Nicolas Hénard « Je fais la promo de la course au large dans l’olympisme »

Week-end dernier chargé pour le président de la Fédération française de voile, de passage jeudi à Marseille pour saluer les trois équipages engagés sur la Nice UltiMed avant de rejoindre Hyères pour la World Cup Series. Sur la brèche depuis plusieurs semaines, l’intéressé a accepté de faire un tour d’actualité pour Tip & Shaft, entre politique interne, futures épreuves olympiques, classe Mini, Ultimes et Route du Rhum…

Le budget prévisionnel 2018 a été retoqué par l’Assemblée Générale de la FFVoile fin mars, où en est-on aujourd’hui ?
Nous avons programmé une nouvelle assemblée générale mi-juin – c’est statutaire de procéder comme ça – et nous avons retravaillé le budget. On a été un peu retoqués sur notre optimisme en matière de croissance des licences, à juste titre ou pas, nous avons révisé cette partie-là et nous représenterons le budget en juin.

De combien sera-t-il raboté par rapport à celui présenté en mars ?
Il est raboté sur le produit des licences, ce n’est pas énorme : relativement au budget fédéral qui est de 12 millions d’euros, cela fait quelques centaines de milliers d’euros, mais cela veut dire autant de milliers d’euros d’actions engagées en moins. Le problème, c’est que pendant la première moitié de l’année, la Fédération souffre parce qu’elle n’a pas institutionnellement les moyens d’engager de nouvelles actions. Maintenant, j’espère que le budget sera voté en juin et qu’on aura ensuite de bonnes nouvelles pour réviser ce budget et faire des choses intéressantes.

Vous étiez très remonté à l’issue de la dernière AG contre ceux qui avaient milité pour le rejet du budget, dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?
Les personnes qui ont voté contre me disent qu’il n’y a pas d’adversité à voir là-dedans et que c’est un sujet strictement budgétaire. J’ai compris le message, donc je vais régler un sujet strictement budgétaire. Je ne pensais pas qu’on en arriverait là, mon boulot aujourd’hui est de résoudre ces problèmes et de préparer la Fédé à redémarrer très vite derrière, donc on verra à la prochaine AG mais normalement, on va sortir de cette crise institutionnelle.

Confirmez-vous l’annulation de l’épreuve de démonstration de course au large que vous aviez prévue d’organiser lors de la finale des World Cup Series en juin à Marseille ?
Oui, c’est sûr qu’elle n’aura pas lieu, à mon grand dam, parce que j’en étais un grand promoteur. C’était une action complètement nouvelle prévue dans le budget prévisionnel. Tant que ce budget prévisionnel n’est pas voté, il ne m’est pas possible de l’engager. Il y a eu un signal a été assez clair, à savoir qu’on nous empêche de déployer des actions nouvelles et qu’on nous demande de dépenser à peu près ce que l’on avait dépensé l’an dernier. Sachant que mon objectif est de sortir de ce blocage institutionnel, j’ai donc décidé d’annuler cette épreuve ; j’essaie de faire en sorte qu’il n’y ait pas de sujets qui prêtent à la critique, qui me soient reprochés après.

Vous organisez pourtant la finale à Marseille, elle aussi une action nouvelle, n’a-t-elle pas été remise en cause ?
C’est vrai que les mêmes raisons auraient pu me pousser à ne pas l’organiser, mais le risque est trop grand pour la France d’annuler la finale de la Coupe du monde. Il faut comprendre que tout ce qui arrive à la FFVoile en ce moment nous est néfaste en termes de diplomatie et de relations internationales. World Sailing a été très inquiet au sujet de l’organisation de Hyères et de Marseille. Moi, j’ai pris mes responsabilités, j’ai réuni les présidents des ligues juste après l’AG pour trouver des solutions de sortie de crise, je leur ai demandé leur soutien pour organiser Hyères et Marseille, qu’ils m’ont donné unanimement, j’ai donc décidé de maintenir. Ne pas les organiser aurait été dramatique pour l’image de la France à l’étranger.

Hyères ne sera pas étape des World Cup Series en 2019 et 2020, remplacée par Gênes, faut-il y voir une relation de cause à effet ?
Non, c’était attendu. Il y a une grande réflexion menée en ce moment à la Fédération internationale sur les World Cup Series. Ce qui est à peu près certain, c’est qu’il y aura toujours une finale, on organise normalement celle de 2019 à Marseille, c’était un ticket pour deux ans. La question qui se pose, c’est de savoir si cette finale restera le résultat de trois épreuves antérieures, comme c’est le cas actuellement, ou de régates continentales. Il y a une discussion en ce moment engagée à Eurosaf, la fédération européenne de voile, sur un circuit de régates européennes, qui a d’ailleurs existé auparavant, dans lequel Hyères aurait complètement sa place avec Kiel, Medemblik, Palma, peut-être Gênes, et qui servirait de sélection continentale à la finale des World Cup Series. Donc Hyères, ce n’est pas du tout terminé, on fête cette saison le jubilé des 50 ans, on espère bien en fêter un second dans 50 ans. Et si ça ne se fait plus dans le cadre des World Cup Series, ça se fera très probablement dans le cadre d’un circuit européen de régates olympiques.

