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Thaïs Le Cam : “J’aimerais faire des podiums”

A 29 ans, Thaïs Le Cam dispute sa deuxième saison sur le circuit Mini 6.50, elle qui a terminé 9e sur son proto Frérots TPM de la Mini Transat 2023. Avant le départ lundi à La Trinité-sur-Mer de la Mini en Mai (90 inscrits, 500 milles en solitaire, à suivre sur notre site), Tip & Shaft a échangé avec la fille de Jean Le Cam.

► Tu as débuté en course au large la saison dernière en Mini, à 28 ans, pourquoi si tard ?
Mon objectif a toujours été de faire la Mini Transat, c’était un rêve pour moi de traverser l’Atlantique en solitaire et en course. J’y avais déjà pensé il y a dix ans, mais j’avais finalement décidé de finir mes études d’événementiel sportif en attendant que les planètes s’alignent. J’ai ensuite travaillé pour des organisations, notamment avec la classe Imoca sur la New York Vendée et le Vendée Globe 2016, puis, pendant cinq ans dans l’univers de la course automobile, parce que j’ai toujours été passionnée de sports mécaniques.

► Comment les planètes se sont-elles alignées ?
Au dernier Vendée Globe, j’ai échangé avec Julien Letissier qui travaillait pour mon père. Il était partant pour repartir sur une Mini Transat [il avait disputé l’édition 2019 en série, NDLR], il avait plein de questions sur la gestion de projet, qui était mon domaine, moi surtout des questions techniques, plus le sien, nous avons alors décidé de nous associer pour partir sur un projet collectifFrérots Sailing. Valentin Noël nous a aussi rejoints, nous avons réfléchi à construire trois sisterships protos sur plans Raison [deux l’ont finalement été], parce qu’outre que le bateau marchait bien, ça nous permettait de limiter les budgets et l’impact environnemental, mais aussi d’aller plus vite dans le projet.

► Tu es arrivée dans le milieu affublée du statut de fille de Jean Le Cam, comment as-tu vécu avec ça ?
C’est vrai qu’on m’a beaucoup parlé de ça au début, c’est moins le cas depuis la Mini Transat, comme si j’avais réussi à asseoir ma légitimité, à créer mon prénom plus que mon nom. Mais c’est vrai que je me suis toujours freinée, en partie pour cette raison, dans le fait de me lancer dans la course au large. Je n’avais pas envie de faire comme mon père et j’avais un peu peur du regard qu’on allait avoir sur moi. J’ai fait de la compétition au collège, à un moment, ça m’a dégoûtée parce qu’on parlait tout le temps de « la fille de » et pas de ma propre identité. C’est en partie pour échapper à ces histoires que je suis partie un moment travailler dans un autre univers. Je pense que j’aurais débuté dans la course au large beaucoup plus tôt si je n’avais pas été la fille de Jean Le Cam.

 

“Je pense que mon père est très heureux
d’être le daron de tous ces petits jeunes !”

 

► Comment a-t-il réagi quand tu lui as fait part de ton intention de te lancer en Mini ?
Je ne lui ai pas trop laissé le choix ! Je lui ai annoncé à l’arrivée de son dernier Vendée Globe. Il m’a dit que c’était super et il a été très présent pour m’aider. Quand on a mis mon proto à l’eau, c’était la première fois de sa vie qu’il montait sur un Mini et qu’on faisait du bateau juste tous les deux ! Ça a forcément resserré nos liens père/fille, je partage beaucoup de choses depuis avec lui, ça n’a pas de prix, j’en suis très heureuse.

► Quel est ton regard sur lui, qui s’apprête à disputer son sixième Vendée Globe de rang ?
C’est difficile d’être objective, mais c’est un monument ! Je suis sur le cul de voir qu’il est encore capable de faire ça. D’autant que maintenant que j’ai mon propre projet, je comprends mieux ce que ça signifie que de s’investir à 300% et de passer sa vie au chantier, il m’impressionne vraiment. Il s’est beaucoup coupé du monde pour construire le monument qu’il est, mais j’ai l’impression que depuis son dernier Vendée Globe, il a davantage envie de partager, il a une nouvelle façon de vivre sa passion, en collaborant avec Violette (Dorange), Benjamin (Ferré), Eric Bellion. Frérots Sailing s’inscrit d’ailleurs dans cette lignée, on échange avec les autres projets, il y a un vrai cosmos qui s’est créé à Port-la-Forêt autour de tous nos projets et mon père en est en quelque sorte le chef d’orchestre et le moteur, ça fait plaisir de voir ça. Je pense qu’il est très heureux d’être le daron de tous ces petits jeunes, c’est en tout cas comme ça qu’on l’appelle !

► Quel bilan as-tu fait de ta première saison en Mini et notamment de ta Mini Transat ?
Ça a été très intense, très dur, mais je suis contente et fière du résultat, autant de celui de Julien [3e de la Mini Transat] que du mien [9e], car c’était un pari de se qualifier puis de faire la Mini Transat en un an. Et pour moi, c’était une découverte complète de la course au large. Mon objectif sur la Mini était de faire un top 10, j’y suis arrivée, je me suis surtout découvert une vraie appétence pour le large, une stabilité d’esprit sur les longues courses.

 

“J’ai envie de faire du Class40”

 

► Quels objectifs te fixes-tu pour cette nouvelle saison ?
J’aimerais bien faire des podiums. Ça n’a pas marché sur la Pornichet Select [10e]j’ai une revanche à prendre sur la Mini en mai qui arrive, car j’avais abandonné en 2023, on va dire pour « fracture mentale ». J’ai fait une sorte de burn-out, j’ai craqué complet, je n’arrivais plus à suivre la cadence, cela faisait trop longtemps que je ne vivais que pour ce projet. Cette année, on arrive plus sereins sur les départs de course, le fait d’avoir réussi à fiabiliser les bateaux nous permet d’avoir du temps pour préparer notre nav, on n’est pas à bricoler jusqu’à la veille comme l’année dernière. On a trouvé de la stabilité sur le projet, que ce soit technique, personnelle, financière [même s’il lui manque la moitié de son budget, estimé à 100 000 euros pour la saison, celui de Julien Letissier étant bouclé]. Et au niveau des performances. Julien l’a montré, il commence à être bien stable sur ses podiums [2e sur la Pornichet Select].

► Et quelles sont les perspectives à plus long terme ?
J’ai envie de faire du Class40, on essaie de monter un projet en double mixte avec Julien pour l’année prochaine. Dans l’idéal, on voudrait trouver des partenaires pour acheter un bateau d’occasion, un plan Raison nous plairait bien, et pour un budget de fonctionnement d’environ 400 000 euros. Le projet serait sur trois saisons, avec la Route du Rhum 2026 pour Julien qui a plus d’expérience que moi, et l’intégration de skippers dans la structure Frérots Sailing pour leur transmettre les clés des deux Minis.

Est-ce plus facile de vendre son projet quand on s’appelle Le Cam ?
J’essaie de ne pas trop jouer dessus, parce que j’ai envie de tracer ma propre route. Maintenant, je ne peux pas renier ce nom et c’est clair que ça crée une histoire qui aide à approcher des partenaires. Comme ça existe, autant s’en servir, mais en général, quand je me présente, je dis que je m’appelle Thaïs.

Photo : Cécile Hoynant

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