Ce qu’il faut retenir de Tip & Shaft/Connect 2019

La deuxième édition de Tip & Shaft/Connect Paris a eu lieu mardi 17 septembre au théâtre de la Tour Eiffel, qui a accueilli dans l’après-midi la conférence de presse de présentation de la Transat Jacques Vabre. Retour sur les moments forts de cette matinée dont la thématique était: « Le développement durable, levier du sponsoring voile ? »

Comment la course au large peut-elle contribuer à la préservation des océans ? L’exemple de The Ocean Race

Première intervenante de ce Tip & Shaft/Connect ParisAnne-Cécile Turner, responsable du programme « sustainability » de The Ocean Race, en a évoqué les objectifs et les activations pour la prochaine édition. Les objectifs se résument en trois mots : « impact, empreinte et héritage ». « L’impact » consiste à sensibiliser le plus grand nombre, ce qui passe notamment par des « ocean summits » (onze seront organisés sur les trois années à venir, le premier le vendredi 20 septembre à Gênes) et des programmes pédagogiques. « L’empreinte » cherche à limiter au maximum l’empreinte écologique de la course. Par exemple, un partenariat avec Blue Water avait été initié sur la dernière Volvo pour interdire le plastique à usage unique sur les villages. Anne-Cécile Turner a par ailleurs annoncé « une nouveauté » pour la prochaine édition : « Dans les instructions de course, on va demander aux marins un pourcentage d’énergie propre sur les bateaux« , tandis qu’un travail va être mené pour « lancer un plan d’action sur trois ans au niveau de la construction durable des bateaux ». Enfin, la partie « héritage » se concrétise notamment via un programme de science embarquée baptisé Racing for purpose qui impliquera toutes les équipes.

En conclusion, Anne-Cécile Turner a expliqué que l’engagement de The Ocean Race en matière de développement durable « nous a ouvert de nouvelles lignes de financement, parce qu’il est attractif pour des philanthropes ou fondations ». L’exemple le plus frappant est celui de 11th Hour Racing (voir ci-dessous) qui repartira en 2021 pour une deuxième campagne de suite tout en étant sponsor de la course. Les bénéfices pour les partenaires ? « Un transfert de valeurs très efficace en termes de crédibilité, une attention médiatique supplémentaire (on touche des médias qui ne parleraient pas de nous), la motivation des employés. »

Le figariste Adrien Hardy a demandé à Anne-Cécile Turner s’il y avait des catégories de partenaires incompatibles avec ces engagements : « On a pas mal de discussions en interne, mais notre réponse est qu’on ne doit ignorer personne, ces marques font aussi partie de la solution, l’idée n’est pas de faire du « blue washing » mais de les impliquer avec des critères très clairs et de vrais engagements. »

Pourquoi l’Imoca s’engage dans une démarche responsable ?

Une table ronde a ensuite réuni deux skippers de la classe ImocaPaul Meilhat et Stéphane Le Diraison, ainsi que son président, Antoine Mermod. Ce dernier a expliqué que l’engagement environnemental, « porté au départ par des skippers qui voulaient faire passer un message »,  a conduit la classe à recruter une chef de projet développement durable – Claire Vayer – et à mettre en place « un programme autour de quatre piliers : science, sensibilisation, transition écologique et événements ».

Paul Meilhat, qui essaie actuellement de monter un projet Imoca de quatre ans autour de cette thématique environnementale (voir notre article), a ensuite expliqué que c’était devenu un argument pour séduire des sponsors : « Aujourd’hui, s’associer à une cause et impliquer des gens en interne est un énorme levier, qui permet en outre de proposer une alternative à la communication classique. » Et pour les skippers, c’est une porte d’entrée supplémentaire dans les entreprises : « On peut passer par la DRH ou les responsables RSE, plus seulement par le DG ou le responsable com », confirme le vainqueur de la dernière Route du Rhum.

Stéphane Le Diraison a ensuite évoqué son projet Time for Oceans, nom de son bateau qui associe ses trois partenaires principaux, la ville de Boulogne-Billancourt, Bouygues Construction et Suez. Comment a-t-il fait pour les convaincre de ne pas donner leurs noms au bateau ? « C’est une question de conviction, mais aussi parce que lorsque j’ai parlé de Vendée Globe au directeur général France/Europe de Bouygues Construction, c’est lui-même qui m’a parlé du lien entre le projet et le message pour la planète, ça convergeait avec ma stratégie. » Quid du fait que l’entreprise de bâtiment évolue dans un secteur très pollueur ? Il reprend l’argument d’Anne-Cécile Turner : « Mon approche, c’est qu’on a besoin de toutes les entreprises. Le bâtiment génère des déchets, nous aussi, la question, c’est comment avancer ensemble et comment ces entreprises peuvent faire évoluer leurs activités ? »

Et le skipper de Time for Oceans de conclure justement en demandant à l’Imoca d’être plus vertueuse sur le sujet de la construction des bateaux : « On a besoin de politiques incitatives, l’Imoca ne pourra pas s’abstenir de mesures contraignantes, aujourd’hui on pollue énormément et on ne sait pas déconstruire. » Ce à quoi Antoine Mermod a répondu : « On pense qu’il faut mener des réflexions autour des des bio-composites, des voiles recyclables et de l’autonomie énergétique, le règlement du Vendée Globe 2024 sera influencé par ces problématiques, mais nous ne voulons pas être dans une approche punitive. »

