Mise en chantier de l'IMOCA LA FABRIQUE. Ajouits de Foil en vue de la Route du RHUM 2018

Alan Roura : “A un moment donné, il faut grandir”

A seulement 25 ans, Alan Roura est déjà reparti pour une deuxième campagne de Vendée Globe, lui qui a terminé 12e de la dernière édition sur l’ancien Superbigou de Bernard Stamm. Cette fois, le projet, toujours soutenu par La Fabrique et des partenaires suisses, est plus ambitieux et passe par la transformation de l’exMACSF de Bertrand de Broc en foiler. L’ancien ministe détaille ce projet pour Tip & Shaft.

Te voilà reparti sur une campagne de Vendée Globe, ce choix s’est-il imposé dès ton arrivée aux Sables ?
Avant même ! Juste après avoir franchi le cap Horn, je me suis dit que je voulais y retourner. Je pense que je suis arrivé à pas mal me débrouiller avec le bateau que j’avais entre les mains, l’idée de remettre ça s’est vite imposée, avec un bateau plus performant et une préparation plus aboutie pour faire le tour plus vite.

Qu’est-ce qui t’a plu dans le Vendée Globe ?
Tout ! J’ai aimé la solitude, le fait de naviguer sur ces bateaux fantastiques, la durée : plus c’est long, plus je prends du plaisir. Le Vendée, c’est la bonne longueur de course pour moi. Une épreuve sur laquelle les moments difficiles deviennent de bons moments et où tu apprends à te connaître. J’ai envie de revivre ça et de prendre encore plus de plaisir.

Quelles ont été les répercussions médiatiques de ton Vendée Globe en Suisse ?
En Suisse, nous avons pas mal de médias qui sont branchés mer car on a eu la chance d’avoir Alinghi, la Whitbread avec Disque d’Or [mené par Pierre Fehlmann en 1981-82, NDLR], Bernard Stamm, Dominique Wavre, Steve Ravussin… tous ces marins ont contribué à faire parler de la course au large en Suisse. Et comme nous sommes beaucoup moins nombreux à faire le Vendée Globe que les Français, ça aide forcément : les médias n’ont pas à faire de choix comme en France ! Donc oui, ça a été vachement suivi : c’est génial de se retrouver dans La Tribune de Genève à côté de Roger Federer !

Parlons de ton nouveau projet : comment t’es-tu entouré et quel est le budget de cette campagne ?
Sur le Vendée en 2016, je m’étais occupé de monter le projet avec Aurélia [Mouraud, sa compagne, NDLR], j’avais ensuite été rejoint par Gilles Avril et Alexis Monier. Le deal était que tout le monde était bénévole et que si ça repartait derrière, on remettait ça ensemble, mais cette fois de manière professionnelle avec un beau projet. Du coup, Gilles, dans un rôle de directeur technique, et Alexis, préparateur, sont restés, Aurélia est passée à la communication. Nous avons étoffé l’équipe avec Laëtitia Brière, chef de projet, Cyril Enjalran, qui bossait pour Conrad Colman, en tant que boat-captain, plus des intervenants extérieurs selon nos besoins. En termes de budget, on tourne à un million d’euros par an : on reste petits par rapport aux grosses équipes, mais ça permet de modifier le bateau et de faire le Vendée dans de bonnes conditions.

A propos de bateau, pourquoi as-tu opté pour l’ancien MACSF, plan Finot-Conq de 2007 ?
Il a fallu faire vite, parce que pendant le Vendée, les bateaux partaient comme des petits pains. Au départ, j’avais surtout un bateau en vue, celui de Yann Eliès [racheté par Alain Gautier pour Isabelle Joschke, NDLR]. J’ai finalement opté pour celui-là, parce que déjà, c’était un bateau léger qui marchait bien, ensuite parce que c’était un des seuls qui pouvait supporter l’installation de foils sans trop de modifications. Dès qu’on a eu le budget, on l’a acheté direct, on a ensuite pris la décision de faire le chantier de transformation après la Jacques-Vabre pour pouvoir faire le Rhum avec et se donner ensuite deux ans pour l’avoir à 100% en main pour le départ du Vendée Globe.

