Actual Ultim 2, le trimaran d'Yves Le Blevec

Anthony Marchand : “Les Ultimes sont des bateaux parfaits”

Après un peu plus de dix ans sur le circuit Figaro Beneteau, avec deux podiums sur la Solitaire (2e en 2018, 3e en 2019) à la clé, Anthony Marchand s’apprête à prendre le départ de la Transat Jacques Vabre, co-skipper d’Yves Le Blevec à bord d’Actual Ultim 3. L’occasion pour Tip & Shaft de s’entretenir avec lui.

 

► La Solitaire s’est courue sans toi cette année alors que tu avais participé à dix des onze précédentes éditions, cela t’a-t-il manqué ?
Non, je n’ai pas du tout ressenti de manque, j’avais vraiment besoin de faire une pause. C’était un choix assumé, qui n’a pas été contraint comme si mon sponsor m’avait lâché et m’obligeait à suivre la Solitaire depuis mon canapé. J’avais envie de naviguer sur un autre support et de me lancer dans un nouveau challenge. Il n’y a pas mieux pour s’enrichir et progresser.

► Comment t’es-tu retrouvé embarqué sur Actual ?
J’étais allé voir le bateau au chantier et j’avais navigué avec eux l’année dernière, notamment sur la Drheam Cup, je m’étais occupé de la tactique. J’avais fait part de mon intérêt pour refaire des navigations et participer à la Transat Jacques Vabre. J’ai aussi été contacté par deux-trois projets Imoca, mais ma préférence allait à Actual. C’était aussi ce que j’avais dit à l’équipe de Spindrift, avec laquelle j’avais fait des navigations en vue du Trophée Jules Verne. Finalement, l’option Actual a été validée au début de l’été dernier.

► Comment s’adapte-t-on à un trimaran de 32 mètres quand on vient du Figaro ?
Quelles que soient les séries, ça reste du bateau. Du Figaro à l’Imoca ou à l’Ultime, tu as ton écoute, ta grand-voile… Il est important de garder ça en tête pour ne pas se faire dépasser. Il ne faut pas se dire que c’est un autre monde, que c’est une manière complètement différente de naviguer. Si tu tournes ton volant à droite, le bateau va à droite ! J’essaie toujours de dédramatiser. À bord, ça ne m’a pas causé de stress supplémentaire, même à 40 nœuds, de nuit, sous pilote automatique. Par contre, il y a un vrai « gap » si tu fais du solitaire : la sensation d’être tout seul sur le bateau, je pense que c’est vraiment autre chose. J’espère que je pourrai faire du solo un jour et savoir si je suis fait pour ça.

“Au près,
c’est un tapis volant”

 

► En matière de sensations, tout est décuplé ?
Oui, totalement. Ce sont des bateaux qui portent bien leur nom, ultimes dans tous les sens du terme, ils sont parfaits. Au près, c’est un tapis volant, limite mieux qu’au portant. Il n’y a pas de matossage, l’effort physique est axé sur la colonne et tout est plus rapide. En moins de 24 heures, tu es aux Canaries !

► Comment peaufine-t-on ses automatismes à deux à bord d’un Ultime ?
Il n’y a pas de secret, il faut naviguer, naviguer, naviguer. Quelles que soient les sorties – entraînements, RP -, elles sont précieuses et on fait en sorte d’être toujours aux manœuvres, de garder les mêmes check-lists pour chaque empannage, chaque virement. Sur ces bateaux, je ne crois pas qu’il faille passer trop de temps en chantier pour gagner un nœud de vitesse ; en voile, c’est souvent lorsque tu fais une boulette que tu apprends. Comme Actual Ultim 3 est un bateau où tout est déjà validé, éprouvé et fiabilisé, on sait que si on casse quelque chose, c’est parce qu’on a fait une erreur, mais ça permet ensuite de ne pas refaire deux fois la même.

► Comment vous situez-vous par rapport aux autres Ultimes sur cette Jacques Vabre ? 
On a un coup à jouer, nos atouts sont connus : même si nous ne sommes pas à l’abri de heurter un Ofni, la structure générale du bateau est stable et fiable. Il ne faut pas miser sur le malheur des autres, c’est important sur cette Transat Jacques Vabre que tous les Ultimes arrivent de l’autre côté, mais on sait que ce se sera compliqué, certains sont encore en cours de fiabilisation, comme SVR Lazartigue et Banque Populaire XI. Maintenant ce sont des écuries qui savent construire ce type de bateaux et les fiabiliser le plus vite possible, je ne m’inquiète pas pour eux. Nous, on sait qu’on n’a pas les derniers foils, mais on réalise de bonnes vitesses moyennes, dans de la mer et du vent, elles sont proches de celles des autres. En revanche – et ce n’est pas une découverte – nous accusons un léger retard dans les phases de transition entre archimédien et vol, quand les autres se mettent à voler.

“Je rêverais de faire
le tour du monde en 2023”

 

► Qui est le favori de cette Jacques Vabre ?
C’est Gitana. En développement et en connaissance de leur Ultime, ils sont à 98% du potentiel de leur bateau, on l’a tous constaté sur le Fastnet. Concernant SVR Lazartigue, on a été étonnés de leur fiabilité technique lors du dernier stage (de Port-la-Forêt) malgré les conditions musclées. Quant à Banque Populaire, malgré le problème de dérive, on voit aussi que le bateau est bien né. On sent que chez les architectes, les bureaux d’études et les teams, il y a beaucoup plus de recul dans la conception des foilers, on n’a plus de mauvaises surprises.

► Quelle sera la suite du programme pour toi ?
J’ai envie de continuer à graviter autour du projet Actual et aider Yves à préparer sa Route du Rhum l’année prochaine. On constate en ce moment qu’il y a encore plein d’aspects sur lesquels on peut travailler et s’améliorer. C’est un travail passionnant ! Après, il y a de nombreuses hypothèses parce qu’il y a plusieurs séries qui m’intéressent. Je sais pour l’instant que je ne veux pas me lancer en Class40, ni refaire du Figaro. En revanche, j’apprécie beaucoup l’Ocean Fifty. L’Imoca, si on me confie un projet compétitif pour le Vendée Globe 2024, ça me dirait bien aussi. Et puis il y a l’Ultime. Je vois souvent à Lorient le bateau de Brest Ultim Sailing (l’ex Actual Leader) et je fais partie de ceux qui rêveraient de naviguer à son bord pour le tour du monde en solitaire en 2023. Quand tu aimes la course au large, les bateaux rapides et les maxi-trimarans, c’est logique d’y penser.

 

Photo : Thierry Martinez / Actual

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