Vendée Globe 2020 : places et bateaux se raréfient

Il y deux ans, les marins participant au Vendée Globe 2016 fêtaient Noël en mer, à moins deux ans du départ du prochain, l’engouement pour la neuvième édition ne se dément pas. Entre marins déjà qualifiés, budgets en partie ou totalement finalisés et bateaux vendus ou à vendre, Tip & Shaft fait le point après la Route du Rhum, première épreuve qualificative du tour du monde en solitaire.

La course à la qualification a démarré

Les nouvelles règles de qualification pour le Vendée Globe, édictées à l’article 9.1 de l’avis de course publié le 28 avril dernier, ont changé la donne pour les aspirants tourdumondistes. Car elles ont été significativement durcies : pour obtenir le précieux sésame, il faut avoir fini le dernier Vendée Globe, la Route du Rhum 2018, la Transat Jacques Vabre 2019, The Transat 2020, New York-Les Sables 2020, “ou toute autre course océanique en solitaire ou en double du Championnat [Imoca] Globe Series intégrée par avenant au présent AC”.

Précision  : les marins ayant bouclé le Vendée Globe 2016 sans avoir par la suite fini une de ces courses, ceux qui n’ont disputé qu’une course en double et ceux qui courront le Vendée Globe 2020 sur un bateau différent de celui avec lequel ils ont disputé une des courses précitées, devront s’acquitter d’un parcours complémentaire de 2 000 milles.

Surtout, un numerus clausus de 30 inscrits étant fixé, des critères de “sélection” ont été ajoutés afin de départager les inscrits s’ils sont plus de 30. La priorité est ainsi donnée aux “finishers” du précédent Vendée Globe ainsi qu’aux skippers disposant de bateaux neufs, “sélectionnés d’office“. Sachant que l’organisateur, la SAEM Vendée, se réserve également le droit d’inviter quatre marins dans la liste des inscrits. Pour les autres, le critère de sélection retenu est le nombre de milles parcourus sur toutes les courses océaniques des Imoca Globe Series. Autrement dit, plus vous engrangez de milles en course, plus votre place sur la liste des inscrits est assurée : une véritable course à la qualification que la Classe Mini a bien connue au milieu des années 2000, avec des dizaines de coureurs en liste d’attente sur la plupart des épreuves de la saison….

Au regard des conditions du fameux article 9.1, sont aujourd’hui qualifiés certains : Arnaud BoissièresFabrice AmedeoAlan Roura et Romain Attanasio, qui ont fini le Vendée Globe 2016 ET la Route du Rhum 2018. A condition, bien sûr, qu’ils ne changent pas de bateau d’ici le prochain Vendée Globe.

Sébastien Destremau – dont le projet “familial” avec ses frères Xavier, Hugues et Jean-Guillem, est d’aligner deux bateaux sur le circuit Imoca en 2019 et… quatre pour 2020, Vendée Globe compris – n’est dans le même cas : s’il a lui aussi fini Vendée Globe 2016 et Route du Rhum 2018, il a couru la seconde en classe Rhum mono. Conséquence : que quel que soit son bateau pour le prochain Vendée Globe – il devra sans doute en changer, puisque l’actuel FaceOcean sera hors jauge en 2020 car ne disposant pas d’une quille pivotante -, il devra s’acquitter d’un parcours de 2 000 milles ou participer à une course océanique des Imoca Globe Series. Ce sera également le cas des finishers du précédent Vendée Globe que sont Jean Le Cam et Louis Burton, qui, s’ils ont fait part de leur souhait de repiquer, n’ont pas participé (Le Cam) ou pas fini le dernier Rhum (Burton) et/ou ont changé de bateau (Burton).

