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Bouwe Bekking : “Sur The Ocean Race, le projet Imoca est plus difficile à vendre”

A 55 ans, Bouwe Bekking compte à son actif huit participations à la course autour du monde en équipage (Whitbread puis Volvo Ocean Race), les deux dernières sous les couleurs de Brunel, avec, à la clé, une troisième place lors de l’édition 2017-2018. Toujours aussi passionné, le Néerlandais se verrait bien y retourner en 2021. Mais semble sceptique sur le projet Imoca, comme il s’en ouvre à Tip & Shaft.

 

Le résultat final de la dernière Volvo Ocean Race vous reste-t-il en travers de la gorge ?

Il reste très difficile à digérer. Mais la réalité, c’est que nous n’avons pas été assez bons au début. Nous savons que le fait d’avoir débuté très tard nous a coûté cher à la fin. Mais c’est derrière nous maintenant, et au final, j’ai été très fier de la manière dont nous avons progressé et je pense que nous avions probablement le bateau le plus rapide à la fin. Quand tu commences à naviguer vite, c’est un atout parce que ça permet ensuite d’être meilleur tactiquement ; tu fais moins d’erreurs et quand tu en fais, tu arrives à les combler grâce à la vitesse. Mais je suis du genre tout blanc ou tout noir, et quand tu es si près de gagner pour finalement perdre, ça fait mal.

 

Avez-vous envie de courir à nouveau The Ocean Race ?

Je suis toujours enthousiaste, rien ne change chez moi. J’adore être en mer et courir en équipage. C’est une course fantastique. Peu de personnes l’ont disputée autant de fois que moi et j’adorerais en faire une de plus. Physiquement, je suis encore assez solide, dans ma tête, je pourrais partir demain, mais c’est diablement dur de trouver un financement. Comme nous ne savons pas vraiment à quoi ressemblera le bateau et quel sera le parcours, il est aujourd’hui très difficile d’aller voir des sponsors et de concrétiser un accord. Les entreprises ont besoin de certitudes, elles disent : “Nous voulons aller ici et là”, il est compliqué d’aller les voir en espérant qu’elles se montreront flexibles. Aujourd’hui, nous savons à peu près quel sera le parcours mais c’est quand même plus facile d’aller rencontrer des entreprises quand le parcours est définitif.

 

Vous verriez-vous faire une troisième campagne avec Brunel ?

Je pense que Brunel était très satisfait de la façon dont ça s’est passé et qu’ils sont encore enthousiastes. Mais ils ont besoin de savoir à quoi ça va ressembler. Quand vous êtes une entreprise cotée en bourse, vous avez besoin de certitudes. Pendant les deux campagnes, nous avons fait un boulot fantastique en interne avec tous les salariés, mais nous devons voir si ça peut encore marcher. La grande question est de savoir si nous irions en Imoca ou en VO65. Il faut beaucoup plus d’argent pour l’Imoca : les bateaux sont déjà chers, ensuite, tu as le droit de construire deux jeux de foils supplémentaires, ça fait un surcoût très important. Je pense que c’est un budget de 24 à 25 millions d’euros, ça fait beaucoup d’argent !

 

Cherchez-vous de l’argent en dehors des Pays-Bas ?

Nous avons toujours cherché au-delà de nos frontières. D’autant qu’aujourd’hui, il y a une autre équipe qui cherche des partenaires : le défi néerlandais pour la Coupe de l’America, un projet complètement différent. Je ne les sponsoriserais pas si j’étais une entreprise : ce n’est qu’un tout petit programme et pour deux campagnes, c’est vraiment très loin des Pays-Bas et la période de courses est très courte. C’est beaucoup d’argent dépensé pour une courte exposition. Et que se passe-t-il si vous êtes éliminés dès le premier tour ? Il vaut mieux dépenser de l’argent sur la course autour du monde que sur la Coupe de l’America.

 

Que pensez-vous, justement, du projet néerlandais pour la Coupe ?