Avec qui as-tu travaillé sur sa transformation ?
On s’est logiquement rapprochés du cabinet Finot-Conq pour dessiner toutes les modifications, eux ont fait appel à Mick Kermarec, un orfèvre du foil. Ensuite, pour les chantiers, on a choisi JPS, à La Trinité-sur-Mer, pour la construction des foils, parce que leur manière de travailler me plaisait énormément, et Gepeto, à Lorient, pour tout greffer à l’intérieur du bateau, à la fois pour la qualité de leur boulot et pour leur proximité géographique puisqu’ils sont à Lorient où l’équipe est basée.

Quels ont été tes choix architecturaux ?
Comme je ne suis pas architecte et que je ne connais pas le bateau, j’ai laissé complètement Finot-Conq et Mick aller dans leurs « délires » de conception. En revanche, j’avais un cahier des charges clair : je voulais un bateau différent, aller dans l’innovation et non reproduire ce qui a déjà été fait. On crée des foils pour ce bateau-là, ce qui signifie qu’aucun autre bateau ne pourra porter nos foils qui ont été étudiés par rapport au plan de voilure, à la carène, au poids du bateau. C’est différent par exemple de ce qu’a fait Cali (Arnaud Boissières) qui a repris les moules de Maître CoQ (devenu Initiatives Cœur) pour ses foils. Au ponton, à côté des autres bateaux, on verra clairement la différence. L’idée, c’est aussi d’essayer d’avoir quelques coups d’avance par rapport à ce qui existe.

Quels gains de performances attends-tu de ces modifications et dans quelle cour penses-tu que tu pourras jouer ?
On a forcément des pourcentages en tête, mais, aujourd’hui, rien n’est concret. D’autant qu’on travaille aussi sur d’autres aspects : on refait un jeu de voiles neuf, on allège le bateau, on modifie la casquette et le plan de pont… C’est sûr qu’il y aura une énorme différence, mais est-ce que ce sera 10, 15 ou 20% ? On verra, ça dépendra des allures, sachant que l’idée est d’avoir un foil polyvalent et pas un petit booster qui ne marche qu’à certaines allures et moins bien dès qu’on navigue plus serré. Je pense qu’on aura les moyens de jouer avec des bateaux qui ont déjà bien fait leurs preuves sur le dernier Vendée Globe. Sur le Rhum, j’aimerais bien être dans le Top 10, voire dans le Top 5. Pour ce qui est des nouveaux bateaux, a priori, plus il y en a qui se construisent, moins on a de chances de performer. Maintenant, ce n’est pas dit qu’ils soient forcément devant tout le temps, il y a quand même beaucoup d’autres paramètres qui entrent en compte, d’où la nécessité d’avoir le temps pour se préparer. Quand le bateau sera à l’eau, le gros du boulot sera donc pour moi. Il faudra que, mentalement et physiquement, je sois en mesure de bien mener ce bateau.

Tu as fait un premier Vendée Globe en mode aventure et découverte, as-tu l’impression d’entrer dans une nouvelle dimension avec ce projet ?
J’ai eu la chance de finir le Vendée 2016, j’y retourne pour la performance. Mais il ne faut pas oublier ce côté aventure et découverte, car, pour moi, un tel chantier, c’est une énorme découverte qui va nécessiter beaucoup de boulot derrière. Ce n’est pas parce que le bateau est modifié que tout va fonctionner directement, je suis encore loin d’être favori à un départ de course ! Mais, oui, à un moment donné, il faut grandir. Je passe à une marche supérieure et c’est génial, parce que je ne m’attendais pas à ça : il y a cinq ans, je terminais la Mini-Transat, il y a quatre ans, je faisais mon premier Rhum en Class40, je vais retourner sur le Rhum quatre ans plus tard avec derrière moi un Vendée et deux Transats Jacques-Vabre, et en plus sur un nouvel Imoca ! J’ai bien brûlé les étapes jusque-là, maintenant, il faut que j’arrive à faire les choses bien.

À plus long terme, y a-t-il d’autres projets qui t’intéresse ?
Si les Imoca sont choisis pour faire la Volvo Ocean Race, j’irais bien faire la prochaine avec mon bateau. Ce serait une belle histoire pour le bateau de continuer son parcours sur cette course et ça pourrait être génial de voir un bateau suisse revenir sur l’épreuve. On a de sacrées écoles de régates chez nous, ce serait très bien de monter un projet jeune et de donner envie à certains de faire derrière de la course au large en solitaire.

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