Russell Coutts attend beaucoup de la deuxième saison de SailGP

Russell Coutts : « Je m’attends à ce que les F50 atteignent 53-54 noeuds »

Champion olympique de Finn en 1984 à l’âge de 22 ans, plusieurs fois champion du monde de match-racing et cinq fois vainqueur de la Coupe de l’AmericaRussell Coutts, qui fêtera ses 58 ans le 1er mars, est une légende de la voile. Depuis son pays natal, le Néo-Zélandais, aujourd’hui à la tête de SailGP dont la saison 2 démarre les 28 et 29 février à Sydney, a accepté de répondre aux questions de Tip & Shaft, pour son 200e numéro.

Quelles sont les nouveautés cette année sur le circuit SailGP ?
Il y a deux nouvelles équipes, le Danemark et l’Espagne, nous sommes très excités de les accueillir, elles vont donner un coup de fouet à la compétition et, sur des parcours aussi serrés, la différence entre six et sept bateaux sera vraiment importante.

Peut-on s’attendre à moins d’écarts entre les équipes que lors de la première saison, nettement dominée par les Australiens et les Japonais ?
Oui, je pense. Les Australiens ont l’air vraiment forts sur les entraînements, mais je pense que les autres équipes réduisent l’écart, elles ont toutes progressé et procédé à des changements. Le fait d’avoir eu accès à toutes les données, y compris celles des séances d’entraînement, est un élément-clé, cela leur permet par exemple de voir comment les autres équipes ajustent leur aile, le nombre de mouvements qu’elles utilisent sur leurs foils, etc.

Que pensez-vous de la nouvelle équipe anglaise, désormais soutenue par Ineos avec Ben Ainslie à sa tête ?
Ils vont être forts. Ils ont sélectionné des marins qui ont beaucoup d’expérience sur ces bateaux, le fait d’avoir Iain Jensen au réglage de l’aile et Luke Parkinson au contrôle de vol est vraiment un énorme avantage pour eux. Ils ont passé beaucoup de temps sur le simulateur et Ben s’appuie sur une équipe avec laquelle il a couru la saison dernière (en GC32), y compris les wincheurs, ils vont être solides.

Comment cela s’est-il passé pour qu’ils remplacent la précédente équipe ? Sont-ils auto-financés ?
Ils nous ont contactés, les discussions ont été menées par leur équipe commerciale, nous avons tous vu ce qu’ils sont capables de faire dans d’autres sports. Et ils ont leurs sponsors. Aujourd’hui, il y a deux équipes sur les sept qui sont auto-financées [les Anglais et les Danois, NDLR], c’est un bon cap de franchi. Nous avançons bien également avec certaines autres.

Au début, il semblait que les équipes étaient garanties financièrement sur cinq ans, cela ne semble plus le cas, pourquoi avoir changé d’avis ?
En fait, nous n’avons pas changé notre business model. Nous disposons toujours de fonds, mais il est clair que nous attendons et souhaitons que des progrès soient réalisés sur le plan commercial et nous revoyons notre position chaque année. Et si ces progrès ne sont pas suffisants, l’option est de continuer ou de remplacer une des équipes existantes par une nouvelle équipe, mais nous ne le faisons que si nous constatons qu’il n’y a pas ou peu de progrès réalisés d’un point de vue commercial. Il est probable que nous aurons des annonces à ce sujet dans un avenir proche.

Combien une équipe coûte-t-elle par saison ?
7 millions de dollars par an (6,47 millions d’euros), ce qui inclut la contribution aux services communs, la location du bateau, les éventuelles optimisations, la maintenance…

Quelle a été la valorisation des retombées médias pour les partenaires l’an dernier ?
Les retombées médias ont été au moins trois fois supérieures [à l’investissement, NDLR], après, ça dépend évidemment de l’exposition des partenaires, de leur emplacement sur le bateau. Notre objectif est en tout cas de leur vendre un ratio au moins trois fois supérieur au montant de leur investissement, mais c’est souvent plus que ça. Dans le cas de Rolex par exemple, le ratio est bien supérieur à trois.

Vous avez récemment annoncé un partenariat stratégique avec Endeavor, rentré dans le capital de SailGP, que va-il vous apporter ?
Je pense que ça va changer la donne non seulement pour SailGP, mais pour la voile en général. Je ne connais aucun autre investissement similaire dans ce sport, où une entreprise vient avec une vision à long terme. Ils nous ont contactés, ont regardé de près certains de nos événements – il sont venus à Cowes et à Marseille l’année dernière -, ils ont étudié notre business plan en passant en revue tous nos documents financiers, avant de décider d’entrer à notre capital. C’est évidemment fantastique pour nous. C’est bien d’avoir de l’argent, mais leur expertise et leur audience sont juste incroyables. Avec Endeavor et ses filiales, comme IMG, nous disposons de ressources pour davantage toucher les marchés que nous visons, tant au niveau des médias que des partenariats.

