Équipe française de SailGP

Matthieu Vandame : « Sur SailGP, jouer le podium doit devenir une habitude »

Spécialiste du multicoque depuis son enfance, Matthieu Vandame occupe cette année le poste de grinder au sein de l’équipe française de SailGP, qui retrouve le circuit les 17 et 18 juillet à Plymouth. Il navigue parallèlement avec Thomas Coville sur Sodebo Ultim 3, deux bonnes raisons pour Tip & Shaft de s’entretenir avec le marin de 39 ans.

Quel bilan avez-vous tiré des deux premières épreuves de la saison 2 de Sail GP, aux Bermudes (3e) puis à Tarente (7e) ?
Les Bermudes, c’était plutôt une bonne surprise. On avait décidé de changer pas mal de choses dans le fonctionnement en se répartissant les tâches différemment dans les manœuvres pour décharger un peu François (Morvan, contrôleur de vol), ça a plutôt bien marché, on commence vraiment à « matcher » les autres au niveau du maniement du bateau. A Tarente, on avait travaillé les quelques manœuvres qu’on n’avait pas encore dans notre jeu, comme le « gybe set » et le « roll and tack » (le fait d’enrouler la bouée sous le vent et de virer directement), on a bien maîtrisé tout ça. On s’est rendu compte en revanche qu’on avait un peu mis de côté tout ce qui est préparation du départ et du déroulement de la manche, si bien que dès qu’on a été en difficulté, ça a mis un peu le feu à bord, d’où des résultats moins bons.

Les F50 sont-ils des bateaux très difficiles à maîtriser ?
Ils sont vraiment très spécifiques, ils ne ressemblent à aucun autre : pour contrôler le bateau, tu ne te sers que de petites mollettes et de boutons, ce n’est qu’une question de logique de fonctionnement, il faut réussir à combiner le fait que tout le monde appuie sur des boutons en même temps pendant les 15-20 secondes que dure une manœuvre, il y a peu de bateaux qui sont aussi pointus en termes de coordination. Si, dans la voile, il y a quelque chose qui devait se rapprocher de la Formule 1, ce serait vraiment SailGP, c’est complètement à part, tu as tellement de réglages, d’options…

Et pourtant, vous n’avez le droit qu’à très peu d’entraînements, comment fait-on dès lors pour apprendre tout ça ?
C’est vrai, mais il y a une chose qui est super bien faite chez SailGP, c’est qu’ils ont imposé que toutes les données de tous les bateaux soient partagées. Comme ils sont instrumentés de façon incroyable, il y a plus de 1 000 paramètres qu’on peut connaître par bateau, tu peux tout savoir sur tout, la difficulté est justement de savoir quoi regarder ! Et de comprendre la logique, parce qu’on n’a évidemment pas le raisonnement derrière toutes ces actions. Après, il ne faut pas forcément tout copier, mais on s’inspire tous beaucoup des autres.

« Quand tu atteins les 50 nœuds, tu ne prends pas le temps d’en profiter »

Tu as navigué sur beaucoup de supports volants différents, au niveau adrénaline, est-ce ce qu’il y a de plus fort ?
La particularité de ce bateau, c’est qu’il va extrêmement vite, mais finalement, quand tu atteins les 50 nœuds, tu ne prends pas le temps d’en profiter, parce que tu sais qu’à cette vitesse, il ne faut pas faire de bêtise. Il faut être extrêmement focus sur ce que tu fais et ne pas se poser trop de questions, parce que tu pourrais très bien te faire peur. Et si tu commences à réfléchir à autre chose, à gamberger, tu peux louper la demi-seconde qu’il fallait pour choquer, ce qui peut avoir des conséquences dramatiques. Donc ça demande une extrême concentration, mais c’est la même chose quand tu navigues sur un Ultim à 45 nœuds en pleine nuit dans des conditions de mer nettement plus difficiles !

Tu as changé de poste cette année, puisque tu as dû laisser ta place de régleur d’aile à Leigh McMillan pour devenir grinder et régleur de voile d’avant, pourquoi ?
L’année dernière après l’étape à Sydney (la seule courue avant l’annulation de la saison), où on avait fait une contre-performance, Russell (Coutts, le patron du circuit) avait demandé à Billy de changer des choses. Billy m’a alors expliqué qu’il fallait que je quitte mon poste pour intégrer quelqu’un avec plus d’expérience et un point de vue différent.

