FINISH - TRANSAT JACQUES VABRE 2021

Les premiers enseignements de la Transat Jacques Vabre

L’édition 2021 de la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre a donné lieu à une régate acharnée avec un scénario météo improbable. Alors que la flotte des Class40, toujours contrôlée par Redman, n’est attendue que dans la nuit du 28 au 29 novembre, les arrivées des Ocean Fifty, Ultimes et Imoca se sont succédé depuis lundi. L’occasion pour Tip & Shaft de dresser un premier bilan, pour les trois classes arrivées – seuls les deux premiers ont coupé la ligne en Imoca -, de cette édition de la Route du Café.

Un scénario de Solitaire du Figaro en plein mois d’août : météo estivale mais régate intense, Frédéric Duthil (Solidaires en Peloton-Arsep) a bien résumé cette Transat Jacques Vabre 2021 à son arrivée à Fort-de-France. Si, au départ du Havre, les routages laissaient entrevoir une route ouest, aucun équipage des quatre classes n’a tenté l’aventure. “L’option était caduque dès la pointe de Bretagne. C’était du près dans beaucoup de mer et on ne voyait pas comment redescendre”, explique Christian Dumard, consultant météo pour l’organisation.

Pas de grandes options stratégiques donc, mais un jeu de placement très tactique, marqué par un nombre incalculable d’empannages dans un environnement météo usant et incertain jusqu’au bout. Sur les 79 partants, seuls 4 ont abandonné, 2 en Class40, 2 en Imoca, Bureau Vallée 3 et 11th Hour Racing Team-Alaka’i, victimes de surprenants démâtages, pour lesquels “les données techniques sont en cours d’analyse pour de premières conclusions mi-décembre”, confie Antoine Mermod, président de la classe.

 

Ocean Fifty :
La belle surprise Primonial

 

Au jeu des parcours à géométrie variable et d’une météo favorisant leur agilité, les Ocean Fifty ont eu les honneurs de la ligne. Au-delà du symbole, la classe sort grandie de cette transat avec un match de haut niveau – moins de 4 heures entre les trois premiers à l’arrivée et les 7 bateaux à bon port. “Le travail de la saison, pendant laquelle les bateaux ont beaucoup navigué sur leur nouveau championnat a visiblement payé. C’était de la vraie régate, pas une course par élimination. Les petites erreurs de placement ont coûté cher”, commente le directeur de course, Francis Le Goff.

La victoire de Primonial est d’autant plus belle qu’elle n’était annoncée par aucun pronostiqueur ! Dauphins de Koesio jusqu’à l’approche des Canaries, Sébastien Rogues et Matthieu Souben ont réalisé un décalage inspiré en passant sous le vent de La Palma. De 20 milles en latéral, leur avance est passée à plus de 100 au Cap Vert. Ni Koesio, ni Solidaires en Peloton-Arsep, victime plus tard de la perte de son grand gennaker, n’ont pu revenir. Quant à Leyton, qui avait dominé le début de saison, il termine troisième et a longtemps payé un début de course en retrait.

La victoire de Sébastien Rogues et Matthieu Souben, déjà sur le podium en 2019 (3e mais il n’y avait que 3 bateaux), est celle de la continuité, saluée par Erwan Le Roux, président de la classe Ocean Fifty et deuxième à Fort-de-France : “Les planètes se sont alignées pour eux. Leur binôme fonctionne bien, ils ont eu des moments de vitesse incroyables et leur trace est signée Julien Villion que je connais très bien [il a beaucoup travaillé avec Jean-Yves Bernot, routeur de Koesio, NDLR]une future star du routage !

 

Ultimes : un vainqueur indiscutable
et enfin une vraie régate !

 

Largement favoris au Havre, Franck Cammas et Charles Caudrelier ont été au rendez-vous. Et si le premier a parlé d’un “long fleuve tranquille”, les 7 500 milles bouclés en plus de 16 jours n’auront pas été une balade de santé, paradoxalement à cause des conditions météo légères, comme l’explique leur routeur Erwan Israël : La météo favorisait plutôt les nouveaux Ultimes, moins fiabilisés que le nôtre. Il y avait beaucoup d’incertitude et le risque de voir sortir un bateau devant lors de la traversée de la dorsale [dans le golfe de Gascogne] a généré beaucoup de stress.” 

Deuxièmes au passage du cap Finisterre derrière Sodebo Ultim 3Cammas et Caudrelier ont monté le curseur lors du seul véritable passage de brise de la course, en reprenant alors les commandes. Israël toujours : “C’est là que la course se jouait car après, ça partait par devant. Sur la descente vers Madère, nous les avons fait empanner toutes les deux heures. Ils étaient exténués mais nous demandaient de ne pas en tenir compte !” ajoute le routeur.

