Yoann Richomme : « J’ai monté ce projet pour gagner la Route du Rhum »

Après la saison 2017 en Imoca sur Vivo a Beira, conclue par une 10e place sur la Transat Jacques Vabre, Yoann Richomme fait partie des favoris de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, dont il prendra le départ à bord, cette fois, d’un Class40 sur plan Lombard, mis à l’eau le 29 juin. A un peu moins de trois semaines du coup de canon à Saint-Malo, le skipper de Veedol-AICvainqueur de la Solitaire du Figaro en 2016, explique les raisons de ce choix et évoque son avenir.

Tu as décidé de courir la Route du Rhum en Class40, pourquoi ?
J’aurais aussi pu la disputer en Imoca en louant Vivo a Beira [propriété de Pierre Lacaze, NDLR], mais, dans ce cas, je ne l’aurais pas courue de façon vraiment compétitive, en visant à peu près la dixième place. L’autre option était de jouer la gagne en Class40 en me faisant construire un bateau. Je ne te cache pas que j’ai beaucoup tergiversé, avant d’opter pour la seconde solution.

Etait-ce aussi une question de budget ?
Non, pas forcément, parce que j’ai fait des dépenses en Class40 que je n’aurais pas faites en Imoca. Après, c’est vrai que la prise de risques financiers n’est pas la même. Par exemple, cet été, j’ai démâté : ça m’a coûté de l’argent, mais c’est resté gérable, d’autant que j’ai réussi à récupérer le tube. Si j’avais fait la même chose en Imoca, c’était l’horreur, je pouvais me retrouver à vendre ma maison ! Et des risques, j’en ai quand même déjà pris beaucoup, puisque lorsque j’ai lancé la construction du bateau en décembre, je n’avais aucun partenaire sur le projet. Maintenant, je pense que, parfois, dans notre carrière, si on ne met pas tout sur la table en faisant un pari sur l’avenir, on n’y arrive pas. Si j’avais attendu d’avoir le budget pour faire la Route du Rhum, je ferais autre chose aujourd’hui. C’est usant nerveusement, mais ça en vaut la peine.

Concrètement, combien te coûte cette campagne de Route du Rhum ?
L’investissement dans le bateau, acheté avec l’aide d’un investisseur, est proche des 650 000 euroshors taxe et le budget de fonctionnement tourne autour de 250 000 euros. Idéalement, il m’aurait fallu 100 000 de plus, mais c’est un budget à peu près propre, sans salaire.

Tu as opté pour un plan Lombard, pourquoi ?
J’avais le choix entre une copie du Lift 40 de Louis Duc et un Mach 40 (plan Manuard) construit chez JPS. Après la dernière Jacques Vabre, j’ai analysé les performances des bateaux et j’ai pas mal discuté avec Alexis Loison [co-skipper de Louis Duc, NDLR]. J’ai trouvé que le Lombard avait un pluset qu’il y avait encore moyen de l’optimiser. Je pouvais, en plus, faire des demandes de modifications sur le bateau, ce qui était moins possible chez JPS, parce qu’ils en avaient trois à produire. Et j’ai bien aimé le contact que j’ai eu avec Gautier Nollet de chez Gepeto Composite qui a construit le bateau.

A l’usage, trouves-tu toujours que le Lift 40 a ce plus ?
Oui, je suis au moins aussi performant que les autres Class40 dans la plupart des conditions, et dans celles qui demandent de la puissance, type première semaine du Rhum, à partir de 15 nœuds de vent avec les deux ballasts remplis, le bateau est vraiment à l’aise. Et à 20-25 noeuds, il y a une vraie différence. Par sa carène et par d’autres artifices que je ne dévoilerai pas, le Lift est 12% plus puissant que le Mach 3, ça fait quand même un sacré gain !

Ta victoire sur la Drheam Cup en juillet, un mois après la mise à l’eau du bateau, t’installe-t-elle dans la peau d’un des favoris pour la gagne ?
Je ne peux pas le cacher : j’ai monté le projet dans cette optique et cette victoire a conforté pas mal de choix techniques que nous avions faits. Après, un podium serait déjà un très bon résultat, dans la mesure où j’ai eu une mise au point relativement courte – donc le risque matériel existe forcément – et qu’il y a de très bons concurrents comme Nicolas Troussel, Phil Sharp, Aymeric Chappellier et d’autres. Aujourd’hui dans cette classe, il y a un niveau de compétition super élevé, on est une quinzaine à pouvoir prétendre à la victoire.

Est-ce une classe dans laquelle tu aurais envie de t’impliquer, notamment d’un point de vue technique ?
Si je reste plusieurs saisons, oui. Je connais bien les acteurs et les textes, je pense que je peux apporter quelque chose. J’ai déjà essayé un peu cette année en tirant la sonnette d’alarme sur quelques sujets, parce que je sentais venir des problèmes : il y avait quelques points de la jauge un peu vagues ou mal rédigés qui méritaient d’être éclaircis pour empêcher certains d’en profiter. Moi, j’aime bien naviguer clean, avec des règles identiques pour tout le monde ; donc quand je trouve quelque chose, je demande une interprétation, je ne fais pas mon truc dans mon coin.

Quand tu dis « si je reste plusieurs saisons », cela veut-il dire que tu as abandonné ton projet de Vendée Globe ?
Disons que j’ai encore quelques pistes et que je me donne jusqu’à la fin de l’année, parce qu’il faut clairement participer au circuit en 2019 pour être sur le prochain Vendée. Aujourd’hui, j’ai presque plus dans l’idée de monter un très beau projet pour 2024. Après, je ne suis pas obnubilé par ça, il y a plein d’autres choses que le Vendée Globe : je pourrais m’impliquer techniquement pour une équipe ou me diriger vers la Volvo, sachant que j’ai beaucoup développé ces derniers temps le côté analyse de performances, et j’ai donc aussi cette opportunité en Class40. Sans oublier le Figaro 3 : j’ai actuellement quelqu’un qui m’aide à trouver des partenaires pour éventuellement faire la Solitaire sur un bateau que je louerais.

Ces deux dernières années, tu es passé d’un projet à l’autre, cette relative instabilité n’est-elle pas difficile à vivre ?
Ce qui est difficile à vivre, c’est de s’être battu pendant des années pour obtenir des résultats, pour, au final, se rendre compte que ça ne nous apporte rien – et encore, je ne suis pas le plus mal loti, puisque j’ai un peu de notoriété, ce qui aide à avoir plus de crédibilité pour vendre des projets. Mais j’ai un peu l’impression de me retrouver comme lors de mes premières années en Figaro, à frapper à toutes les portes et à passer 12 000 coups de fil par jour. Je me suis rendu compte qu’après mes trois saisons en tant que Skipper Macif, pendant lesquelles je m’étais concentré, tête baissée, sur mon projet sportif, j’étais sorti sans vraiment de réseau. Je me dis qu’il manque quelque chose à la formation quand on rentre dans ce genre d’écurie, même si je ne crache pas du tout dans la soupe, loin de là, et que j’aurais aussi pu le faire par moi-même. J’ai lu ce que vous avez écrit récemment sur Team Vendée Formation (voir notre article) : je trouve le concept super bien, parce que c’est ça, former de vrais bons skippers. Leur permettre de progresser sportivement, mais aussi leur donner les moyens d’activer et de garder un réseau pour ne pas se retrouver avec une page blanche en sortant de là. C’est quelque chose qu’il faut vraiment avoir en tête : à la sortie de ces projets, si on ne travaille pas sur ces aspects, il n’y a plus rien. Moi, j’ai mis un an et demi pour remettre tout ça en place.

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