Les sept heureux bénéficiaires de machines neuves sont eux aussi prioritaires sur la liste d’inscription : Jérémie Beyou, Alex Thomson, Charlie Dalin, Sébastien Simon, Armel Tripon, Kojiro Shiraishi et Thomas Ruyant sont qualifiés d’office sous réserve d’accomplir, eux aussi au moins le parcours de 2 000 milles. A noter qu’un huitième projet de bateau neuf, qui profitera des moules d’un Imoca en construction, est dans les tuyaux.

Enfin, ceux qui ont bouclé la dernière Route du Rhum et comptent disputer le prochain Vendée sur le même bateau – Boris HerrmannDamien SeguinStéphane Le DiraisonAri HuuselaManu Cousin, Alexia Barrier et Erik Nigon (qui a cependant mis son bateau en vente – voir ci-dessous) -, ont leur qualification quasiment en poche. Elle ne pourrait être concurrencée qu’en cas de dépassement de la limite des 30 inscrits, mais ces marins ont pris de l’avance dans la course aux milles qualificatifs.

Ce ne sera pas le cas de Vincent Riou qui, ce vendredi, a annoncé qu’il ne repartirait pas sur un cinquième Vendée Globe consécutif. Pour le remplacer sur son plan VPLP-Verdier orange en vue du prochain tour du monde, PRB a fait appel à Kevin Escoffier, qui devra donc en passer par les règles de qualification de l’article 9.1.

Comme l’ancien équipier de Dongfeng, les autres candidats au Vendée Globe n’ont pas encore engrangé de milles dans cette course à la qualif. Certains sont en revanche mieux placés que d’autres : Samantha DaviesIsabelle Joschke et Yannick Bestaven ont dû abandonner la Route du Rhum mais bénéficient d’un bateau et d’un budget, plus ou moins complet. Au même titre que les nouveaux arrivants que sont Maxime SorelGiancarlo Pedote, Denis Van WeynberghJack Bouttell ou Pip Hare (dont plusieurs doivent encore consolider leur budget), ils auront accompli un grand pas vers la qualification s’ils finissent la prochaine Transat Jacques Vabre qui s’annonce cruciale pour de nombreux projets. L’organisateur de cette dernière a d’ailleurs prévu la présence de 30 Imoca dans le bassin Paul Vatine au Havre. Ils n’auront ensuite plus qu’un parcours complémentaire de 2 000 milles à accomplir en solitaire.

Au total, selon notre calcul, on compte déjà 29 projets dotés d’un Imoca, candidats au prochain Vendée Globe. Un chiffre qui ne prend pas en compte les éventuels bateaux neufs à venir ou les bateaux d’occasion en cours de transaction.

Reste le cas particulier des marins souhaitant s’aligner au départ du prochain Vendée Globe qui satisfont aux critères de qualification… mais se retrouvent sans bateau et/ou avec des budgets incomplets voire nuls. C’est le cas des tenants du titre de la Transat Jacques Vabre 2017 et de la Route du Rhum 2018, Yann Eliès et Paul Meilhat, mais aussi de Conrad Colman et Didac Costa(finishers du Vendée Globe 2016 comme Yann Eliès). Pour eux comme pour les autres, le temps est compté, même s’il peut encore se passer beaucoup de choses d’ici le départ…

Quels sont les bateaux disponibles ?

Le nombre de bateaux disponibles sur le marché de l’occasion se réduit au fur et à mesure que l’échéance du Vendée Globe 2020 approche. PRB  désormais confié à Kevin Escoffier, les trois bateaux officiellement disponibles les plus cotés – l’ex Safran de Morgan Lagravière, les actuels Hugo Boss et SMA – semblent en effet sur le point de changer de mains.