Retours d’expériences : activer un partenariat voile autour des enjeux de RSE

Dans la continuité de cette table ronde, Caroline Villecroze, directrice marketing et communication du groupe Leyton (1 400 collaborateurs), et Niki Fontaine, directrice de la communication de Bouygues Bâtiment France-Europe (60 000 salariés, 12,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires), ont évoqué leurs partenariats respectifs avec Arthur Le Vaillant et Stéphane Le Diraison. La première a expliqué que Leyton, société de conseil aux entreprises, s’est engagé dans cette voie environnementale, poussé par le skipper, mais aussi par des salariés jeunes (30 ans de moyenne d’âge), plus sensibilisés que leurs aînés. Elle a détaillé certaines actions et ajouté qu’en termes de business, cet engagement était un vrai plus, car il permet à Leyton d’être plus attractif pour embaucher des jeunes. Et, plus que de signer de nouveaux contrats, de « fidéliser les clients » et de les sensibiliser lorsqu’ils sont invités sur les départs de course.

Niki Fontaine a quant à elle ajouté, à propos de ce lien entre engagement RSE et business : « Je suis incapable de dire si nous avons signé plus de chantiers, mais ce que je sais, c’est que nos clients en parlent, cela nous donne une vraie crédibilité. » Le montant du partenariat voile de Leyton et Bouygues Construction ? Caroline Villecroze n’a pas souhaité le dévoiler, tandis que Nikki Fontaine s’en est sortie par une pirouette : « Sur trois ans, les trois partenaires mettent au total le prix d’un 250 m2 dans le 8e arrondissement de Paris. »

Quelle stratégie de développement durable pour les organisateurs de courses ?

La seconde table ronde a réuni trois organisateurs de course, Marine Derrien, directrice des opérations d’OC Sport Pen Duick, Gildas Gautier, délégué général de la Transat Jacques Vabre, et Jean-Baptiste Durier, directeur voile et golf d’Amaury Sport Organisation, qui ont détaillé leurs actions concrètes en matière de développement durable. Marine Derrien, pour la Route du Rhum, a notamment cité l’engagement auprès de « l’Appel pour l’océan, bien commun pour l’humanité » de Catherine Chabaud, le calcul de l’empreinte de la course et sa compensation via une action de reforestation, des kits pédagogiques développés avec la Fondation de la mer. Sentent-ils une pression de l’extérieur pour s’engager dans de telles démarches ? « Non, a répondu Gildas Gautier. La pression vient de l’état du monde et le développement durable fait partie des piliers de la Transat Jacques Vabre, au même titre que son parcours et le fait qu’elle se dispute double. »

Interrogé sur le fait d’éventuellement développer du business grâce à ce thème, ce dernier a ajouté : « Non, ce qui nous intéresse plus, c’est de créer de l’engagement avec nos partenaires, d’agir avec eux autour de ces thématiques, c’est plus dans cette circularité que l’on travaille, pas dans une thématique purement économique. » Jean-Baptiste Durier, directeur du Tour Voile, n’exclut pas une telle démarche : « On n’en est pas encore là, mais l’objectif dans les deux ans qui viennent serait d’être en capacité de fournir des packages de sponsoring intégrant des actions RSE clés en main. Aujourd’hui, tous les groupes doivent produire des bilans RSE, c’est une grande voie de développement. »

Conclusion : Charlie Enright

Pour clore ce Tip & Shaft/Connect, Charlie Enright, co-skipper de 11th Hour Racing, qui participera à The Ocean Race en 2021-2022 et le mois prochain avec Pascal Bidégorry à la Transat Jacques Vabre, a présenté la fondation américaine 11th Hour, dont l’objectif est notamment de promouvoir les pratiques durables dans la voile. Il a ajouté qu’en tant qu’ambassadrice de cette fondation, l’équipe, au sein de laquelle existe un « sustainability manager », en l’occurrence Damian Foxall, se devait d’être la plus exemplaire possible, d’où le choix d’hôtels proches des bateaux lors des escales, des repas sans viande une fois par semaine, des participations à des workshops sur la construction durable… Sur la dernière Volvo, l’équipe a ainsi « challengé » Musto pour réduire les emballages plastiques des habits fournis, le développement durable devenant « un critère de sélection des partenariats ».

Le projet pourrait-il s’accommoder de partenariats avec des marques « polluantes » ? Charlie Enright a répondu par la négative, estimant que 11th Hour Racing ne pourrait être associée, par exemple, au pétrolier ExxonMobil, avant d’ajouter, lorsqu’on lui a demandé si l’idéal serait de n’avoir que des fondations ou organisations environnementales comme partenaires des bateaux : « Non, c’est important que des sponsors viennent aussi de sources commerciales, s’il n’y avait que des associations, on prêcherait des convaincus. »

Photo : Jean-Marie Liot/Tip & Shaft/Connect

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