Imoca Paprec Arkea

The Transat CIC : le débrief des experts

Yoann Richomme, lundi en Imoca, et Ambrogio Beccaria, ce vendredi matin en Class40, ont remporté The Transat CIC. Que retenir de cette course ? Réponse avec plusieurs experts consultés par Tip & Shaft, à savoir Pascal BidégorrySébastien JosseTanguy LeglatinAchille Nebout et Dominic Vittet.  

La 15e édition de The Transat CIC a été marquée “par des trajectoires très proches de l’orthodromie, des conditions assez dures, variées, avec pas mal de changements de systèmes et de forces de vent”, résume Pascal Bidégorry, mais aussi par “peu de près”, complète le météorologue Dominic Vittet. Des conditions “favorables à une course rapide – 8 jours pour les premiers Imoca, 11 pour les Class40”, ajoute le spécialiste du routage météo, qui précise : “Il n’y avait pas de grandes options stratégiques – si ce n’est avant l’Irlande, où la flotte Imoca s’est un peu étalée – puisqu’il fallait passer au nord des deux dépressions pour récupérer des vents portants.”

Pour Pascal Bidégorry, la course s’est beaucoup jouée “sur du placement et la capacité à empanner au bon moment pour avoir de bons angles en tribord amure en sortie de dépression”, estimant par ailleurs que “la flotte Imoca a été homogène, avec un niveau moyen plutôt qualitatif”. Pour le Basque cependant, “les impératifs de qualification pour le Vendée Globe ont sûrement modifié l’engagement des marins qui étaient concernés.”

Autre aspect souligné par Dominic Vittet, les problèmes techniques rencontrés par les uns et les autres : “Les bateaux sont de plus en plus pointus et rapides, et pour être dans le match, il ne faut absolument rien casser et savoir gérer son matériel pour préserver ses chances jusqu’au bout.”

 

“Yoann sait imposer la cadence”

 

Cinq mois après sa première grande victoire en Imoca sur Retour à La Base, Yoann Richomme (Paprec Arkéa) a donc accroché cette mythique transat anglaise à son tableau de chasse en 8 jours 6 heures et 53 minutes. “Il a montré que son plan Koch/Finot-Conq est à l’aise au portant dans la brise, mais ce n’est pas un scoop”, note Pascal Bidégorry. Pour l’entraîneur lorientais Tanguy Leglatin, dès que les conditions se durcissent, on voit qu’il arrive à être un cran au-dessus des autres, et c’est d’ailleurs peut-être plus lié à lui qu’à son bateau”.

Sébastien Josse confirme que le skipper de Paprec Arkéa sait imposer et tenir la cadence, il le dit lui-même, il “tartine” ! Et quand il y a des conditions délicates, il sait aussi lever le pied et naviguer en bon marin. Il est donc assez complet.” Cette victoire, Yoann Richomme l’a décrochée sous la pression en fin de course de Boris Hermann (Malizia-Seaexplorer), arrivé 2h20 derrière lui. “Après un début assez prudent dans la dépression irlandaise, il est revenu comme un avion dès que les conditions sont devenues au portant, souligne Dominic Vittet.

“Très discret, Boris n’est pas un meneur, ce n’est pas lui qui impose la cadence, mais il sait très bien se régler dessus“, poursuit Sébastien JosseEt “son plan VPLP détient le record des 24 heures [641,13 milles en équipage, sur The Ocean Race]”, rappelle Tanguy Leglatin.

 

“Sam Davies, affutée comme jamais”

 

Arrivée en troisième position, Sam Davies (Initiatives Coeur) signe son premier podium sur une transat. “Depuis la Transat Jacques Vabre, on sent qu’elle a changé de dimensionestime Sébastien Josse. Dans sa préparation physique, elle est affûtée comme jamais, elle navigue super bien et a atteint le niveau des meilleurs.” Et Tanguy Leglatin d’ajouter : Elle sait pousser fort au moment opportun tout en ayant un bon placement. On voit par ailleurs que les allures de portant sur son plan Manuard ont été bien optimisées par rapport à Bureau Vallée [ex L’Occitane, dans les moules duquel il a été construit].

Les performances de Malizia-Seaxplorer et d’Initiatives Coeur n’ont pas vraiment surpris Pascal Bidégorry qui raconte : “Lors des derniers entraînements à Port-la-Forêt, ils étaient déjà vraiment dans le match, bien plus qu’ils ne l’étaient l’an dernier.” Parmi leurs atouts, une nouvelle paire de foils identique signée Sam Manuard, “qui, avec des formes très en C, très rondes, apporte de la stabilité au portant dans la mer”. 

