American magic

Tom Slingsby : “American Magic est sur la bonne voie”

Récemment couronné pour la troisième fois Marin de l’AnnéeTom Slingsby a pris le week-end dernier à Djeddah la 4e place de la deuxième régate préliminaire de la 37e Coupe de l’America à la barre de l’AC40 d’American Magic. L’Australien de 38 ans, champion olympique de Laser en 2012, lauréat de la Coupe de l’America en 2013 avec Oracle et triple vainqueur du circuit SailGP à la tête de l’équipe australienne, a pris le temps de répondre aux questions de Tip & Shaft avant le Grand Prix de Dubaï auquel il ne participait pas, sa compagne attendant un heureux événement.

▶︎ Quel bilan dresses-tu des deux premières régates préliminaires de la Coupe à Vilanova et Djeddah ?
Nous avons montré que nous avions les qualités pour gagner, mais aussi que nous étions une équipe un peu inexpérimentée. Nous avons connu des hauts et des bas, avec une victoire à Vilanova et une contre-performance à Djeddah. Je considère que le bilan est quand même positif car c’est la première fois que nous régatons vraiment ensemble et nous sommes confrontés à des adversaires, comme Ben Ainslie ou Team New Zealand qui naviguent avec les mêmes gars depuis six-sept ans, voire dix ans. Si nous avions gagné à Djeddah, nous ne pourrions pas savoir comment l’équipe va réagir après des moments difficiles, c’est donc bien d’avoir vécu toute une gamme d’émotions, je pense que nous allons en tirer des leçons, même si c’est difficile à vivre sur le moment. Nous avons beaucoup parlé de ça entre nous, de culture d’équipe. Le fait d’être proches, de partager des activités ensemble, de se connaître et de se faire confiance est très important. Mais cela prend du temps. Nous discutons donc des moyens d’accélérer ce processus parce que la réalité, c’est que la prochaine fois que nous régaterons avec de l’enjeu, ce sera sur la Louis Vuitton Cup (éliminatoires entre challengers à partir de fin août 2024).

▶︎ Quels points de progression avez-vous identifiés ?
Nous avons effectivement examiné attentivement ce que nous avons fait de bien et de moins bien et c’est évident que nous avons été en difficulté dans le petit temps. Il y a des choses sur lesquelles nous devons travailler dans ces conditions. Nous savons comment accélérer au près et au portant, moins au VMG dans le petit temps quand une “boundary” arrive dans 15 secondes et que notre vitesse est trop faible pour faire une manœuvre de foiling, nous n’avons pas fait du bon travail là-dessus. Nous sommes aussi la dernière équipe à être arrivée à Djeddah, nous avons donc eu beaucoup moins de préparation que les autres, si c’était à refaire, nous arriverions un peu plus tôt pour davantage nous entraîner.

▶︎ Le defender Emirates Team New Zealand s’est imposé à Djeddah, qu’avez-vous appris de lui ?
Il y a beaucoup à apprendre de ces gars-là. Ils naviguent sur le bateau depuis plus d’un an, alors que nous en sommes à six mois. Nous avons beaucoup navigué, mais ils sont plus aguerris aux différents types de vent : dans les vents forts, ils sont les meilleurs, dans les vents plus légers aussi. Dans le medium, nous progressons tous un peu. Ils sont aussi très disciplinés sur le parcours, manoeuvrent bien, leur positionnement est très bon, leur tableau de communication également. Aujourd’hui, même si nous les avons battus à Vilanova – nous avons probablement mieux régaté ce jour-là -, c’est l’équipe qui a le plus progressé.

 

“Le moment décisif sera
la mise à l’eau de notre AC75”

 

▶︎ Vous êtes deux barreurs sur les AC40, ça ne doit pas être évident de partager le contrôle du bateau ?
Ce n’est pas facile, non (Rires). C’est une chose de ne contrôler le bateau que la moitié du temps, mais en plus, vu comment ces bateaux sont conçus, vous n’avez que 50% de la vision du plan d’eau. Il faut s’y habituer. On aimerait bien traverser et barrer sur l’autre bord, mais ce n’est pas la façon dont ces bateaux sont menés. Donc tout est une question de communication entre moi et Goody (Paul Goodison, l’autre barreur) au moment où nous nous passons le relais, il faut par exemple arriver à virer de bord exactement au bon moment, ça nécessite d’être vraiment précis et donc de travailler.

