La classe mini décryptée par Tip & Shaft

Classe Mini : 2018, bien mieux qu’une saison de transition

La Chrono 6.50, qui eu lieu ce week-end à Lorient (victoires d’Erwann Le Méné en proto, de Sébastien Gueho en série), et la Mini Barcelona, dont le départ sera donné le 5 octobre, clôturent la saison 2018 de la classe Mini  en Atlantique. L’occasion pour Tip & Shaft de  faire un bilan avec plusieurs protagonistes de la classe et de se tourner vers une année 2019 qui sera marquée par l’arrivée de nouveaux bateaux de série et de prototypes à foils.

Mieux qu’une saison de transition.

Les années paires étant souvent considérées comme des saisons de transition, la participation en 2018 a cependant été en nette hausse par rapport à 2016. Ils étaient ainsi 65 sur le Trophée Marie-Agnès Péron (contre 52 en 2016), 69 sur le Mini-Fastnet (contre 57) et surtout 54 sur Les Sables-Les Açores-Les Sables, contre 22 en 2016 (avec seulement 2 protos). « C’est l’effet Mini-Transat : la dernière s’est tellement bien passée que ça attire du monde », analyse Denis Hugues, directeur de course de ces trois épreuves et de la Mini-Transat. « Le bilan est très positif, ajoute le président de la classe Mini, Sébastien PébelierCette bonne dynamique devrait se confirmer en 2019, avec beaucoup de bateaux neufs en construction en série et très peu de bateaux d’occasion à vendre, ce sont de bons indicateurs ».

Autre motif de satisfaction pour le président de la classe : le conflit avec la FFVoile autour de l’obligation d’un téléphone satellite à bord imposé par les RSO de World Sailing (voir notre article) s’est réglé en bonne intelligence. « Les trackers Yellow Brick permettent d’envoyer des SMS à la direction de course, mais uniquement à elle, on a fait des essais sur toute la saison, qui se sont avérés vraiment efficaces, on est en train de préparer un rapport destiné à la Fédé pour continuer à utiliser le système ».

Série : Beccaria au-dessus, de nouveaux scows pour 2019

Après un début de saison dominé par Valentin GautierAmbrogio Beccaria a marqué le circuit de son empreinte, successivement vainqueur de la Mini en Mai, du Trophée Marie-Agnès Péron, du Mini-Fastnet, de Les Sables-Les Açores-Les Sables et de la Duo Concarneau ! « Il avait déjà prouvé en Pogo 2 qu’il faisait de très belles trajectoires, là, avec un bateau plus rapide (un Pogo 3), il a dominé une partie de la saison », note Tanguy Leglatin, son entraîneur au pôle de Lorient Grand Large. L’Italien termine devant Amélie Grassi, dont le même Tanguy Leglatin dit : « Elle avait déjà un bon bagage de régatière mais pas d’expérience au large ; elle a bien progressé, en comprenant assez vite comment un Mini fonctionnait en réglages et en vitesse ».

Parmi les autres marins qui se sont distingués, sont cités Nicolas d’Estais, troisième de Les Sables-Les Açores derrière le Rochelais Félix de Navacelle, considéré comme une des révélations de la saison. « Ambrogio ne dominera peut-être pas autant l’année prochaine, parce que les petits jeunes poussent derrière, Félix de Navacelle est un tout bon, tout comme Ronan Gabriel, qui n’a que 19 ans », estime Denis Hugues. L’année 2019 sera en outre marquée par l’arrivée de deux nouveaux bateaux de série, le Vectorplan Bertrand construit en Pologne, et le Maxi 650 de David Raison, construit chez Idbmarine, deux scows vus cette saison en proto (il faut dix exemplaires et répondre à des règles de jauge et de qualification pour passer en série), menés respectivement par Keni Piperol et Paul Cloarec.

