TIP & SHAFT | Bertrand Pacé, de la Coupe de l’America à la Volvo Ocean Race
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Bertrand Pacé, de la Coupe de l’America à la Volvo Ocean Race

Bertrand Pacé a beau avoir une expérience dont peu de marins au monde peuvent se prévaloir – sept campagnes de la Coupe de l’America, une victoire sur l’Admiral’s Cup, huit sur le Tour de France, un titre de champion du monde de match-race – c’est la première fois que l’intéressé découvre un univers qui lui était jusqu’ici inconnu, la Volvo Ocean Race« Je regrette de n’y avoir jamais participé, c’est une aventure qui m’aurait tout à fait correspondu. Mais avec ce nouveau rôle de coach chez Dongfeng, c’est comme si j’y participais un peu. » Dans la foulée de la Coupe de l’America, le Dunkerquois, coach de Groupama Team France jusqu’au mois dernier, a en effet été convaincu par Bruno Dubois, qui était le directeur général du défi français et occupe les fonctions de team manager chez Dongfeng Race Team, de rejoindre dans un rôle identique l’équipe dirigée par Charles Caudrelier« Je connais bien Charles que j’ai notamment côtoyé sur le circuit Figaro, c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. Quand Bruno m’a fait sa proposition, je n’ai pas hésité longtemps. »

Et s’il ne sait pas encore si cette nouvelle aventure durera pendant toute la course, il l’aborde avec une grosse détermination, d’autant qu’il considère que les bases sont déjà bien là : « Mon rôle, c’est de faire prendre la mayonnaise entre des navigants d’origines différentes. Depuis que je suis arrivé, j’ai été agréablement surpris par la qualité des manœuvres et de l’utilisation du bateau, on sent qu’ils ont déjà beaucoup travaillé, on part sur des acquis certains et solides. Comme mon travail est surtout de m’intéresser aux détails, on peut d’entrée commencer à travailler sur cette succession de petits détails qui font la performance. »

Ce jeudi, lors d’une sortie d’entraînement à laquelle Tip & Shaft a été convié à bord du VO65 chinois au large de Lorient, c’est sur la configuration des voiles d’avant qu’il s’est ainsi penché, un élément primordial à ses yeux : « La Volvo est une course où il faut aller vite en permanence, ce qui nécessite d’avoir toujours la bonne voile en l’air. Les outils informatiques aident à la décision, mais le sens marin des gens à bord aussi. » Bertrand Pacé est également là pour apporter son vécu de régatier :  « La Volvo, c’est de la régate qui dure trois semaines, il faut avoir un vrai sens de la régate pour remporter cette course, ça veut dire le placement par rapport à la flotte, la stratégie à adopter sur un leg : où on va, pourquoi on y va et qu’attend-on de cette option-là ? »

Autant d’éléments qui lui ont quelque peu manqué sur la Coupe de l’America : « Le format des régates était un peu spécial, il laissait peu de place à la stratégie et à la tactique. Le fait aussi qu’on ne change pas de voile entre le près et le portant était assez déconcertant pour le grand public qui finissait par ne pas savoir à quelle allure on était. » Reste que celui qui avait auparavant notamment officié auprès de Team New Zealand et Oracle a apprécié cette campagne, malgré la frustration de ne pas combattre à armes égales : « Nous sommes partis avec un team relativement jeune et franchement en retard, mais nous avons été dans une progression continuelle, les chiffres nous l’ont prouvé : en changeant la façon de régler les foils, en ajoutant des éléments aérodynamiques, en réglant le bateau différemment, nous avons eu des gains très conséquents, c’était très enrichissant et gratifiant. »

Bertrand Pacé a également apprécié sa collaboration avec Franck Cammas : « C’est quelqu’un de passionnant et de passionné. Il aide à tirer le groupe vers le haut, il a ce souci continuel du détail. Je me suis très bien entendu avec lui, j’ai beaucoup de respectpour lui, j’espère lui avoir apporté ce qu’il lui manque par moments, dans le sens où il fonctionne beaucoup avec sa tête, un peu moins à l’instinct. » De Groupama Team France à Dongfeng Race Team, le coach change de braquet en termes d’objectif – « On sent cette ambition de remporter la Volvo, l’équipage a été formé en connaissance de cause, Charles a de la pression, il veut gagner » -, il ne serait pas mécontent d’ajouter une ligne, même par procuration, à son riche palmarès.

La suite ? « Je suis partant pour un nouveau projet de Coupe de l’America avec Franck, et j’aimerais bien aussi renaviguerexplique celui qui ne cache pas son intérêt pour les nouveaux maxi-multicoques qui sortent de chantier. Mais même sur un bateau à moteur, j’ai ce plaisir d’être sur l’eau, j’ai quand même la chance de faire un sport que l’on peut pratiquer jusque relativement tard, j’en profite. »


Le regard de Charles Caudrelier : « L’idée pour nous est de constituer une équipe à terre qui entoure les navigants, ce qu’on n’avait pas la dernière fois, même si Thierry Péponnet nous a aidé au début. Cette fois, nous aurons Marcel Van Triest qui va s’occuper de la météo et Fabien Delahaye qui va prendre en charge la performance avec Cyrille Douillet. Ça fait très longtemps que je voulais travailler avec Bertrand, que je connais depuis les années Figaro et avec qui j’ai toujours eu un bon contact. Son énorme expérience va nous être très utile pour toute la période de « two boats testing » [autorisée à partir du 1er août, NDLR] que nous allons mener avec MAPFRE à partir de la mi-septembre. Il est d’abord là pour ça et pour m’aider à progresser sur les départs. Après, c’est sûr qu’on aimerait bien le garder, mais on verra après les navigations à deux bateaux.«