Aurélien Ducroz repart sur le circuit Class40 jusqu'en 2022

Aurélien Ducroz : “La Class40 est ce qui me correspond le mieux”

Aurélien Ducroz et son partenaire Crosscall ont annoncé cette semaine le renouvellement de leur partenariat, avec un programme jusqu’à fin 2022 en Class40 sur un nouveau bateau, dont l’architecte et le chantier n’ont pas encore été choisis. Tip & Shaft s’est entretenu avec le champion de freeride et ancien ministe.

Peux-tu nous raconter comment s’est décidé ce nouveau projet de Class40 avec Crosscall ?
Avec Crosscall, on était déjà partenaires dans le ski depuis 2015, et petit à petit, je leur ai fait découvrir la mer. L’année dernière, on a fait un test grandeur nature avec la Transat Jacques Vabre, ça leur a plu, alors que nous avions un timing ultra-serré, et ça a séduit en interne, tout le monde a suivi le projet, c’était la première fois que je vivais vraiment cette force fédératrice de la voile dans une boîte. Donc je pense que pour eux, ça a été une révélation. L’idée de continuer ensemble a ensuite mûri, il a fallu trouver la bonne formule, pour finalement déboucher sur un accord sur la suite de notre partenariat jusqu’en 2022.

Comment accueilles-tu cette nouvelle ?
C’est dingue. C’est la première fois que je vais avoir de la visibilité et que je vais pouvoir faire une saison complète de voile, alors que jusqu’ici, c’était toujours course par course, à l’arrach’, puis je rentrais chez moi en attendant une autre opportunité. Là, à partir de l’été prochain, je vais être six-sept mois en Bretagne, je vais ne faire que ça, cette perspective de pouvoir faire des saisons entières est dingue, j’ai tellement soif d’apprendre, ça me manquait terriblement. En plus, on va lancer la construction d’un nouveau bateau, je repense au moment où j’ai eu la chance de pouvoir construire mes premiers skis, c’était mon rêve de skieur. Là, c’est un rêve de marin de construire son propre bateau, je n’aurais pas pensé que ça arriverait aussi vite. C’est génial et je pense que ça va m’apprendre beaucoup de choses, parce que je suis assez persuadé que tu apprends à naviguer en construisant.

La crise du Covid a-t-elle remis en cause le projet ?
On l’a validé au mois de février, un mois après, il y avait le Covid, je me suis dit que j’allais devoir m’asseoir dessus, ce qui aurait pu être complètement compréhensible, mais non, c’est ça qui rend le truc dingue. Il y a quand même eu des ajustements, parce que le projet initial était de faire la saison 2020 sur un bateau loué, ce qui ne sera pas le cas, mais le cœur du projet est resté intact.

Tu parlais il y a quelques années de projet Vendée Globe, le sujet a-t-il été évoqué avec Crosscall ?
Non, on n’y a pas pensé du tout. J’ai effectivement dit plusieurs fois que j’en rêvais, mais il y a deux ans, j’ai décidé d’arrêter de chercher et de me repositionner sur un projet plus à ma taille. Je pense que je n’avais pas encore la carrure de porter un projet Vendée Globe, même sur un projet aventure avec un vieux bateau, donc j’ai bâché cette idée en me disant qu’il était préférable de trouver une taille de projet qui me corresponde et dans laquelle j’allais pouvoir grandir sereinement et surtout apprendre. Donc avec Crosscall, on est toujours partis là-dessus, ça permet en plus de proposer un projet performant en Class40, c’est plus sain. Et il y a la dimension financière du Vendée Globe qui n’est quand même pas du tout la même.

La Class40, c’est la classe idéale pour toi ? Plus que le Figaro par exemple ?
Oui, clairement, par rapport à mon profil et à mon parcours, c’est ce qui me correspond le mieux. J’ai fait du Mini avant, avec la Class40, dans laquelle j’ai déjà pas mal navigué, tu passes sur un bateau qui est déjà un gros bateau, mais qui reste relativement simple d’un point de vue technique. Le Figaro, c’est super, mais je ne suis pas né sur un bateau. Je compare beaucoup la course au large au ski freeride et la régate, type Figaro, au ski alpin. Le ski alpin, si tu n’es pas né sur des skis et que tu n’es pas au club depuis que tu as 4 ans, tu n’y arriveras pas. En revanche, le freeride, même si ça demande bien sûr un bagage technique hyper important, tu peux y arriver différemment, c’est pareil pour la course au large. Moi, j’ai d’abord fait le Tour de France à la voile pour apprendre ce sport, ensuite, il y a une autre dimension du large, plus en rapport avec l’élément, avec le fait d’être en solitaire, qui ressemble beaucoup à celle de la montagne, et dans laquelle je pense que j’ai des armes. Je suis venu au bateau parce que je suis tombé amoureux de la Mini-Transat et du fait de traverser l’Atlantique, c’est vraiment ça que j’ai envie de continuer à faire, je veux profiter de mon bateau pour partir loin.

Peux-tu nous en dire plus sur ton futur Class40 ?
Le bateau n’est pas du tout arrêté, je discute avec plusieurs architectes et chantiers, je fais le tour de tout le monde, je vais me décider assez vite. Je pense que d’ici fin août, on pourra annoncer avec qui on travaille, sachant que ça sera forcément un scow. L’idée est de la construction dès la fin de l’été pour une mise à l’eau au printemps 2021, parce que je veux faire une saison complète.

Plusieurs autres nouveaux bateaux viennent d’être annoncés, c’est une bonne nouvelle pour la classe ?
Oui, entre Antoine (Carpentier), Axel (Tréhin), Jonas (Gerckens) et tout, c’est génial, ça tire la classe vers le haut et ça montre aussi qu’elle attire beaucoup de marins par son accessibilité. Ce sont des engagements qui restent forts, mais on est quand même loin des millions d’euros d’autres classes. Cette classe, à budget limité, ouvre à des courses magnifiques.

As-tu déjà évoqué avec Crosscall une éventuelle suite au partenariat, après 2022 ?
Pour l’instant, nous allons jusqu’au Rhum, on verra la suite. C’est clair qu’il y a de superbes courses après, notamment The Race Around en 2023, qui me plairait, mais je rêve aussi d’un autre tout du monde qui est en 2024… On verra, pour l’instant, je suis focus sur le programme à venir.

Avec un bateau neuf à disposition, tu vas forcément monter en gamme, vas-tu te mettre plus de pression de résultat ?
C’est clair que je vais enfin avoir les armes et surtout enfin le temps de passer du temps sur l’eau, d’apprendre. Il s’est passé plein de trucs ces dix dernières années, c’était génial, mais quasiment chaque année, j’avais cette frustration de ne pas pouvoir progresser autant que je le voulais. Là, je me retrouve avec du temps et un super bateau à venir, on va se mettre un peu la pression pour faire de bons résultats, et c’est clairement jouable, c’est en tout cas comme ça que je le vois.

Photo : Eric Gachet

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