David Sineau et Aurelien Ducroz sur le Class40 Crosscall

David Sineau : “C’est bien de se remettre dans la peau d’un skipper”

Team manager du projet Initiatives Cœur de Sam Davies, qui vient d’être prolongé de quatre ans avec un bateau neuf à la clé, David Sineau s’aligne dimanche au départ de la Transat Jacques Vabre aux côtés d’Aurélien Ducroz sur le nouveau Class40 Crosscall. Deux raisons pour Tip & Shaft de s’entretenir avec l’ancien ministe.

► Comment t’es-tu retrouvé embarqué sur la Transat Jacques Vabre ?
Je connais Aurélien depuis qu’il s’est lancé dans la voile : au début de son projet Mini, nous avions disputé ensemble sa première course en double, l’Open Demi-Clé en 2010 ! Comme j’aime beaucoup la montagne, je suis souvent venu le voir à Chamonix [Aurélien Ducroz est à l’origine freerider professionnel, NDLR], nous sommes devenus amis et quand il a fait ce magnifique bateau, il m’a proposé de l’accompagner. J’ai accepté parce que courir avec un pote sur un bateau de dernière génération capable de jouer aux avant-postes dans une classe en pleine explosion, c’était tentant.

► Ce projet était-il compatible avec ton rôle de team manager d’Initiatives Cœur ?
C’est clair que l’année a été chargée, mais on a la chance d’avoir une équipe très stable, je suis entouré de gens en qui j’ai une totale confiance et que nos partenaires connaissent très bien, donc ça nous a permis de bien nous organiser. Mon adjointe Caroline (Olagne) a pris en main le rôle de coordinatrice du projet au quotidien, je me suis plus concentré sur la construction de l’avenir, les discussions autour du futur bateau, la signature des partenariats… Et par rapport à mon job, je pense que c’est bien de se remettre de temps en temps dans la peau d’un skipper.

► Crosscall a été mis à l’eau en juin, avez-vous eu le temps de bien vous préparer ?
Nous avons couru Les Sables-Les Açores alors que nous avions à peine navigué 24 heures sur le bateau, ça nous a permis d’accélérer sa prise en main, de le débugger plus vite et d’être assez rapidement rassurés sur son potentiel de vitesse. On n’a pas encore vu toutes les conditions auxquelles on va être confrontés sur la Jacques Vabre, mais on est plutôt très contents de ses performances. C’est une génération de bateaux passionnante, la Class40 est une des classes les plus innovantes aujourd’hui sur les dessins de carène.

 

“Pas de complexes”

 

► Quelles sont les forces et les faiblesses de ce Lift 2 (plan Lombard) ?
Il a eu plusieurs inspirations : le Lift V1 (sur lequel Yoann Richomme a remporté la dernière Route du Rhum), qui était presque un scow avec une étrave un peu spatulée et beaucoup de largeur à l’avant, et les deux références qu’étaient le plan Raison et le Mach 4. C’est un bateau à l’allure très agressive, on pourrait penser qu’il est assez radical, mais en fait, il reste très polyvalent. Les architectes ont essayé de reprendre les avantages d’une carène assez tendue tout en ayant une bonne capacité à cabrer pour ne pas trop enfourner. Il est aussi raide, dès qu’il y a un peu d’appui au près, il va assez vite et il est très rapide au reaching ; au portant VMG, on a bien aimé ce qu’on a vu, mais on n’a pas vraiment eu de confrontations avec les autres dans du vent soutenu.

► Quel objectif vous fixez-vous ?
Je pense qu’il y a trois concurrents qui sortent du lotRedman (Antoine Carpentier/Pablo Santurde), Crédit Mutuel (Ian Lipinski/Julien Pulvé) et Project Rescue Ocean (Axel Tréhin/Frédéric Denis), j’espère qu’on pourra les chahuter. Personnellement, je n’ai pas de complexes. Cela fait certes quelques années, mais en Mini, j’ai toujours été très à l’aise sur les courses longues, on commence à avoir bien le bateau en main, nos derniers entraînements à Lorient nous ont mis en confiance au niveau de la vitesse, je pense que par rapport aux erreurs qu’on a pu faire sur le Fastnet, on saura être plus patients.

 

“Le projet Black Pepper
cochait beaucoup de cases”

 

► Passons à l’équipe Initiatives Cœur, peux-tu nous raconter comment le projet de nouveau bateau a mûri ?
Dès l’arrivée de Sam aux Sables d’Olonne en février (Vendée Globe terminé hors course après une escale au Cap), l’envie des partenaires de continuer l’histoire était évidente, Sam a aussi eu très vite envie de se projeter sur le Vendée Globe suivant. Après, il fallait trouver le bon format en termes de bateau, sachant que notre objectif était de continuer à progresser. Ce qui n’était pas évident, parce que sur le marché des bateaux d’occasion de 2020, tous ne nous convenaient pas, et ceux qui nous intéressaient étaient disponibles soit plus tard, soit à des tarifs qu’on jugeait trop élevés.

► Comment vous êtes-vous tournés vers la solution de ce plan Manuard ?
Un jour, Black Pepper (le chantier qui construit le bateau) nous a parlé de l’opportunité de faire une évolution du bateau de Louis Burton (Bureau Vallée, ex L’Occitane), nous nous sommes dit que ça cochait beaucoup de cases. D’abord, c’est une carène qui avait un coup d’avance, on se disait qu’en l’améliorant à la marge, c’était la certitude de ne pas se tromper, ce qui n’est pas forcément le cas si tu pars avec un architecte qui en est à son coup d’essai sur un scow. Ça nous permettait également de réaliser des économies substantielles en récupérant les moules et une bonne partie des études. Et comme on a une équipe qui, depuis 7-8 ans, a développé un certain nombre de compétences techniques, on a décidé de se faire confiance et de finir le bateau chez nous, ce qui permet à la fois de nous challenger et de construire un bateau neuf dans de bonnes conditions économiques.

► Quel est le timing ?
On reçoit la coque pontée/structurée dans la première quinzaine de décembre, tout le reste – accastillage, montage des systèmes mécaniques et hydrauliques, ferronnerie, gréement – sera fait en interne pour une mise à l’eau avant mai. Pour nous, le timing d’un projet est clé dans sa réussite, je voulais absolument qu’on ait un bateau pour finir le Rhum dans un an et que la course soit un accélérateur de prise en main, pour ensuite avoir un an complet d’optimisation et disputer la Transat Jacques Vabre 2023 en mode performance.

► Nouveau bateau veut-il dire budget à la hausse ?
Non, on a plus investi à l’origine, mais on fera moins de développement que sur le bateau précédent, la durée de projet est en outre un peu rallongée, jusqu’à décembre 2025, ce qui permet d’avoir un budget comparable. On ne le dévoile pas, mais il permet de bien travailler, tout en étant moins important que celui des meilleures écuries.

 

Photo : Crosscall Sailing Team / Yann Riou polaRYSE

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