Ocean Fifty Route du Rhum

La classe Ocean Fifty en mode Mercato

Après les Ultims, les Mini 6.50, les Figaro et les Class40, Tip & Shaft poursuit sa rentrée des classes 2023, avec les Ocean Fifty. Une classe qui, comme souvent en année post-Rhum, se renouvelle, avec quelques partants et de nouveaux arrivants.

Les années post-Route du Rhum sont souvent synonymes de transition pour la classe Ocean Fifty. Ce qui se confirme encore début 2023, avec un mercato actif, au point qu’à deux mois du coup d’envoi de la saison, difficile de savoir quel plateau sera aligné sur le Pro Sailing Tour puis sur les autres courses au programme du calendrier 2023.

Cette incertitude ne concerne pas Sébastien Rogues, dont les partenaires, Primonial en tête, ont resigné jusqu’à fin 2026, nouveau bateau à la clé – plan Neyhousser, construit chez Multiplast dans les moules d’Arkema 4. Ni Erwan Le Roux, dont le contrat avec Koesio expire fin 2023 – “mais on est en train de regarder au-delà”, confie celui qui est toujours président de la classe. De son côté, Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton-Arsep), assuré de repartir cette année, évoque lui aussi “la volonté” de repartir sur un cycle de quatre ans.

A côté de ces piliers de la série, trois nouveaux skippers arrivent cette année, avec la prochaine Route du Rhum comme horizon. Le premier est un revenant, Fabrice Cahierc, qui avait lancé en mars 2021 l’actuel Koesio avant de finalement se retirer, “pour des raisons personnelles”, explique l’ancien entrepreneur, désormais skipper professionnel à plein temps. Avant d’ajouter, à propos de son retour : “Le fait d’avoir ramené le bateau de la Jacques Vabre 2021 avec Erwan (Le Roux), à qui je l’avais loué avec option d’achat, a rallumé la flamme, si bien que j’ai décidé de repartir avec un nouveau bateau.”

 

 

Du monde à Saint-Malo

 

En l’occurrence une version optimisée du plan VPLP, construite chez CDK Technologies et qui sera baptisée fin juin à Nantes, où se trouve le siège du groupe Réalités, que Fabrice Cahierc a réussi à embarquer avec lui “a minima jusqu’à la Route du Rhum 2026.” Pour quel budget ? “Hors amortissement, c’est autour de 800 000 euros par saison, quant au bateau [dont Réalités est armateur, NDLR], c’est un ticket de 3,5 millions d’euros, mais si tu veux être large, il faut compter 4 millions.”

Installé à Saint-Malo, Fabrice Cahierc y côtoiera, en plus de Thibaut Vauchel-Camus, deux nouveaux arrivants dans la classe. Luke Berry, en provenance de la Class40, dont le projet n’a pas encore été officialisé, et un skipper portant les couleurs de l’entreprise bretonne Viabilis – partenaire officiel de la dernière Route du Rhum, mais aussi d’Arnaud Pennarun en Rhum Mono – qui sera accompagné par BE Racing, la structure de Louis Burton et Servane Escoffier.

“Le projet est arrivé juste avant la Route du Rhum, raconte cette dernière. On a reçu un coup de fil nous disant que Viabilis avait envie de continuer dans la voile, avec une préférence pour l’Ocean Fifty. Il se trouve que de notre côté, on avait pris la décision de se lancer dans cette classe en achetant un bateau, on avait d’ailleurs un créneau de visite de Leyton [dont le skipper, Sam Goodchild, bascule en Imoca, NDLR] à Saint-Malo. Du coup, le patron de Viabilis est venu faire la visite avec nous, on était tous très motivés, le projet s’est lancé pour quatre ans !” Avec une priorité : trouver un skipper pour le bateau racheté par un pool de partenaires, d’où une sélection lancée début janvier sur le point d’aboutir. “On a reçu 45 candidaturespoursuit Servane Escoffier, on a gardé 6 CV et aujourd’hui, il nous reste 3 finalistes, on annoncera le skipper et tout le détail du projet autour du 6 mars.”

 

 

Des occasions à saisir

 

Ce qui fera donc six Ocean Fifty sûrs pour la seconde partie de la saison – Réalités et le nouveau Primonial seront mis à l’eau fin mai. Seront-ils rejoints par les quatre autres bateaux de la classe existants ? Vainqueur l’an dernier du Pro Sailing Tour et deuxième de la Transat Jacques Vabre sur Arkema 4Quentin Vlamynck n’est à ce jour pas certain de remettre ça“Arkema nous avait annoncé en mars 2022 qu’ils ne reconduiraient pas le contrat à la fin de l’année. On a failli signer un partenaire l’été dernier, mais ça n’a pas abouti, on continue nos recherches”, explique le skipper.

