Flotte ultim transat jacques vabre

La classe Ultim et SVR Lazartigue enterrent la hache de guerre

L’assemblée générale de la classe Ultim 32/23 a eu lieu vendredi à Paris, la classe a annoncé l’intégration de l’équipe SVR Lazartigue, qui a finalement consenti à modifier le trimaran de François Gabart pour se conformer à la jauge. Un calendrier sur quatre ans a par ailleurs été dévoilé, avec le retour de la Transat Jacques Vabre dès cette année, contesté par la classe Imoca. Tip & Shaft vous en dit plus.

C’est la fin d’un feuilleton qui aura duré un an et demi et alimenté les discussions de pontons. La classe Ultim 32/23 a tenu son assemblée générale ce vendredi, “l’occasion d’entériner la décision d’accueillir SVR-Lazartigue parmi ses membres à l’issue d’un accord qui lui permettra d’obtenir son certificat de jauge”, indique le communiqué, envoyé peu avant 15h. Si François Gabart et son équipe avaient réussi en juillet dernier à faire plier la classe par voie judiciaire, se voyant autorisé à prendre le départ de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, les deux parties étaient, jusqu’au départ de Saint-Malo, restées sur leurs positions contraires quant à la conformité du plan VPLP aux règles de jauge, et notamment à l’article 3.11 des RSO de World Sailing (voir notre article).

Le soleil de la Guadeloupe avait cependant réchauffé des liens jusqu’ici très distendus, avec des discussions qui ont repris et se sont intensifiées en début d’année sous la houlette du secrétaire général de la classe tout juste nommé, Stéphane Guilbaud. Les échanges se sont vraiment rouverts avec l’arrivée de Stéphane, ça a été un élément majeur, a confirmé à Tip & Shaft ce vendredi la présidente de la classe, Patricia Brochard. Il a pu échanger avec tout le monde avec une vraie connaissance du sujet, sachant que de part et d’autre, il y avait la volonté de trouver une solution positive, donc d’intégrer SVR Lazartigue dans la classe.”

Egalement joint dans la foulée de l’AG, Stéphane Guilbaud ajoute : “La classe et l’équipe de François avaient fait des premiers pas pour trouver une solution, il fallait la mettre en forme, on est rentrés dans des discussions techniques, l’équipe SVR Lazartigue ayant fourni des plans extrêmement détaillés de ce qui allait être fait.” Des plans sur lesquels les deux parties se sont finalement entendues “courant février”, selon Cécile Andrieu, team manager du trimaran SVR Lazartigue, citée par le communiqué de presse (*), avant d’ajouter, dans ce même communiqué : “Concrètement, les planchers des deux colonnes de winchs sont rehaussés, les deux bulles arrière sont élargies et rehaussées, permettant au skipper en manœuvre d’avoir une vision directe sur l’horizon, la bôme est également remontée afin de s’adapter à la nouvelle forme des bulles.”

 

Didier Tabary administrateur de la classe

 

Autant de travaux qui ont été validés par l’ensemble des adhérents de la classe, avec un suivi régulier de son jaugeur René Boulaire. Ce qui fait dire à Stéphane Guilbaud, que “ça va permettre de délivrer le certificat de jauge” dès que le bateau sera mis à l’eau, “vers le 10 mai”, précise-t-il. Le sujet technique réglé, restait à intégrer SVR Lazartigue dans la classe, ce qui a donc été entériné ce vendredi en présence de Didier Tabary, PDG du groupe Kresk, armateur et sponsor titre du trimaran. Didier Tabary est désormais administrateur de la classe Ultim, avec la possibilité de participer aux discussions et aux décisions, puisqu’il a désormais un droit de vote comme les cinq autres adhérents, c’est un point majeur” , se félicite Patricia Brochard.

Cette dernière annonce par ailleurs un changement de système de gouvernance de la jauge, avant de préciser à Tip & Shaft : “Nous allons créer un comité de trois personnes, dont on dévoilera les noms prochainement, que le jaugeur et les teams pourront consulter pour toute question relative à la jauge, et dont les décisions ne pourront pas être remises en cause.” Une mesure destinée à éviter de reproduire le schéma de blocage précédent, avec un comité de surveillance qui n’avait qu’une voix consultative, et dont l’avis, favorable à SVR Lazartigue, avait été remis en cause par la classe.

L’autre grand sujet de cette AG a été l’adoption d’un calendrier sur quatre ans, avec notamment les 24h Ultim chaque année, la Finistère Atlantique tous les deux ans, le retour de Lorient-Les Bermudes-Lorient en 2027 et deux nouvelles épreuves en équipage, la Route des Phares en 2024 (aller-retour entre Lorient et Bordeaux), et la Med Ultim en 2025 – “deux villes sont intéressées pour l’accueillir, j’y vais dans deux semaines”, précise Stéphane Guilbaud. La Transat Jacques Vabre figure également à ce programme jusqu’en 2027, y compris cette année, ce qui n’était initialement pas le cas en raison de la proximité de l’Arkea Ultim Challenge-Brest, la course autour du monde en solitaire.