Le premier bilan ? « Les résultats sont un peu en-deçà de nos espérances, mais Paul était vraiment en mode qualification, à la fois pour lui pour la Mini-Transat et pour le bateau en tant que série, commente David Raison. Mais on a fait récemment des essais comparatifs avec un Pogo 3 à Lorient qui ont été très prometteurs. » Ce que confirme Tanguy Leglatin : « Je pense que les nouveaux bateaux vont aller assez rapidement plus vite ». Quid du plan Bertrand ? « Je ne l’ai vu qu’une fois, il allait clairement plus vite au reaching, il avait en revanche plus à combler au portant VMG, mais ça ne me paraissait pas insurmontable », poursuit l’entraîneur lorientais, expert de la classe. Etienne Bertrand se montre de son côté à la fois optimiste et prudent : « Le bateau s’est avéré très rapide, notamment dans le tout petit temps, et dès qu’on ouvre les écoutes, c’est royal. Maintenant, c’est difficile de se comparer au Maxi car on est tous en phase de défrichage ». Et il faudra compter avec la concurrence des Pogo 3, loin d’avoir dit leur dernier mot à en croire Erwan Tymen, du chantier Structures, qui les construit : « Jusqu’à présent, les nouvelles générations qui arrivaient faisaient mieux sur les premières courses, mais cette année, les Pogo 3 ont gardé l’avantage dans le temps médium qu’on a eu. Les scows défoncent tout le monde au reaching, mais, pour l’instant, ça ne suffit pas parce qu’ils ont plus de difficultés au près et en descente VMG ».

Proto : match serré en attendant les foils

Après la domination sans partage de Ian Lipinski sur le Maximum de David Raison, ce dernier est passé entre les mains de François Jambou qui termine la saison en tête du classement annuel de la Classe Mini, vainqueur du Trophée Marie-Agnès Péron et de Les Sables-Les Açores. « J’aurais signé pour ce scénario, se réjouit le skipper qui a découvert BFR Marée Haute en février. Je n’ai jamais été coureur de haut niveau. En plus, je passais derrière Ian, ça mettait pas mal la pression ! ». Reste que, contrairement aux deux années précédentes, le match a été plus que serré, avec Erwann Le Méné sur Rousseau Clôtures, très à l’aise dans le petit temps, qui, en remportant 4 épreuves sur la saison et en terminant sur le podium de toutes les courses, remporte le titre de champion de France promotion de course en large en solitaire (attribué sur quatre épreuves du circuit). Le plan Bertrand Lilienthal de Jörg Riechers et le nouveau plan Lombard d’Axel Tréhin, vainqueur du Mini-Fastnet et de la Duo Concarneau, ont été également dans le coup. « Le niveau s’est resserré, avec d’un côté des bateaux un peu moins performants, mais connus sur le bout des doigts par leurs skippers, et de l’autre des bateaux plus performants, mais soit encore un peu jeunes en mise au point, soit menés par des skippers en apprentissage dessus », résume Tanguy Leglatin.

Et si François Jambou, qui cherche 30 000 euros pour boucler son budget, et Erwann Le Méné, devraient encore être des concurrents en 2019, l’arrivée de nouveaux protos, dans la foulée des plans Lombard d’Axel Tréhin (qu’il va doter de foils) et de François Champion, mais aussi du plan Verdier de Jonathan Chodkiewiez, pourrait changer la donne. Car ce seront tous des foilers : Tanguy Bourroullec se fait construire un plan Verdier au chantier StructuresOlivier Jehl s’est lancé dans une auto-construction sur plan David Raison, même chose pour Maxime Sallé (sur plan Finot-Conq) et pour l’Américain Jay Thompson dont le plan Verdier s’annonce directement inspiré des futurs AC75 de la 36e Coupe de l’America, avec foils en Y et plans porteurs sur les safrans. « Pour être plus rapide que les scows, on s’est dit que la solution était de faire un bateau qui vole et d’essayer d’adapter l’AC75 à la course au large », explique le Californien qui annonce carrément : « Dans 15-18 nœuds de vent à 100 degrés du vent sur eau plate, on pourrait atteindre 27-29 nœuds« …

Reste à faire fonctionner tout ça au large, ce qui laisse beaucoup de monde sceptique, y compris les architectes travaillant sur la question. « La Mini Transat est une course de portant VMG. Rajouter des foils, je ne suis pas certain que ce soit décisif« , estime ainsi David Raison, tandis qu’Etienne Bertrand, qui n’a pas de proto en vue mais est prêt à en construire dans les moules du Vector, conclut : « Les mesures de stabilité et de cadre dans notre jauge sont telles que si on veut vraiment faire décoller le bateau, il y a des contraintes non négligeables en termes de poids« . Premiers éléments de réponse au printemps prochain.

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