▶︎ Où situes-tu le défi American Magic à ce stade de la campagne ?
D’une manière générale, je pense que nous sommes dans une bonne position. Nous avons formé une équipe de navigateurs inexpérimentés, mais les gars s’améliorent. Nous nous sommes installés à Barcelone et nous avons respecté à la lettre toutes nos échéances, donc nous sommes sur la bonne voie. Maintenant, je pense que nous avons une grande marge de progression, qu’il s’agisse de nos compétences en matière de navigation, de communication à bord et de notre façon de piloter le bateau. Il ne nous reste plus qu’à voir si notre AC75 sera assez rapide lorsqu’il sera mis à l’eau. Ce sera un moment décisif.

▶︎ Que penses-tu de l’équipe française Orient Express Racing Team?
C’est compliqué de participer à l’America’s Cup avec potentiellement moins de budget que les autres équipes. Aujourd’hui, ils n’ont pas autant d’entraînement en AC40 que les autres équipes et il y a de fortes chances qu’ils n’en aient pas autant en AC75 par rapport à la concurrence, mais on sait que c’est un groupe talentueux qui, avec le design package néo-zélandais pour son AC75, aura un bateau rapide. Donc nous ne devons pas les sous-estimer, avec le talent de leurs marins, ils pourraient bien contrarier quelques équipes lors de la Louis Vuitton Cup.

 

“Un équilibre difficile à trouver
entre American Magic et SailGP”

 

▶︎ En plus d’American Magic, tu cours sur le circuit SailGP qui devient de plus en plus exigeant, avec plus d’événements et de concurrence, Comment trouver le bon équilibre pour continuer à être performant sur les deux tableaux ?
C’est un équilibre difficile à trouver, il faut jongler entre American Magic et SailGP Australia, et je pense que ce sera encore plus difficile en 2024, puisque nous avons sept événements dans les sept premiers mois, ce qui va m’obliger à chaque fois à m’éloigner un peu d’American Magic. Mais en même temps, c’est extrêmement gratifiant d’avoir cette expérience de régate au plus haut niveau sur des bateaux à foils rapides. Je pense qu’à l’avenir, les équipes de la Coupe de l’America qui auront une équipe de SailGP auront un énorme avantage. Le fait de pouvoir régater dans un environnement sous haute pression est quelque chose pour lequel on ne peut pas s’entraîner, à part sur SailGP. Ce serait formidable que ce soit le cas pour American Magic. Je pense que toutes les équipes de la Coupe devraient chercher à avoir un bateau sur SailGP, parce que c’est aujourd’hui le plus haut niveau de régate au monde, avec des bateaux qui vont à des vitesses similaires.

▶︎ Tu viens d’être élu Marin de l’Année par World Sailing pour la troisième fois, qu’est-ce que cela t’inspire ?
C’est un grand honneur. Mais c’est la première fois que je suis récompensé sans que ce soit à titre individuel. Cette fois-ci, je le suis pour mes résultats à la tête d’équipes, ça me donne un sentiment étrange de culpabilité, je pense qu’ils (ses équipiers) devraient tous être là pour recevoir le titre avec moi.

▶︎ Si tu te projettes un peu, quelles peuvent être tes perspectives dans l’univers de la voile de compétition ?
Entre SailGP et l’America’s Cup, je n’ai pas trop le temps de penser à ce qui pourrait se passer ensuite. Ce qui est sûr, c’est qu’après avoir terminé l’America’s Cup en octobre, je reviendrai sur le circuit SailGP de manière un peu plus approfondie, je chercherai probablement aussi à naviguer en solo, il y a les championnats du monde de Moth en Nouvelle-Zélande (en décembre 2024) et sur le Lac de Garde en 2025. Ça me plaira de faire de la voile sans avoir besoin de 50 personnes pour mettre le bateau à l’eau chaque jour !

Photo : Ricardo Pinto / America’s Cup

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