Le dauphin d’Erwan Le Roux sur le Rhum n’écarte aucune hypothèse : “On [Lalou Multi, la société de Lalou Roucayrol, qui en est propriétaire, NDLR] fera tout pour que le bateau navigue, parce que c’est important pour la classe. On pourrait le louer, le vendre, ou s’associer à un autre skipper pour la Jacques Vabre, on se donne un gros mois pour réfléchir.”

De son côté, Armel Tripon, qui n’a pas renoncé à son projet Imoca avec un bateau construit avec du carbone réutilisé, explique que son Ocean Fifty Les Ptis Doudous “est potentiellement à vendre, mais l’idée est de faire au moins le Pro Sailing Tour avant éventuellement d’organiser une sorte de passation”.

Le trimaran de Gilles Lamiré, que ce dernier est en train de ramener des Antilles, est quant à lui en vente – Marsail, la société de Christopher Pratt, est sur les rangs. Tandis qu’Eric Péron, qui cherche des partenaires pour l’accompagner en Ultim sur l’Arkea Ultim Challenge-Brest, cherche plutôt à louer le sien – 200 000 euros l’année, prêt à naviguer. “Ma décision sera prise dans un mois : si je n’arrive pas à financer l’Ultim, je resterai en Ocean Fifty.”

 

 

Le Pro Sailing Tour cherche l’équilibre

 

Cette incertitude sur le plateau explique en grande partie pourquoi la classe vient seulement de finaliser son calendrier 2023 et particulièrement celui du Pro Sailing Tour, circuit lancé en 2021. “On savait que l’année allait apporter son lot de changements, il fallait qu’on ait un minimum de certitudes sur le nombre de participants, parce que cela conditionne forcément les villes d’accueil, on espère de 5 à 7 bateaux, explique Julien Mauriat, président d’Upswing Prod, qui organise – rejoint par Keneo en 2022 – le circuit.

Ce calendrier comprendra deux grands tronçons : un premier en Méditerranée, qui passera par La Seyne-sur-Mer (8-11 mai), Bonifacio (13-16 mai) et Alghero (Sardaigne, 18-21 mai), un second en Atlantique-Manche avec un épisode à Saint-Nazaire dans le cadre de The Arch (1er-4 juin) et un final rush entre Cowes et Brest (10-14 juin). La saison, hors Pro Sailing Tour, se poursuivra par le Trophée des Multicoques Baie de Saint-Brieuc, du 12 au 16 juillet, le Fastnet et la Transat Jacques Vabre.

Pour sa troisième saison, le Pro Sailing Tour s’appuie sur un budget stable d’environ 2 millions d’euros, que Julien Mauriat espère “à l’équilibre” en fin d’année, grâce à l’arrivée de six nouveaux partenaires, annoncés mi-mars. “Notre modèle économique est en train de se structurer, l’objectif est de se rapprocher d’un budget assuré à 40% par les villes, à 60% par des partenaires privés et les diffuseurs de notre docu-série.”

Diffusée en France par le groupe Canal + – et dans 189 pays -, cette docu-série, dont la saison 2 est attendue début mai, séduit-elle les téléspectateurs ? “On n’a pas de chiffres d’audience, mais un vrai satisfecit de la part de la direction des programmes de Canal +, qui fait qu’ils reprennent la série cette année”, répond le patron d’Upswing Prod. Interrogé sur le sujet, Stéphane Vidal, président de Primonial, le partenaire-titre de Sébastien Rogues, répond : “C’est un régal de regarder la série, mais elle est vue par peu de gens en France, c’est un peu dommage, tout comme le fait qu’elle sorte un an plus tard”.

Reste que l’intéressé – la prolongation pour quatre ans de son partenariat avec le vainqueur de la Transat Jacques Vabre 2021 le prouve -, se montre très content du positionnement de la classe dans l’écosystème général de la voile : elle est à taille humaine, bien régulée, sans course à l’armement et avec une très bonne ambiance.” Seul écueil à ses yeux partagé par tous : l’absence de visibilité sur le calendrier qui rend compliquée l’organisation de relations publiques. Ce dont l’organisateur et la classe sont conscients, promettant de communiquer d’ici l’automne prochain sur le calendrier 2024. “C’est le gros travail qu’on doit faire dès à présent. On sait qu’il reste encore des défauts à gommer, mais on constate que la classe attirece qui montre qu’on est globalement dans le vrai”, estime son président Erwan Le Roux.

 

Photo : Alexis Courcoux

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