Aarhus, étape capitale sur la route de Tokyo

A deux ans des Jeux Olympiques de 2020, les meilleurs spécialistes mondiaux de voile olympique se retrouvent du 2 au 12 août , au Danemark, pour les Championnats du monde d’Aarhus qui vont délivrer les premiers quotas pour Tokyo. A mi-olympiade, Tip & Shaft fait le point sur les objectifs et les ambitions tricolores.

Forts d’un bilan jugé « très bon » à Rio par la FFVoile – l’or pour Charline Picon en RS:X, le bronze pour Pierre Le Coq en RS:X et pour le duo Camille Lecointre/Hélène Defrance en 470 – une organisation similaire a été conservée pour la nouvelle olympiade, « le plus possible axée série par série« . L’encadrement a été peu modifié, avec seulement deux nouveaux entraîneurs : Pascal Chaullet (ex-entraîneur des médaillés olympiques Faustine Merret et Julien Bontemps en planche), a succédé comme coach du Finn à François Lecastrec, désormais en charge de la cellule d’optimisation de la performance humaine, tandis qu’en Laser Radial, François Husson a remplacé Xavier Leclair.

Les objectifs de cette nouvelle olympiade ? « Comme pour la dernière PO (préparation olympique), on ne les annonce pas. Maintenant, le président de la fédération a pour nous de grandes ambitions pour 2024 : dans cette perspective, il faudra faire aussi bien, si ce n’est mieux, à Tokyo », explique Guillaume Chiellino, directeur de l’équipe de France. Qui ajoute, lorsqu’on lui parle de Paris 2024 : « Dans ma tête et dans celle des membres de l’équipe de France et du staff, le seul objectif aujourd’hui, c’est 2020. Se dire qu’on prépare 2024 peut faire croire que 2020 est un galop d’essai, ce qui n’est absolument pas le cas : Tokyo, c’est les Jeux olympiques et il faut les réussir ! ».

Les réussir, c’est donc d’abord y participer, d’où le rendez-vous capital que constituent les Championnats du monde d’Aarhus qui marquent le début du parcours de qualification pour les Jeux nippons. Dans chacune dix séries, entre 8 et 14 sésames seront ainsi attribués (pas plus d’un par nation). « Dans six disciplines [470 H et F, 49er et 49er FX, Finn et Nacra 17, NDLR], il n’y aura que huit places attribuées, ça situe le niveau de l’enjeu : il faudra terminer dans les huit premières nations, ça va être une vraie bataille », prédit Guillaume Chiellino. L’objectif de l’équipe de France au Danemark ? « Je serais content si on qualifie huit séries et si on fait deux-trois médailles« .

Et le directeur de l’équipe de France de citer les médaillables possibles : « Le RS:X hommes, une valeur sûre depuis longtemps et particulièrement sur ce début de saison » ; Charline Picon en RS:X femmes, de retour après avoir donné naissance à sa fille, – « Elle a une grosse envie de régater, connaît le chemin pour aller sur un podium, mais elle est quand même très courte au niveau de sa préparation » – le duo Camille Lecointre (elle aussi devenue maman depuis Rio)/Aloïse Retornaz en 470 féminin, le 470 hommes avec Kevin Peponnet/Jérémie Mion en fers de lance, les expérimentés Jean-Baptiste Bernaz en Laser et Jonathan Lobert en Finn et les 49er garçons, « une série dont la hiérarchie est très mouvante ». Les séries où, a priori, l’équipe de France est la moins bien placée sont le 49er FX et le Nacra 17, où Billy Besson et Marie Riou sont absents, les intéressés attaquant début août à l’ENVSN leur PO après le long intermède Volvo Ocean Race de la seconde.

L’encadrement a-t-il tout de même pensé à les aligner à Aarhus ? « Bien sûr que nous y avons pensé ! répond Guillaume ChiellinoCe n’était pas infaisable, mais ce n’était pas raisonnable : Marie est allée puiser au bout de ses réserves sur la Volvo, c’était nécessaire de la laisser se reposer. Il faut qu’ils reprennent à leur rythme sur un bateau qui est dangereux et fait des dégâts humains, il était hors de question de les mettre en danger sur une reprise trop précoce ».

Les quadruples champions du monde, 6e à Rio (Billy Besson était blessé au dos), seront en revanche du test-event d’Ewoshima en septembre. Le directeur de l’équipe de France ne doute pas de leur capacité à rattraper leur retard sur le support désormais doté de foils : « Ils ont un sens de la voile de haut niveau hors du commun, et du catamaran en particulier. Ils ont fait une PO pour Rio extraordinaire, c’est très bien qu’ils en fassent une différente, plus sèche, sans être forcément les plus en vue et les plus attendus. Le champion olympique argentin (Santiago Lange), qui n’est plus tout jeune, réussit relativement bien à s’adapter ; pour moi, Billy et Marie, sont un cran au-dessus et je suis sûr qu’ils seront prêts pour le Championnat du monde de Nacra en 2019″.

C’est donc au Japon, en septembre, lors du premier test-event sur le site olympique des Jeux de 2020 que le duo fera son grand retour en compétition. Un rendez-vous qui, aux dires du directeur de l’équipe de France, sera « un moment très important pour apprendre du plan d’eau et marquer les esprits« . S’il est focalisé sur l’échéance 2020, le patron des Bleus ouvre aussi la porte à une nouvelle génération qui, dans six ans, disputera les Jeux olympiques à domicile, à Marseille. « Nous avons mis en place l’année dernière un groupe d’une trentaine de jeunes, les « avenirs olympiques », qui, pour certains, voudront être de la partie pour Tokyo, mais ont plus un profil 2024, précise Guillaume Chiellino On essaie de les accompagner au mieux, en termes d’encadrement et financièrement, pour qu’ils préparent les Jeux de 2024″.