Qu’est-ce qui les attire selon vous ?
Je ne pense pas qu’une société comme Endeavor aurait investi dans notre sport il y a quinze ans, avant l’arrivée de toute la génération à foils. Le format court des régates, avec de l’action et de la vitesse, a changé la donne dans le domaine de la voile. Il a rendu ce sport commercialement viable et accessible à un public beaucoup plus large et je ne pense pas que les compétences nécessaires pour gagner soient très différentes de ce qu’elles étaient il y a quinze ans. L’ancien format que nous aimions tous pratiquer, y compris moi, était assez ennuyeux à suivre. Sur de nombreux événements, le public arrêtait de suivre au bout de 20 minutes. Avec ce nouveau produit, c’est le contraire, l’audience augmente pendant la diffusion. C’est totalement différent et c’est ce qui attire des gens comme Endeavor qui viennent nous voir et nous disent : « C’est un produit sportif que nous pouvons commercialiser et qui peut être un bon business ». L’arrivée d’un acteur aussi important dans le paysage sportif mondial nous donne une énorme crédibilité.

Quelles ont été les améliorations apportées au bateau cette année ?
Pour le premier événement, le Danemark et l’Espagne utiliseront la nouvelle aile, légèrement plus aérodynamique, avec des améliorations au niveau des systèmes de contrôle. Elle dispose aussi de quatre volets au lieu de trois, qui sont tous contrôlables, le système est modulable, ce qui permet d’augmenter ou de diminuer la surface de l’aile selon la force du vent. Nous pensons que, en fonction des conditions de mer, nous pourrons courir avec près de 30 nœuds de vent et que lorsque la grande aile entrera en service, les bateaux pourront naviguer avec environ 1,5 nœud de vent de moins qu’actuellement. Nous avons aussi testé les bateaux avec trois équipiers au lieu de cinq dans des vents faibles, ce qui permet de naviguer avec encore un nœud de vent en moins.

Quelle serait la vitesse de vent la plus faible pour pouvoir naviguer ?
Phil Robertson et l’équipe espagnole ont fait des parcours dans 5 nœuds de vent, c’était assez incroyable. Nous avons en outre trouvé une solution pour avoir une batterie moins lourde, ce qui rend les bateaux beaucoup plus légers. Et ils seront beaucoup plus rapides avec les nouvelles ailes, je m’attends à ce qu’ils atteignent 53-54 nœuds, ce sera difficile de les contrôler à ces vitesses, parce que les foils commencent à caviter à environ 48 nœuds. Les prochaines étapes consisteront donc à développer de nouveaux foils, nous échangeons beaucoup sur le sujet en ce moment autour de Mike Drummond qui dirige l’équipe de conception. Jusqu’à présent, nous avons utilisé le simulateur d’Artemis, mais l’équipe de conception a développé son propre simulateur, plus avancé, c’est évidemment un élément-clé de développement. Nous allons examiner différentes géométries de foils pour rendre les bateaux plus rapides.

Au niveau des profils des marins engagés dans chaque équipe, quelle est votre stratégie ?
L’autre jour, je regardais le tableau des médailles en voile olympique, nous avons six des sept premières nations olympiques représentées sur le circuit SailGP, ce qui est fantastique. Nous allons aussi chercher des solutions pour que certaines des meilleures navigatrices du monde soient présentes, nous allons faire une annonce à ce sujet bientôt.

Pour l’équipe française, vous aviez choisi Billy Besson alors qu’on aurait pu penser que l’expérience d’un Franck Cammas pouvait en faire le skipper naturel, pourquoi ce choix ?
Je connais Franck depuis des années, j’ai navigué contre lui, c’est un grand marin. Mais nous voulons regarder la prochaine génération de marins et Billy Besson a montré dans la voile olympique qu’il est incroyablement talentueux, tout comme il y a d’autres jeunes marins français très talentueux dans cet univers. Les F50 sont adaptés à la mentalité des petits bateaux, ils réagissent très vite et les compétences acquises en voile olympique de haut niveau sont très transposables sur les F50, à bien des égards.

Bruno Dubois est un bon apport pour l’équipe française ?
Oui. Ce n’est pas trahir un secret que de dire qu’au début, il y a eu un peu de réticence de la part de Billy, mais je pense que depuis que Bruno est là, Billy a vraiment vu ce qu’il pouvait apporter et ils travaillent bien ensemble. Cela permet à Billy de se concentrer sur ce dont il a besoin, c’est-à-dire faire avancer le bateau très vite et améliorer les performances de l’équipe.

Loïck Peyron est également interviewé dans ce 200e numéro de Tip & Shaft, que pouvez-vous nous dire sur lui ?
C’est une légende, n’est-ce pas ? Il pourrait apporter sa contribution à n’importe quel programme, il est capable de naviguer sur des petits comme des gros bateaux. Il est très doué techniquement et c’est aussi un gars sympa. Il est très respecté dans tout le monde de la voile.

Pour finir, il a d’ailleurs une question pour vous : pourquoi ne vous a-t-on rarement ou jamais vu sur des courses au large ?
Je me concentre entièrement sur SailGP en essayant faire en sorte que les équipes et les événements soient commercialement durables et en me consacrant au développement des jeunes. Je n’ai actuellement pas de temps à consacrer à mes propres activités de voile, j’ai arrêté la compétition il y a six ans.

Photo : SailGP

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