Brian Thompson a remporté récemment Cape2Rio sur l'ancien Prince de Bretagne

Brian Thompson : « J’ai toujours voulu m’attaquer au record du tour du monde en solitaire en multicoque »

Brian Thompson est le marin britannique détenant le plus grand nombre de records océaniques, il a notamment battu deux fois le record du tour du monde en équipage, avec Steve Fossett en 2004 sur Cheyenne et Loïck Peyron en 2012 sur Banque Populaire V. Il a aussi fait partie de l’équipage d’ABN Amro vainqueur de la Volvo Ocean Race 2005-2006 avec Mike Sanderson et fini 6e du Vendée Globe 2008-09. Ces derniers temps, il navigue surtout sur trois coques, en Multi 70 (ex MOD), ou, plus récemment, sur  Ultim Emotion, l’ancien Prince de Bretagne, qui vient de remporter Cape2Rio. L’occasion pour Tip & Shaft d’évoquer sa passion pour les multicoques.

Tu viens de gagner Cape2Rio que tu courais pour la première fois, il semble que ce soit un événement de plus en plus important ?
Oui, c’est une course fabuleuse, juste incroyable. Déjà, parce que les deux villes de départ et d’arrivées sont magnifiques. Pour ce qui est de la course, nous avons été très proches de Maserati pendant toute la traversée, ils ont eu un problème avec leur système de foils, mais je ne pense pas que c’était un handicap majeur pour eux. Nous, nous naviguions sur l’ancien Prince de Bretagne, construit à partir de la plateforme de l’ancien Orma Sodebo, mais avec trois nouvelles coques et une configuration assez différente par rapport à un MOD 70, dans le sens où il est beaucoup plus orienté vers le solitaire.

La Cape2Rio peut-elle attirer plus de teams internationaux et de grands multicoques ?
Oui, je le pense vraiment, je suis un fervent partisan de cette course. Et je pense que si les gens envoient leurs bateaux sur la Cape2Rio, il est ensuite relativement facile d’aller aux Antilles pour courir la Caribbean 600. Je pense que ça pourrait être bien pour les TP52. C’est une sorte de Transpac mais en mieux, il n’y a pas de reaching dans le froid et les deux villes sont incroyables à visiter, ce sont deux endroits que tout le monde devrait avoir sur sa liste des villes à voir.

Tu es devenu très demandé en Multi 70, il semble que ça bouge pas mal dans cette série…
Oui, en ce moment, deux bateaux (Argo et Powerplay) arrivent aux Antilles via le canal de Panama, Maserati va les rejoindre, nous allons tous nous retrouver pour faire la Caribbean 600, j’espère que Love Water (le nom d’Ultim Emotion sur Cape2Rio) va aussi être de la partie, ils cherchent actuellement des invités payants pour venir à bord.

Où sont les autres Multi 70 ?
Karl Kwok en a acheté un qui est en Nouvelle-Zélande (Beau Geste) et va courir la China Sea Race en avril/mai, je serai à bord, c’est génial. Et en France, il en reste deux dans des hangars, Spindrift et Race for Water, qui sont disponibles. L’un des deux pourrait prochainement être remis à l’eau. Et aux Etats-Unis, il y a Orion qui est à vendre à San Francisco.

Quelles sont les différences entre les bateaux actuels ?
Ils sont très proches en vitesse, mais Maserati est évidemment celui qui le plus évolué. C’est l’ancien Gitana qui avait été utilisé comme bateau laboratoire avec le cabinet Guillaume Verdier pour tester des foils asymétriques. Ils ont ensuite vendu le bateau à Giovanni Soldini qui a remis des foils symétriques. Il ressemble assez à un Ultim, dans le sens où il a des safrans avec des plans porteurs en T et une aile de raie sous la dérive, en fait, c’est un mini Ultim. Ça en fait probablement le bateau le plus rapide dans certaines conditions, particulièrement au reaching et sur mer plate, des conditions qui lui permettent de voler et donc d’aller plus vite. Mais je pense qu’ils ont besoin d’avoir 16-17 nœuds de vent pour voler correctement et s’affranchir de la traînée hydrodynamique. En-dessous, les MOD standards sont plus légers donc légèrement plus rapides, Maserati est un peu moins véloce dans les petits airs, un peu plus quand il y a du vent, donc finalement, les performances sont assez proches.

