Quentin Delapierre et Manon Audinet confirmés pour les Jeux de Tokyo en 2021

Nacra 17 : des championnats du monde à double enjeu

Les championnats du monde de Nacra 17, doublés des Mondiaux de 49er/49 FX, se disputent du 29 novembre au 8 décembre à Auckland. En Nacra 17, l’enjeu est de taille pour la France : décrocher un quota olympique dans une série pas encore qualifiée pour les Jeux de Tokyo. Et, en cas de qualification, départager les tandems Billy Besson/Marie Riou et Quentin Delapierre/Manon Audinet, au coude-à-coude avant le rendez-vous néo-zélandais.

L’heure de vérité approche pour Billy Besson/Marie Riou et Quentin Delapierre/Manon Audinet. Arrivés en milieu de semaine à Auckland, les deux duos tricolores vont jouer gros lors des championnats du monde de Nacra 17, les premiers depuis que le catamaran olympique est passé aux foils, avec un double enjeu déterminant en vue des Jeux de Tokyo. Le premier est de décrocher un quota olympique dans cette série, une des trois, avec le 49er FX et le Finn, dans laquelle la France n’est pas parvenue à se qualifier lors des championnats du monde d’Aarhus en août 2018 (huit places étaient attribuées en Nacra).

« Pour cela, il faut terminer dans les cinq premières nations non-déjà qualifiées« , explique le directeur de l’équipe de France, Guillaume Chiellino, résolument optimiste : « L’objectif est sincèrement à notre portée : en faisant dans les dix premiers, nous devrions décrocher cette qualification, nous avons deux très bons équipages qui ont fait des progrès permanents cette saison et ont largement le potentiel de terminer parmi les dix premiers. »

Les résultats de l’année sont effectivement encourageants : Quentin Delapierre et Manon Audinet ont terminé dans le Top 10 des cinq épreuves internationales auxquelles ils ont participé en 2019, remportant même fin août l’étape de Coupe du monde d’Enoshima ; Billy Besson et Marie Riou, quadruples champions du monde avant les Jeux de Rio, mais seulement 6e au Brésil à cause de la blessure au dos du premier, ont terminé 7e à Enoshima et 4e lors des finales de la Coupe du monde à Marseille (où leurs rivaux tricolores ont pris la 7e place).

La France a donc, sur le papier, de bonnes chances de décrocher ce quota olympique. Restera alors à déterminer à qui incombera la tâche d’aller chercher une médaille, voire le titre, à Tokyo, l’objectif affiché par l’encadrement des Bleus. A ce jour, difficile de dire quel équipage a de l’avance. Les forces des uns et des autres ? « Billy et Marie ont un petit avantage en moyenne au près et une expérience dont il faut s’inspirer parce que par moments, ils font des choses très rationnelles. Nous, on est rapides surtout au vent arrière, et plutôt à l’aise sur le bateau. Et tactiquement, on est capables de faire de grosses remontées », analyse Quentin Delapierre.

Double vainqueur du Tour Voile en Diam 24, ce dernier n’était jamais monté sur un Nacra 17 avant juin 2018 (voir notre interview), ce qui fait dire à Franck Citeau, entraîneur de l’équipe de France : « De toute ma carrière, c’est la première fois que je vois une progression aussi rapide, surtout sur ce support, qui est très exigeant. En 13 mois, ils gagnent la World Cup au Japon avec tous les clients en face, c’est très très fort. Maintenant, je les attends sur un championnat à enjeu avec de la pression, parce que jusqu’ici, ils étaient un peu outsiders. Là, ils sont sortis du bois, leurs adversaires commencent à les regarder et à s’occuper d’eux, alors qu’avant, quand ils partaient, personne ne les suivait. »

Quant aux atouts de Billy Besson et Marie Riou, dont la préparation a été plus courte, entre la Volvo Ocean Race 2017-2018 de cette dernière et la saison 1 de SailGP pour les deux, ils sont résumés par la Brestoise : « Notre  force, c’est notre duo, on a l’habitude de naviguer ensemble, on se connaît très très bien, et on aime la glisse. » Franck Citeau ajoute, au jeu des comparaisons : « Les deux équipages associés, c’est l’équipage idéal : Quentin et Manon, c’est la fougue, l’agilité, pas de limites. Billy et Marie, la maturité, le savoir-faire, le palmarès, les bases sont posées, alors que les autres ont encore leurs preuves à faire. »

Comment gérer au quotidien cette concurrence ? « Dès le début, je leur ai dit que j’étais d’accord pour les entraîner, mais à condition d’aller chercher une médaille aux Jeux, répond le coach. Ce qui voulait dire d’abord travailler ensemble pour récupérer le niveau, les deux équipes savent qu’elles font un travail d’équipe pour un seul sélectionné à l’arrivée. Je ne dis pas que c’est facile tous les jours, mais ils ont su travailler en bonne intelligence et l’ambiance est plutôt saine. » Quentin Delapierre, novice en matière de préparation olympique, explique comment il s’est fondu dans le fonctionnement : « Plus tu fais des régates, plus tu prends conscience que ceux qui sont devant viennent des nations où ça « fighte » en interne : les Anglais, les Australiens, les Italiens ont tous deux bateaux très forts. Une fois que tu as pris conscience de ça, tu trouves cohérent de te « châtaigner ». A terre, ça se passe très bien, par contre sur l’eau, c’est de la régate à chaque entraînement. »

Reste LA question : ces championnats du monde seront-ils le critère décisif qui va départager les deux duos ? Visiblement, tous ont été bien briefés, bottant en touche au moment de répondre. « On ne sait pas, Inch Allah, c’est un comité de sélection qui décidera« , sourit Marie Riou. Quentin Delapierre ajoute : « Pour la sélection, on ne sait pas quelle régate va être prise en compte, mais j’imagine que si tu fais une perf ici et que si tu finis devant l’autre, tu marques forcément des points« .

Ce que confirme à demi-mots Guillaume Chiellino : « On a toujours dit que les championnats du monde étaient le moment de performer, c’est l’objectif majeur de leur saison, là où il faut être le plus proche possible de la gagne. Maintenant, les athlètes ont des informations précises et extrêmement confidentielles sur les critères de sélection [voir notre article en avril dernier, NDLR], le comité de sélection prendra sa décision et ses responsabilités en fonction de ça. » Un comité composé de Guillaume Chielino, du DTN Jacques Cathelineau, du vice-président en charge du haut-niveau olympique, Jean-Pierre Salou, mais pas de Franck Citeau : « J’ai demandé à ne pas y être, parce je ne veux pas qu’on puisse dire que j’ai favorisé untel ou untel », explique-t-il.

Un titre de champion du monde attribué à l’un des deux duos à Auckland emportera assurément la décision, un résultat serré entre les deux donnera en revanche certainement lieu à des choix cornéliens. Le passé de Billy Besson et Marie Riou et leur soif de revanche olympique peuvent-ils jouer en leur faveur ? « Je ne crois pas, ils ont un palmarès extraordinaire, ce sont des champions et des battants, mais ce qu’on attend d’eux, c’est qu’ils soient les champions et les battants du futur, on ne les sélectionnera pas pour des raisons qui appartiennent au passé, on ne donne pas une médaille pour une carrière, on cherche l’équipage capable de gagner les Jeux l’été prochain. On met complètement l’affect de côté« , répond Guillaume Chiellino. Franck Citeau conclut : « Franchement, je souhaite bonne chance au comité de sélection… »

Photo : Sailing Energy/World Sailing

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