Le très convoité Hugo Boss, plusieurs fois annoncé vendu, a pu un temps être réservé pour Conrad Colman, mais ce n’est plus le cas, nous a assuré jeudi ce dernier qui “vise un plan B”. Le plan VPLP-Verdier troisième du Rhum, qui fait tourner les têtes de beaucoup malgré son prix élevé (3,2 millions d’euros), a trouvé un autre acquéreur. Interrogé sur le sujet, Stewart Hosford, patron d’Alex Thomson Racing, nous a répondu : “Notre intention est toujours de vendre le bateau avant Noël, comme c’était prévu, nous sommes en négociations avancées pour finaliser la vente”. A qui ? That is the question…

Du côté de l’ex Safran, son actuel propriétaire, Roland Jourdain, via sa société Kaïros, explique que la vente est dans les clous : “Plusieurs doigts se sont levés depuis un mois, nous n’avons pas encore donné les clefs, mais nous nous sommes engagés auprès d’un acquéreur, si tout va bien, ce sera fait en janvier. Un acquéreur potentiel dont Bilou garde bien sûr le nom secret et qui pourra disposer du bateau fin mars, Kaïros, confirme ce dernier, ayant signé un “contrat de prestation de formation de Kojiro Shiraishi pendant deux mois sur le bateau à partir de début février”.

Enfin, SMA, propriété de Mer Agitée, la structure de Michel Desjoyeaux, est en passe d’être loué en vue du Vendée Globe, ce que nous a confirmé le double vainqueur du Vendée Globe : “Il est actuellement sous protocole de réservation jusqu’à la fin de l’année”. Là aussi, il reste naturellement muet sur le nom de son locataire.

Autre bateau qui vient d’être vendu, l’ex Le Souffle du Nord/Team Ireland, passé des mains d’Enda O’Coineen à celles de Maxime Sorel qui, avec le soutien de V&B (et, espère-t-il, d’un co-partenaire), se lance sur le circuit dès 2019. Le Malouin nous a expliqué que le bateau était arrivé mercredi à Concarneau pour un chantier hivernal “de fiabilisation et d’amélioration des systèmes” qui sera effectué chez Kaïros.

Parmi les bateaux qui restent à vendre, on trouve Rosalba, propriété de Richard Tolkien, qui nous a indiqué qu’il finissait un chantier de refit, notamment de la quille et du cockpit, qui permettra à l’ex Pindar (plan Owen-Clarke), doté de voiles neuves, d’être de nouveau à la jauge Imoca à partir d’avril, le Britannique cherchant de son côté des partenaires pour éventuellement s’aligner sur le circuit en 2019.

Sont aussi sur le marché l’ex Spirit of Yukoh de Kojiro Shiraishi (plan Farr 2007) ; l’actuel Vers un monde sans sida (plan Farr 2006) qu’Erik Nigon, qui cherche toujours des partenaires pour le Vendée Globe, met en vente (480 000 euros HT) – “Je ne peux plus prendre de risques financiers”, nous a-t-il confié ; Vivo A Beira (plan Lombard 2004), appartenant à Pierre Lacaze (mis à prix 725 000 euros HT il y a un an) ; 100% Natural Energy (l’ex bateau de Conrad Colman), “toujours en vente au prix de 250 000 euros HT, mât au sol”, nous a confirmé son propriétaire Jean-Gabriel Chelala. Même chose pour l’ex Kingfisher, propriété de la FNOB en Espagne (240 000 euros HT), tandis que l’ex Great American IV (plan Owen-Clarke 2006) racheté en 2017 par la société 5° West de Sir Keith Mills pour monter un projet irlandais sur le Vendée Globe, n’a lui non plus pas encore trouvé preneur (600 000 euros HT).

Pas vraiment des bateaux en mesure de jouer dans le haut du tableau pour les cadors comme Meilhat ou Eliès. Le vainqueur de la Route du Rhum, dont la priorité est avant tout de trouver un partenaire, relativise cependant : “Il y a encore deux ans avant le Vendée Globe, d’ici là, plein de projets peuvent encore se monter ou s’arrêter, des bateaux reviendront sans doute sur le marché. Et il reste la solution de construire. L’avantage, c’est qu’il n’y a jamais eu autant de moules, ce qui peut permettre de réduire de façon assez drastique le temps de construction”.