C’est une très bonne initiative mais je pense qu’elle arrive très tard. Le temps joue contre eux. Et, si le Protocole est appliqué, ils pourraient se retrouver disqualifiés en octobre quand les bateaux doivent naviguer pour la première fois [le Protocole oblige les défis à participer à toutes les America’s Cup World Series, la première étant prévue en octobre à Cagliari, date à laquelle le bateau néerlandais ne sera pas prêt, NDLR]. Donc c’est une très bonne initiative, mais est-elle réaliste ? J’espère juste qu’ils ne vont pas brûler l’argent de sponsors. Comme je l’ai dit, c’est toujours difficile de partir en retard.

 

Pour revenir à The Ocean Race, quel serait votre projet idéal ?

C’est la grande question. Les règles sont difficiles. Sur les Imoca, vous avez cinq personnes dont une femme, sur les VO65, dix, dont sept doivent avoir moins de 30 ans, et, je crois, deux moins de 26. C’est un jeu complètement différent. Sur l’Imoca, vous partez avec des gens qui ont déjà fait la course et ont de l’expérience, sur les VO65, vous cherchez du sang neuf. Sur Brunel, nous avions d’ailleurs six nouveaux équipiers de moins de 30 ans. L’avantage avec le VO65, c’est que tu si tu as le temps, tu peux faire progresser l’équipe rapidement.

 

Il semble que le projet Imoca ne vous enthousiasme pas vraiment ?

Si, mais les sponsors ne sont pas stupides et la première chose qu’ils demandent, c’est : “Pourquoi je paierais le double, voire plus, pour aller en Imoca ?” L’autre grande question est de savoir combien de chances nous avons de gagner ? Sur les VO65, nous avons de très bonnes chances de gagner parce que nous avons tous le même bateau. Une autre chose à prendre en considération sur l’Imoca est la casse. Et il y a bien sûr le risque d’avoir une mauvaise conception. C’est très bien si ton bateau est rapide, mais la course risque d’être diablement longue si ton bateau n’est pas aussi bon. Donc si tu es honnête vis-à-vis des entreprises que tu rencontres, entre les deux options, celle de l’Imoca est la plus difficile à vendre. Le VO65 est juste bien comme il faut. Tout repose sur l’équipage. Si tu es battu, c’est de ta responsabilité. L’Imoca est un bateau fantastique et ce sera sans doute fun – après tout, il vole – mais si tu te plantes dans le design, tu vas pleurer pendant tout ton tour du monde, à l’inverse, si ton bateau est rapide, tu vas avoir le sourire.

 

Vous avez participé huit fois à la course autour du monde en équipage, qu’avez-vous appris de la dernière qui vous a permis de progresser encore ?

J’ai appris des gars qui ont fait la Coupe de l’America l’importance du détail, ils étaient vraiment dessus. C’est pour ça que tu peux faire de gros progrès en monotypie. Des jeunes arrivent d’autres univers avec des points de vue différents et tu te dis juste : “Ils ont vraiment de bonnes idées”, tu les prends et tu vas plus vite. Je pense que ce mélange de cultures a très bien fonctionné. Il faut que chacun mette ses idées sur la table dès le premier jour, ça prend du temps, parce que les jeunes sont toujours un peu en retrait au début, mais c’est important d’avoir leur avis et d’apprendre d’eux.

 

Cette année a encore été chargée pour vous, vous avez pris très peu de repos avant de naviguer de nouveau, qu’est-ce qui vous pousse à en faire autant ?

J’aime tout. J’ai navigué sur toutes sortes de supports cette année, du 30 au 120 pieds et tout me plaît autant. J’adore le Swan 50 et naviguer en monotypie, je cours sur un 85 pieds et deux-trois autres gros bateaux. Et quand je fais quelque chose, c’est toujours à 100%, d’abord parce que je dois bien ça aux propriétaires qui investissent beaucoup d‘argent, ensuite parce que je dois m’appliquer, sinon, ils risquent de ne pas me réinviter ! Et j’adore cette façon de vivre, de mettre en place des choses pour permettre de faire progresser les gens et les équipes avec qui je travaille. Souvent, des propriétaires me disent : “Si je pouvais inculquer cette culture dans mon entreprise, nous serions encore meilleurs”, ça me fait plaisir d’entendre ces retours.

 

Crédit photo : Ainhoa Sanchez/Volvo Ocean Race

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