L’horizon s’est alors dégagé pour le Maxi Edmond de Rothschild“véritable patron de la course” pour Christian Dumard, d’autant que Sodebo a dû s’arrêter à Madère. Mis à l’eau cette année, SVR Lazartigue et Banque Populaire XI, n’ont probablement pas révélé la totalité de leur potentiel, mais terminent sans casse majeure et sur le podium au terme d’une belle bagarre. L’avarie survenue fin septembre sur la dérive de BPXI, installée à l’identique sur SVR Lazartigue, a conduit les deux équipages à une certaine retenue, si l’on en croit Antoine Gautier, directeur des études chez MerConcept : “Nous avions établi avant le départ une règle d’utilisation de la dérive. L’important n’était pas de gagner mais de régater jusqu’au bout.”

Même si les conditions ont été clémentes, c’est la première fois que tous les Ultimes – Sodebo Ultim 3 était attendu à Fort-de-France samedi matin – se retrouvent à l’arrivée d’une course de cette envergure, ce que souligne Francis Le Goff : “Malgré leur immense frustration, j’ai vu dans la décision de repartir de Sodebo la volonté que la famille soit complète à l’arrivée. C’est de très bon augure pour la suite.”

 

Imoca : grande première
pour LinkedOut

 

Souvent cité comme le principal challenger d’Apivia avant le départ, LinkedOut remporte à Fort-de-France son premier grand succès, deux ans après sa mise à l’eau. Thomas Ruyant et Morgan Lagravière s’imposent avec la manière après avoir pris la tête le 16 novembre au passage du Cap Vert. Mais la lutte a été longtemps indécise puisque leur avance se limitait encore à 15 milles au passage de Fernando de Noronha.

C’est dans le dernier tronçon, au portant VMG, que le duo a fait preuve d’un vrai plus en vitesse, naviguant au ras de la zone interdite brésilienne et se détachant inexorablement d’Apivia et de Charal qui complètent le podium. L’optimisation d’une plateforme bien née, équipée de sa troisième génération de foils et menée par un duo talentueux et complémentaire, a donc payé. “On a trouvé les bonnes manettes, on avait la stratégie et Morgan a apporté ce plus au bateau qui lui permet d’aller vite”, a commenté Thomas Ruyant à l’arrivée.

Ce que confirme Gildas Mahé (voir notre interview ci-dessous), qui a navigué avec Morgan Lagravière en Figaro : “On n’a jamais vu LinkedOut aller aussi vite, ils l’ont bien fait progresser, Thomas connaît son bateau, mais c’est aussi dû aux qualités de Morgan : quand il est sur un bateau, ça va vite.” Francis Le Goff note également que “c’est aussi la victoire de celui qui a réalisé le plus de milles en course cette année, avec notamment The Ocean Race Europe, où il y a eu pas mal de conditions tordues comme sur la Transat”.

 

Le carton plein de Verdier

 

Apivia, au-dessus du lot les premiers jours, n’a pas réussi par la suite à tenir la cadence au portant. “Il a manqué deux ou trois ingrédients, un soupçon de réussite, un soupçon de vitesse dans certaines conditions”, a commenté Charlie Dalin à Fort-de-France. “Thomas et Morgan étaient inspirés, ils ont bien navigué, ils avaient peut-être un bateau plus typé pour ces conditions-là, a ajouté Paul Meilhat.

En se classant deuxième place, Apivia conforte néanmoins la domination écrasante des plans Verdier, qui auront marqué cette Transat Jacques Vabre en l’emportant en Ultime, Ocean Fifty et Imoca – le nouveau Pogo S4 Seafrigo-Sogestran est encore en course pour la victoire en Class40.

Les gros écarts entre les trois premiers et leurs poursuivants en Imoca fixent une hiérarchie plus claire des performances des différentes générations. Le premier foiler 2015, Prysmian Group, est 8e ce vendredi, le premier bateau à dérives, Groupe Apicil, 12e. Rien de bien surprenant pour Antoine Mermod : “On le savait mais le Vendée Globe, par ses conditions très particulières et parce que c’est du solitaire, avait créé une illusion.”

Derrière le podium réunissant les bateaux les plus titrés depuis 2018, les deux plans Kouyoumdjian Arkéa Paprec et Corum L’Epargne tiennent leur rang, avec, entre eux Initiatives Cœur, de loin le meilleur ratio âge/performance (plan VPLP-Verdier 2010) sur lequel le tandem Davies/Lunven a fait des étincelles, notamment entre Madère et le Pot-au-noir

 

Photo : Jean-Louis Carli/Alea

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