Longtemps leader, Charlie Dalin (Macif Santé Prévoyance) a essuyé plusieurs soucis techniques et termine quatrième juste devant Maxime Sorel (V and B-Monbana-Mayenne) qu’on “n”avait pas encore vu aussi bon en performances pures”, selon le Basque. Nos experts notent également le très beau début de course de Paul Meilhat (Biotherm), contraint de ralentir, alors qu’il était troisième, après avoir heurté un ofni (avarie de foil et de puits de foil) ou encore de Nicolas Lunven (Holcim PRB) qui a cassé son bout-dehors alors qu’il évoluait en cinquième position.

 

“Ambrogio a été impressionnant”

 

Du côté des Class40, “il y a eu beaucoup de transitions, avec du vent très faible et du vent très fort qui se sont enchaînés très rapidement, ce qui est assez épuisant pour les marins et les bateaux, note Achille Nebout, coureur en Class40 (et tout juste papa). Les trois-quatre premiers ont mis une énorme intensité dès le début de course en bataillant fort et en tenant de bonnes moyennes.”

Marquée par un duel final acharné entre Ian Lipinski (Crédit Mutuel) et Ambrogio Beccaria (Alla Grande Pirelli), la course a été remportée par ce dernier en 11 jours 16 heures et 17 minutes. “Ils ont attaqué très fort ! lance Pascal Bidégorry, admiratif. Ce sont quand même des bateaux de 40 pieds avec une quille fixe, des ballasts et sans foils mais qui arrivent à faire des moyennes au portant parfois supérieures à pas mal de 60 pieds Imoca.”

Vainqueur de la Transat Jacques Vabre, le skipper italien a une nouvelle fois fait la démonstration que son plan Guelfi est “le plus polyvalent, avec un gros plus dans la brise au portant”, souligne Tanguy Leglatin. De son côté, Achille Nebout a trouvé Ambrogio Beccaria “impressionnant et très solide sur toute la course, ajoutant : “Il n’a pas paniqué lorsque dans le passage de la dorsale (lundi soir), il est resté arrêté pendant une dizaine d’heures et a vu Ian, positionné un peu plus au nord, revenir sur lui. Il a réussi à garder son niveau de jeu pour reprendre l’avantage, grand champion !” 

Arrivé second, Ian Lipinski a, selon Pascal Bidégorry, fait une course exemplaire sur un scow de première génération [plan Raison de 2019] qui ne devrait pas être autant aux avant-postesMême si Ian le connaît par cœur, il y a mis un sacré degré d’engagement !” Et Tanguy Leglatin d’ajouter : “Au nord de la seconde dépression, quand Ian était en tête et qu’il est rentré dans le système dépressionnaire en premier, il a fait de grosses moyennes, il était clairement un cran au-dessus, jusqu’au moment où il a eu ses petits soucis et a perdu son petit spi.”

 

“La jauge tient la route”

 

Fabien Delahaye a complété le podium sur son Lift V2 Legallais (plan Lombard), dans le trio de tête tout au long de la course. “On a vu que sur toutes les allures de reaching un peu lofées, les deux Lift V2 (l’autre étant Café Joyeux de Nicolas d’Estais, quatrième) allaient très vite”, relève Tanguy Leglatin.

Et que pensent nos experts du Pogo S4 de Vincent Riou (Pierreval Fondation GoodPlanet), bien placé ce vendredi pour terminer sixième, avec son concept innovant (quille avec un trimer et un seul safran) ? “Étonnammentil n’a pas été très véloce lors des premières 24 heures, où il y avait du près VMG, qui aurait dû être les conditions de ce bateau-là”, analyse Tanguy Leglatin. Ce que confirme Achille Nebout, qui ne l’a “pas senti si à l’aise que ça à ce moment-là”, mais tous deux convergent sur le fait qu’il “est encore trop tôt pour en tirer des conclusions”, le bateau ayant été mis à l’eau en février.

Avec trois plans différents sur les trois premières marches du podium“The Transat CIC montre que la jauge tient la route, personne n’arrive à faire de différences monstrueuses et la flotte reste assez homogène”, souligne de son côté Dominic Vittet. Et Achille Nebout de conclure que “ça prouve aussi que c’est la façon dont on les mène qui fait la différence, d’autant plus sur une transat nord en solitaire.”

Photo : Demian Neufeld

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