 

La Transat Jacques Vabre revient en 2023

 

Pourquoi cette volte-face ? “Initialement, le départ du tour du monde était prévu autour de Noël, le fait qu’il ait été décalé (7 janvier 2024) a rouvert cette opportunité, répond Stéphane Guilbaud. Certaines équipes se sont aussi dit que si elles étaient capables d’être prêtes mi-décembre pour un stand-by de record après avoir fait la Route du Rhum, pourquoi ne le seraient-elles pas l’année prochaine après la Transat Jacques Vabre ?” Dès lors, le secrétaire général de la classe a prévenu il y a un peu moins de deux semaines OC Sport Pen Duick, qui organise l’Arkea Ultim Challenge-Brest, cette volonté de courir la Transat Jacques Vabre n’étant pas sans risque pour la course autour du monde qui n’aura lieu que s’il y a au moins quatre bateaux au départ (*).

Dans le même temps, il a contacté l’association Transat Jacques Vabre, organisatrice de la course en double. Cette dernière s’est montrée ouverte, d’autant que le cas de figure était prévu dans l’article 6.1.2 de l’avis de course via la rédaction d’un “avenant spécifique”, rappelle-t-on du côté de l’organisation. Qui a posé quelques conditions, notamment d’avoir un plateau de cinq bateaux, un engagement sur la présence de la classe Ultim dans la durée, mais également d’accepter un parcours avec un temps de course à peu près identique à celui des autres classes, comme cela avait été le cas en 2021 – c’est un Ocean Fifty, Primonial, qui, le premier, avait coupé la ligne à Fort-de-France.

En l’occurrence un parcours d’environ 7 000 milles qui, selon Gildas Gautier, co-directeur général de la course, cité dans le communiqué de presse officialisant ce vendredi le retour des Ultims, “respecte les marqueurs de la Transat Jacques Vabre : un passage à travers le Pot-au-noir dans l’hémisphère Sud, et une durée de course conséquente, d’une quinzaine de jours, qui garantit à la fois l’exigence sportive (…) et une égalité des temps d’arrivée entre les principales classes.”

 

L’Imoca contre-attaque

 

Ce retour n’est pas du goût de tout le monde et notamment de la classe Imoca, qui, avant même qu’il ne soit officiel, a tenu à réagir, via des discussions téléphoniques avec les organisateurs, puis un courrier formel de son avocat Jean-Charles Scale, dévoilé le week-end dernier dans Le Télégramme. Ce dernier y rappelle d’abord le paragraphe 3 de l’article II 2.2 du règlement sportif de la Fédération française de voile, qui stipule : “Aucun article de l’avis de course ne doit être modifié après sa publication si la modification présente un risque de préjudice quelconque pour tout concurrent inscrit dans la compétition selon les termes de l’avis de course initial.”

Il estime dès lors que “toute modification de l’avis de course initial dans le sens de l’intégration des voiliers de la classe Ultime à la Transat Jacques Vabre 2023 entraînerait nécessairement un préjudice financier certain pour les concurrents membres de l’Imoca inscrits, compte tenu de l’impact médiatique substantiel qu’engendrerait la participation contestée des 3 ou 4 Ultimes [ils devraient être cinq].” Et l’avocat de conclure : “Par conséquent, je tiens à vous informer que toute modification de l’avis de course initial publié dans le sens précité serait constitutive d’une violation de l’article II 2.2 3e paragraphe du règlement sportif de la FFVoile et serait susceptible d’entraîner un recours de la part des concurrents de la classe Imoca qui estimeraient subir un préjudice du chef de l’intégration de la classe Ultime dans cette compétition.”

Pour Antoine Mermod, joint par Tip & Shaftl’idée avec ce courrier n’est pas d’attaquer la Transat Jacques Vabre, mais de mettre en garde l’organisateur. Un avis de course, c’est un contrat entre chaque concurrent et un organisateur, n’importe quel concurrent pourrait attaquer la course en estimant avoir subi un préjudice.” Le préjudice en question ? Il était entendu depuis longtemps qu’on serait la classe principale de cette édition, avec quasiment toutes les forces en présence du prochain Vendée Globe. Il ne faut pas oublier qu’on est un sport professionnel, avec des sponsors qui financent les bateaux et auxquels on a des comptes à rendre. Il y a peut-être des concurrents qui n’en ont rien à faire d’être au JT de France 2, mais il y en a d’autres pour lesquels c’est important et peuvent donc être plus gênés.”

Du côté de l’organisation, la lecture est différente, comme le confirme ce vendredi à Tip & Shaft Antoine Robin, co-directeur général de la Jacques Vabre : “Pour nous, l’avenant intégrant la classe Ultim 32/23 n’est pas une modification de l’avis de course au sens de l’article II 2.2 du règlement sportif de la FFVoile, le service juridique de la Fédération nous l’a confirmé par courrier.” Et ce dernier de rappeler par ailleurs que c’est l’Imoca qui a eu le plus grand nombre de retombées médias sur l’édition 2021, alors même que les Ultims étaient de la partie. Cette différence d’interprétation aura-t-elle des suites ? Réponse dans les prochaines semaines.

(*) L’équipe SVR Lazartigue n’a pas répondu aux sollicitations de Tip & Shat, promettant de prendre la parole “dans quelques jours”, OC Sport Pen Duick non plus.

Photo : Jean-Marie Liot / Alea

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