Comment l’as-tu pris ?
C’est toujours un peu spécial, parce que sur le travail que je faisais, ils n’avaient rien à me reprocher : les problèmes à Sydney étaient dus à une collision, un départ où on se fait sortir et une casse l’écoute de foc, il n’y avait pas grand-chose lié à l’aile. Comme je te l’ai dit, avec toutes les datas dont on dispose, si j’avais faisait des bêtises avec l’aile, ça se serait vu. Maintenant, il y avait une sacrée pression de Russell pour que quelque chose change. Billy était embêté, il voulait que je reste à bord. De mon côté, soit je quittais l’équipe, alors que j’en avais un peu été à la base avec Billy, soit je continuais. J’ai choisi d’accepter de devenir grinder, et une fois que j’avais accepté, l’idée pour moi était de faire avancer l’équipe, je n’allais pas pourrir l’ambiance, sinon je n’avais rien à faire là, d’autant que Leigh est une personne super compétente et sympathique.

« Le projet où je me suis le plus éclaté, c’était la Coupe de l’America »

Cela veut-il dire que les équipes ont une grosse pression de la part de Russell Coutts ?
Oui, mais quelque part, c’est normal : c’est un circuit qui fonctionne en grande partie avec les fonds de Larry Ellison, dont le représentant est Russell qui l’a monté et le dirige, donc il fait la pluie et le beau temps, c’est son circuit. Maintenant, c’est quelqu’un d’extrêmement doué, il a monté plein de projets gagnants, il a une vraie vision. Aujourd’hui, le projet où je me suis le plus éclaté, où je me suis donné à 200%, c’était la Coupe de l’America avec Groupama Team France. Or on sait très bien qu’un projet de Coupe en France, c’est compliqué. Donc SailGP nous permet, nous Français, de participer à un circuit d’un niveau incroyable, à armes égales contre les plus grosses pointures mondiales. Cette année, on a récupéré les quelques grands noms qui manquaient sur le circuit, les Spithill, Burling… toutes les stars de la Coupe de l’America se retrouvent là, ça reste un projet exceptionnel.

Quels objectifs vous mettez-vous en vue de la suite de la saison ?
L’idée principale est de jouer le podium toute l’année. Je pense qu’on en est capables, comme on l’a fait aux Bermudes, maintenant, il faut que ça devienne une habitude. On sait qu’au niveau des manœuvres, on a quasiment toutes les cartes dans nos mains, il nous reste à gommer des défauts sur la partie régate, on espère le faire à Plymouth.

« J’ai beaucoup aimé le groupe qu’avait formé Thomas sur le Jules Verne »

Entre les Grands Prix de SailGP, tu navigues cette année avec Thomas Coville sur Sodebo Ultim 3, comment as-tu découvert le large ?
Thomas m’avait appelé en 2018 pour faire Nice UltiMed, il voulait intégrer des gens qui naviguaient sur des bateaux volants. J’ai passé ma première nuit en mer sur l’ancien bateau, puis découvert Sodebo Ultim 3 l’année d’après, c’est vraiment un bateau particulier avec la cellule de vie à l’avant, il y a plein d’excellentes idées sur le centre de gravité, le côté aéro, qu’on retrouve maintenant chez les autres.

Et ça te plaît ?
Oui, ce qui est passionnant avec les Ultims, c’est que ce sont des bateaux tout le temps en développement. Cette année par exemple, des nouveaux safrans arrivent, ils ont coupé l’arrière des flotteurs, il y a un nouveau jeu de voiles, des nouveaux foils l’hiver prochain, tu passes ton temps à régler plein de choses qui évoluent d’une saison à l’autre. Moi, si Thomas me pose une question sur un foil, je peux passer des journées entières à y réfléchir, à essayer de trouver des solutions, c’est un peu la même approche que j’avais avec Franck (Cammas). Quand tu es dans des équipes comme ça, avec des bureaux d’études, des ingénieurs, tu peux poser plein de questions par rapport à ton ressenti, faire des remarques, ça permet de développer tes compétences. Et on a quand même accès à des jouets exceptionnels

Que gardes-tu de la tentative sur le Trophée Jules Verne l’hiver dernier, interrompue à mi-parcours ?
J’ai vraiment apprécié, parce que j’ai beaucoup aimé le groupe qu’avait formé Thomas. Et j’ai aimé tous les questionnements qu’on se pose à bord sur la hauteur de vol, l’assiette, les réglages de voiles… et ça, c’est tous les jours à chaque moment d’un Jules Verne. Même sur les bords de trois jours en ligne droite, plus ça va, plus tu affines des petits réglages, c’est vraiment intéressant.

Photo : SailGP

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