Parlons maintenant des Jeux de 2024 : le « Mid-Year Meeting » de World Sailing a lieu du 12 au 15 mai, pendant lequel vont être votés les nouveaux « events » des Jeux (voir notre article), quelles « soumissions » – les propositions dans le jargon de World Sailing – ont été présentées par la FFVoile ?
Nous avons présenté trois soumissions [chaque soumission doit comporter les dix épreuves olympiques, NDLR]. A côté des cinq épreuves qui restent des figures imposées, dans le sens où elles ne sont pas « under review » (Nacra, 49er hommes et femmes, Laser hommes et femmes), cinq sont susceptibles de changer : planche hommes et femmes, 470 hommes et femmes, Finn. Nos propositions sont un mix entre la défense des intérêts français et une idée que nous nous faisons du développement de la voile mondiale. Nous avons donc proposé un tronc commun de trois épreuves : planche hommes et femmes, et offshore mixte. Pour les deux épreuves restantes, nous avons proposé trois options. La première : 470 hommes et femmes ; la seconde : Finn sous un format « Gladiateurs » et une série solitaire féminine sous un format que j’appellerais les « Abeilles » qui pourrait être sur moth à foil ; la troisième : le 470 mixte et le kite mixte.

A propos d’offshore, avez-vous des nouvelles du Japon pour l’organisation d’une épreuve de démonstration à Tokyo ? Et avez-vous toujours pour idée de proposer un plan B pour l’organiser à Marseille ?
La dernière position à laquelle j’ai eu accès, c’est en gros : « Laissez-nous organiser les JO sur les dix séries décidées et ne nous embêtez pas avec le reste ». Pour le plan B à Marseille, ça revient à ce que je disais tout à l’heure : j’attends d’y voir plus clair en matière de politique interne française, il faut que la France redevienne forte pour pouvoir parler à l’international.

World Sailing a annoncé la semaine dernière le lancement officiel du premier Championnat du monde de course au large en 2019, est-ce conforme à ce que vous attendiez ?
Oui, j’en suis ravi. C’est assez paradoxal, parce que je viens de l’olympisme et je fais la promo de la course au large… mais je fais la promo de la course au large dans l’olympisme ! Ce Championnat du monde offshore monotype est une très bonne nouvelle dans l’optique de l’apparition de la course au large aux Jeux en 2024. Cela permettrait d’avoir un circuit mondial en amont qui permettrait à tous les pays de s’y intéresser beaucoup plus facilement et de sélectionner un équipage pour les JO. Tout ça est très cohérent et va dans le bon sens.

Le bateau et « l’Event Manager Partner » – l’organisateur – de ce Championnat du monde font l’objet d’un appel d’offres de la part de World Sailing, la FFVoile a-t-elle vocation à pousser des candidatures françaises ?
Nous avons d’abord un intérêt à avoir un bateau sur lequel nous, Français, sommes à l’aise. Ensuite, je n’ai pas honte de dire que je préfère voir l’industrie française en profiter plutôt que nos concurrentes. La Fédération a aussi une responsabilité économique et je préfère évidemment voir un bateau de fabrication française être choisi par World Sailing comme monotype international, je ne vais pas faire de langue de bois sur ce sujet.

A propos de course au large, la classe Mini est récemment montée au créneau, demandant à la Fédération une dérogation à la nouvelle règle de World Sailing concernant le téléphone satellitaire sur les courses de format transatlantique (voir notre article), où en est-on depuis la rencontre entre Fédération et la classe il y a un mois ?
J’ai laissé mon vice-président Henry Bacchini et Olivier Avram participer à cette discussion, je pense que des propositions ont été faites qui sont tout à fait compatibles et respectueuses des objectifs des uns et des autres, à savoir, vu de la Fédé, des objectifs de sécurité, également partagés par la classe, et, du côté de la classe, des objectifs un peu philosophiques que la Fédé comprend. Le Mini est un peu une démarche initiatique, avec le bonhomme qui prédomine, cette démarche ne me choque pas et il faut reconnaître que ça génère d’excellents marins. Après, il faut trouver l’équilibre entre les exigences internationales et nationales d’un côté, les choix bien expliqués d’une classe de l’autre. Il me semble que cette réunion a conduit à de l’apaisement et devrait déboucher sur des solutions techniques.

Passons d’un extrême à l’autre en matière de large : comment réagissez-vous au récent chavirage de Banque Populaire IX ?
C’est évidemment navrant, j’ai tout de suite envoyé un petit mot à Armel et je me suis inquiété pour l’intégrité de l’équipage. Ce chavirage vient rappeler que les bateaux de compétition performants peuvent chavirer, mais ça ne m’interroge pas sur la classe Ultim, ça ne remet pas en cause la classe et son développement. Ce qui m’intéresse, c’est le débrief : ce qu’on peut faire pour éviter que ça arrive à nouveau et pour améliorer la sécurité sur ces bateaux.

Un dernier mot : la Route du Rhum va réunir 122 bateaux en fin d’année, un record, que vous inspire son succès ?
C’est génial évidemment. Maintenant, je n’ai pas d’inquiétude pour ce type de course, j’en ai parfois plus pour les très belles régates amateurs, pro-am, que nous avons en France. Je me pose beaucoup de questions pour savoir comment on peut garder du dynamisme sur des courses comme le Spi Ouest-France, la SNIM et autres… J’ai envie que l’on s’appuie sur la bonne santé de la course au large pour préserver ces belles régates plus amateurs, je me dis qu’il ne faut pas attendre qu’elles fléchissent pour leur garder le pied à l’étrier.

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