, en 2022.

L’arrivée de VDH ressemblait à celle d’un Vendée Globe, est-ce conforme à la vision que vous vous faisiez de votre course ?
Ça a été deux fois plus fort que ce dont nous avions rêvé, avec des milliers et des milliers de personnes venus l’accueillir et des centaines de bateaux sur l’eau. Jean-Luc a été un grand ambassadeur de la course, son exploit est incroyable. Au départ, les gens disaient : « Mais les bateaux vont disparaître à l’horizon et on ne les reverra plus » ; le fait est que la réalité a été différente avec une combinaison de tweets, d’appels téléphoniques et de suivi sur la carto qui ont permis de rendre la course vivante en permanence.

Que pensez-vous des performances de Jean Luc Van Den Heede et Mark Slats ? 
Mark Slats est un aventurier incroyable, d’une motivation folle, c’est un grand homme qui dégage une grosse énergie. Cela a été fantastique de le voir revenir sur Jean-Luc. Et Jean-Luc a lui aussi été exceptionnel, il a réussi à rester dans la course et à tenir bon. Avec Jean-Luc, nous sommes copains depuis 32 ans : après l’arrivée, je me suis assis à côté de lui et de Robin (Knox Johnston) et nous avons parlé pendant une heure, c’était formidable. Quel personnage ! J’ai un immense respect pour lui, quelle histoire !

Il y a tout de même eu beaucoup d’abandons, quel est votre sentiment à ce propos ?
J’ai été surpris qu’il y en ait eu autant, je dois reconnaître qu’il y a moins de coureurs qui finissent que je ne le pensais, je m’attendais à la moitié à l’arrivée [ils ne sont plus qu’un tiers en course, NDLR]. Il n’y a jamais eu d’événement de ce genre depuis 1968, donc personne ne pouvait vraiment en prédire l’issue. La réussite est importante et certains n’en ont pas eu. Je ne veux cependant pas me cacher derrière ce terme, mais certains mâts ont été construits par ce qui se fait de mieux au monde et en connaissance de ce qu’ils allaient affronter, les bateaux étaient bien préparés, les marins de très bon niveau, et, malgré ça, ces mâts n’ont pas tenu. Mais je pense que ce sera une autre histoire en 2022, tous ceux qui participeront dans quatre ans auront beaucoup appris de cette édition.

Que prévoyez-vous de changer pour faire en sorte que plus de bateaux terminent en 2022 ?
Nous allons déjà ajouter un parcours de qualification plus long. Il était de 1 000 milles cette fois-ci, nous le monterons à 2 000 sans arrêt et il faudra que ce soit sur le même bateau avec lequel les participants disputeront la GGR. Nous ferons également davantage de recommandations. Nous ne voulons pas commencer à tout réglementer ou aboutir à une flotte monotype, mais nous devrons donner plus de conseils, notamment sur les mâts.

Quel serait le nombre idéal de bateaux au départ ?
J’aime bien l’idée d’en avoir 20 à suivre, mais nous espérons en avoir 30 au départ. Pour l’instant, il y a deux classes pour 2022, la Suhali composée des bateaux qui ont couru sur cette édition et pour laquelle, il y a 20 places et 5 invitations, et la Joshua, composée de bateaux monotypes, je serais content qu’il y en ait 5 au départ, même si ce sera plutôt 3 ou 4. Je suis assez confiant, je pense que l’événement fera plus que le plein et qu’il y aura une liste d’attente.

Que pensez-vous des critiques que vous avez reçues sur cette course et notamment du manque de soutien de la Fédération Française de Volie ?
C’est très simple : une certaine organisation en France a suggéré que la Golden Globe Race était pleine de vieux rêveurs. Le fait est que nous avons notre place. Et nous avons fait tout ce que nous pouvions pour faire en sorte que cette course soit la plus sûre possible. Et s’il n’y avait eu aucun risque, personne ne se serait inscrit. Ensuite, nous n’avons jusqu’à aujourd’hui reçu absolument aucune critique de la part des autorités maritimes, quel que soit l’endroit dans le monde. Les autorités maritimes françaises nous ont même dit avant le départ que notre avis de course était le meilleur qu’elles aient jamais vu en France pour un événement nautique.

Comment l’événement se porte-t-il financièrement ?
M’occuper de cette course m’a sans doute coûté la moitié de ce que je possède. La bonne chose, c’est que l’agglomération des Sables d’Olonne a été fantastique, au-delà de ce que je pensais. Nous avons signé un accord avant le départ qui a permis de recevoir le soutien d’un nombre substantiel de partenaires, ils ont fait beaucoup pour nous. Ils ont probablement contribué à plus de la moitié du budget, puisque, à côté, nous n’avions levé que 35 000 euros de sponsoring, c’est tout. Le reste, c’est Jane [son épouse, NDLR] et moi. Si nous ne prenons pas en compte le soutien de l’agglomération, notre budget total pour organiser la course est de 600 000 euros, peut-être même un peu moins. Maintenant, nous espérons que l’événement soit un succès et qu’en 2022, nous obtiendrons un soutien adéquat. Les premières indications sont bonnes, parce que nous avons tout mis en place pour que ce soit le cas et les choses ont changé : les gens connaissent la course, ils ont pu voir l’équipe de management et le travail qu’elle a fait avec un petit budget.

L’avenir de la Golden Globe Race s’annonce donc brillant ?
Ce serait fantastique si cela durait éternellement et je pense que ce sera le cas. Je ne peux pas imaginer que les gens vont s’ennuyer avec la Golden Globe Race. Ce n’est pas une histoire de bateaux au contact avec les mêmes logiciels de routage, allant à fond avec des paquets de mer qui s’écrasent partout et tout le temps. C’est une histoire de vraies personnes faisant un incroyable voyage autour du monde qui tient tout le monde en haleine. J’espère en revanche que nous aurons plus de femmes la prochaine fois. Susie Goodall a été formidable, elle nous a manqué, mais elle reviendra, j’en suis sûr. D’ailleurs, bon nombre de participants de cette édition vont revenir.

Avez-vous d’ores et déjà un accord avec Les Sables d’Olonne pour 2022 ?
Lors de la conférence de presse de Jean-Luc, nous avons déclaré que nous voulions revenir aux Sables d’Olonne et nous pouvons dire officiellement que nous sommes en discussion pour travailler de nouveau avec eux. Les Sables d’Olonne est le centre de l’univers de la course en solitaire. Et c’est formidable pour Les Sables d’Olonne d’avoir deux tours du monde en solitaire tous les deux ans.

Aimeriez-vous que d’autres anciens skippers du Vendée Globe participent à la course ?
Je ne sais pas. Nombre d’entre eux ont suivi et commenté la course, et l’ont appréciée. Maintenant, elle est longue, elle prend sept ou huit mois, et je pense que la majorité de ces skippers n’aimeraient pas ça. Il y a plus de solitude que sur un Vendée Globe, c’est psychologiquement plus engageant. Tu ne peux pas prendre ton téléphone et appeler tes copains toutes les cinq minutes. Tu te retrouves face à toi-même, c’est la grande différence. Mais je ne serais pas surpris de voir des jeunes et des futurs skippers du Vendée Globe. Le système français avec la Mini, le Figaro et autres est très bien, mais peut-être que d’autres verront la Golden Globe Race comme un tremplin différent. Avec un gros budget de Mini-Transat, vous pouvez faire la Golden Globe Race, avec moins de 120 000 euros, c’est possible, donc qui sait ? Les inscriptions sont ouvertes à partir de 18 ans, peut-être que le prochain vainqueur aura 21 ans ou moins.

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