Argo et Powerplay sont-ils proches l’un de l’autre ?
Ils ont tous les deux fait un peu évoluer leurs foils en vue de la Carribean 600. Argo a des nouveaux foils et des safrans en T développés à partir des plans de Martin Fischer avec VPLP et Brett Ellis, c’est la nouveauté de l’année et nous allons les tester cette semaine à Antigua. Les foils d’Argo ne sont pas très grands, ce ne sont pas de ceux de Maserati, disons que c’est plus une version affinée de celle des MOD. De son côté, Powerplay a modifié ses foils existants avec de nouveaux tips et apparemment, ça fait une petite différence. Ils parlent de mettre aussi des plans porteurs sur les safrans, mais je ne suis pas sûr qu’ils le feront pour la Caribbean 600.

Ces bateaux restent étonnants, résistent-ils à l’épreuve du temps ?
Oui, ils sont étonnants, parce que la plupart ont fait beaucoup de milles. Ils ont été incroyablement bien conçus et construits, il y a très peu de problèmes sur les bateaux qui ont été dessinés à l’origine pour une course autour du monde qui devait passer par Panama, les emmener en Asie avant de revenir par Le Cap. Nous avons fait déjà plusieurs morceaux de ce trajet plusieurs fois, nous avons notamment été plusieurs fois à Hawaii via le canal de Panama, Giovanni Soldini aussi a beaucoup navigué, il est sur le point de faire son deuxième tour du monde en deux ans, il a notamment fait la Route du Thé entre Hongkong et Londres. Ces bateaux sont capables d’emmener des équipages de cinq-six autour du monde, ils étaient parfaits pour ce projet, c’est dommage que cette course n’ait pu avoir lieu. Maintenant, ils pourraient facilement être remis en configuration monotype, avec le même mât, des foils identiques. Car même si certains sont un peu différents et qu’ils n’ont pas les mêmes voiliers, ce sont fondamentalement les mêmes bateaux.

Combien ça coûte de courir sur ces bateaux ?
C’est moins cher qu’une campagne de TP52 ou d’Imoca, parce que les bateaux sont très fiables. Je dirais que pour le bateau en lui-même, c’est 1,5 million d’euros, ce qui n’est pas cher pour un bateau aussi fiable et performant. Et avec un million par an, tu fais un très bon programme, avec un bon équipage et un jeu de voiles. Il y a juste l’assurance qui n’est pas facile à trouver.

Quel est ton programme personnel ? As-tu d’autres objectifs que les Multi 70 ?
J’ai beaucoup de chance de faire beaucoup de Multi 70 cette année, sur Argo puis sur Beau Geste. A côté, j’occupe un poste de directeur (pour la Grande Bretagne) chez Doyle Sails avec Adrian Stead et Pete Greenhalgh, je m’occupe en particulier des voiles de multicoque. Pour ce qui est de mes objectifs futurs, j’ai toujours eu l’ambition de m’attaquer au record du tour du monde en solitaire en multicoque, avant même que de Kersauson le fasse il y a vingt ans (trente ans, en fait, NDLR). J’ai fait du solitaire en Imoca, rois tours du monde, énormément couru en équipage, mais jamais en solitaire en multicoque, c’est mon grand rêve. Maintenant, en étant réaliste, je ne suis pas sûr d’y arriver, parce que les bateaux sont aujourd’hui très chers. J’ai couru sur Macif pendant 24 heures à l’automne, pour accompagner quelqu’un qui était intéressé par l’achat du bateau, mais à la fin, il ne s’est rien passé. Maintenant, j’attends avec impatience de voir le prochain Banque Populaire à l’eau, ce serait formidable de faire partie d’un équipage pour essayer de faire tomber la barrière des 40 jours en équipage.

Gardes-tu un œil sur l’Imoca ?
Oui, j’aime beaucoup le dessin de Sam Manuard. J’ai couru avec lui sur la Mini, je suis content de le voir dessiner un Imoca, c’est excitant de voir l’étrave en forme de scow et comment ça marche. Sinon, je suis de près Alex Thomson, je croise les doigts pour lui, il a un très bon projet avec une super équipe autour de lui. C’est dommage qu’il n’ait pas pu faire plus de milles pour tester son bateau sur la Jacques Vabre, mais il a encore le temps d’en faire et je suis sûr qu’il sera prêt pour le Vendée Globe.

Quel serait ton podium ?
Alex, Charal et Charlie Dalin qui sortent du lot. Charal a l’entraînement, la vitesse du bateau et les compétences du skipper, mais je vois aussi bien Charlie qui, selon moi, est un nouveau François Gabart et peut gagner dès la première fois. La logique me dit Charal mais le cœur dit Alex.

Photo : Alec Smith/Cape2Rio

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