Yoann Richomme analyse la course du Vendée Globe

Le dilemme du leader – L’analyse du Vendée Globe par Yoann Richomme

Chaque semaine pendant le Vendée Globe, le double vainqueur de la Solitaire du Figaro, lauréat de la Route du Rhum 2018 en Class40, livre son analyse tactique et stratégique de la course, en exclusivité pour Tip & Shaft.

La semaine a été marquée par les passages du cap Horn des quatorze premiers qui l’ont franchi en un peu plus de quatre jours et demi. J’avoue que j’ai adoré celui de Yannick (Bestaven)on a senti la délivrance absolue dans le cri de joie qu’il a poussé et franchement, je peux le comprendre. Certes, il n’est pas certain de gagner le Vendée Globe, mais au moins, c’était déjà ça dans la poche, et en plus, il est sorti d’un territoire bien mal pavé. Il faut reconnaître que le Pacifique n’a vraiment pas été facile, les conditions ont été assez anormales avec très peu de train de dépressions qui se suivaient, une mer désordonnée et un rythme sans cesse heurté. En plus, ce Grand Sud aura été long : si l’on compare avec les deux précédentes éditions, les premiers ont mis au moins trois jours de plus entre Bonne-Espérance et le cap Horn, ça ajoute au soulagement qu’on a constaté chez la plupart.

 

Charlie est le perdant de la semaine

Comme tout le monde, je suis assez surpris par la lenteur de ce Vendée Globe, Armel (Le Cléac’h) avait mis 8 jours de moins il y a quatre ans pour atteindre le cap Horn ; j’ai beaucoup entendu parler du fait que que les nouveaux foilers ne sont pas à la hauteur des espérances qu’ils avaient laissé entrevoir. Mais il faut bien comprendre qu’avoir un foiler neuf dans une mer chaotique, comme celle qu’ils ont eue, c’est l’équivalent de sortir sa Porsche 911 en plein embouteillage : on fait le gros dos et on suit le rythme. L’autre facteur à bien prendre en compte est la fiabilisation, il faut des années pour rendre ses bateaux hyper fiables, c’est ce que Yannick a réussi à faire.

Après le cap Horn, le leader a réussi à s’échapper et à creuser un écart de plus de 400 milles sur Charlie (Dalin) et Thomas (Ruyant) en parvenant à contourner un anticyclone par l’est et à accélérer derrière. Thomas, qui comptait presque une journée de retard sur Charlie au Horn, est de son côté parvenu à combler ce retard, mais c’est surtout parce que ce dernier s’est fait coincer mercredi par l’anticyclone qui a traversé le plan d’eau. Il devait réussir à passer derrière Yannick et finalement, il se retrouve avec Thomas.

Même s’il a bien navigué, on ne peut donc pas forcément dire que c’est l’option de Thomas qui a payé, car si on compare avec Damien (Seguin), qui est passé par l’est, il avait 40 milles d’avance lui au Horn, il en a aujourd’hui 50, c’est totalement neutre, d’autant qu’on a un foiler d’un côté, un bateau à dérives de l’autre. Finalement, c’est plus Charlie qui aura été le perdant de la semaine. Est-ce qu’il cache des problèmes techniques ? Ça ne serait pas étonnant qu’il ne dise pas tout, mais je pense que tout le monde a ses pépins. Pour moi, c’est plus le fait qu’il se soit fait bloquer par l’anticyclone qui explique ce nouveau regroupement.

 

Louis Burton, le couteau entre les dents

On constate également qu’une fois de plus Louis (Burton) est de retour aux avant-postes alors qu’il était reparti en 11e position de Macquarie Island. Il a certes bénéficié d’une bonne météo, puisque quand les autres étaient au près dans du vent faible après le Horn, il était dans du médium à 16/17 nœuds au reaching, mais ensuite, il a déposé son groupe, il a clairement été plus performant. Sur ce Vendée Globe, on constate vraiment le bon potentiel de cette génération 2016, ce sont des 4×4 des mers, les bateaux passent partout, et des marins comme Yannick et Louis arrivent à les pousser au maximum de leur potentiel. Louis a le couteau entre les dents, il fait de bons choix de route, c’est joli de le voir naviguer.

 

Yoann Richomme revient sur le Vendée Globe

 

Deux choix de route pour Yannick

Yannick a 400 milles d’avance aujourd’hui sur ses poursuivants, mais la suite s’annonce bien compliquée pour lui avec une grosse zone de transition qui le sépare de l’alizé de l’hémisphère Sud  (voir l’image ci-dessus). En gros, il a deux choix de route aujourd’hui :

  • Les routages proposent une route optimale au plus près des côtes brésiliennes qui permet de gagner dans le nord plus vite, mais présente à mes yeux plusieurs inconvénients : d’abord, il va devoir slalomer entre les nombreux bateaux de commerce et de pêche qui naviguent au large du Brésil, ce qui n’est pas de tout repos et assez usant nerveusement ; ensuite, il y a le risque de tomber dans des zones tampon de vents faibles à la côte, avec en outre un courant qui descend du nord ; enfin, il lâche le marquage et laisse ainsi une ouverture à ses concurrents décalés dans l’ouest (voir l’image ci-dessous).
  • L’autre option est de partir dans l’ouest pour couvrir ses poursuivants, mais dans ce cas, ils vont revenir sur lui et on va assister à un regroupement à quatre – j’inclus Damien Seguin – à la latitude de Salvador de Bahia.

Au final, j’estime qu’il y a très peu d’écart entre les deux options. Si j’étais à la place de Yannick ? Je couvrirais mes concurrents. On va vite voir son choix pendant le week-end.

 

Le Vendée Globe analysé par Yoann Richomme

 

Tous devraient sortir de cette grosse zone de transition mercredi prochain et commencer à toucher un alizé qui s’annonce assez faiblard, de l’ordre d’une dizaine de nœuds sur les fichiers. Dans ces conditions, une fois de plus, je ne vois pas forcément Apivia et LinkedOut faire une énorme différence par rapport à Maître CoQ, car ils seront tribord amure, sur leur foil abîmé, particulièrement pour Thomas. Avec 10 nœuds, ils ne décolleront pas vraiment, il leur faudrait plutôt 15 nœuds pour réussir à faire une vraie différence.

Photo : Bernard Le Bars / Alea / Vendée Globe 2020 | Portrait : Alexis Courcoux

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