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Diam 24 : comment classe et circuit s’organisent

Lancé en 2015, le circuit Diam 24 repart pour une cinquième saison qui a débuté dimanche par Sailing Arabia The Tour. Viendront ensuite les Tour Voile Series, épreuves préparatoires au Tour Voile, le sommet de la saison. Tip & Shaft vous en dit plus sur une classe et un circuit qui, peu à peu, se structurent.

Un fonctionnement qui se professionnalise
Créée en 2015 dans la foulée des premiers bateaux lancés en 2014, la classe Diam 24 od a dans un premier temps surtout reposé sur Vianney Ancelin, le patron du chantier ADH Inotec, constructeur exclusif du plan VPLP de 7,25 mètres – 100 bateaux à ce jour, un tiers à l’étranger. « Vianney a longtemps tenu les rênes de la classe un peu tout seul, mais petit à petit, ça se structure avec les responsables d’équipes et les coureurs qui prennent les choses en main. Cela montre qu’ils ont envie que la classe vive, ils n’en sont pas que les consommateurs », explique Daniel Souben, quadruple vainqueur du Tour Voile et membre du conseil d’administration d’une classe reconnue par World Sailing fin 2018.
Ce conseil d’administration, qui s’est étoffé lors de la dernière AG en décembre, est aujourd’hui composé d’un président, Christian Dulot, d’une vice-présidente, Claire Leroy, d’un trésorier, Vianney Ancelin, d’une secrétaire, Julie Barrès, d’un administrateur, Stéphane FretayBernard Stamm et Daniel Souben étant respectivement présidents des commissions « technique règles de classe » et « organisateurs événements », cette dernière nouvellement créée. « La classe est dynamique, avec  des coureurs qui prennent véritablement leur place et deviennent des interlocuteurs pour nous, c’est toujours bon signe », commente Jean-Baptiste Durier, directeur du Tour Voile chez Amaury Sport Organisation (ASO).

Un calendrier plus lisible
L’une des missions de la commission « organisateurs événements » a été de travailler sur une meilleure lisibilité du calendrier, avec notamment le lancement en 2019 des Tour Voile Series, label regroupant les principales épreuves préparatoires au Tour Voile et qui donnera lieu à un classement spécifique. « L’objectif est de mettre des moyens pour produire avant, pendant et après les régates des vidéos permettant de mettre en avant tous les sponsors, explique Vianney AncelinQuinze jours de Tour, c’est trop courton veut que les teams puissent vendre cinq mois de saison et avoir plus de visibilité. »
ASO a été sollicité pour apporter son concours financier. « Cette initiative de la classe nous va très bien, nous allons l’accompagner sur le volet communication, ça permet aux coureurs de mieux vendre leurs projets », confirme Jean-Baptiste Durier. La priorité de ce dernier reste de dénicher un partenaire-titre pour le Tour Voile (moyennant un ticket d’entrée à 1,5 million d’euros), pour, justement, « franchir une étape sur les retombées médiatiques ». Qu’en est-il de cette quête ? « On a une grosse piste qui avance bien« , assure le directeur du Tour Voile.

Avant les Tour Voile Series, un World Diam Tour a été initié l’an dernier. Il est composé cette année de Sailing Arabia The Tour (SATT), du Tour Voile, d’un tour d’Italie en septembre baptisé Nastro Rosa et du Grand Prix Pacifique des Jeux, en novembre à Tahiti. « La première saison a été un peu hasardeuse, mais la présence de dix équipages d’un niveau assez élevé à Oman ce week-end est un bon signe. Mais il faut qu’il y ait du monde sur toutes les épreuves », juge Emmanuel Versace, co-organisateur de l’épreuve tahitienne. « On cherche à développer la classe à l’international, poursuit Pierre Mas, team-manager de BeijafloreC’est le cas à Oman, mais également à Tahiti, qui peut attirer des coureurs australiens et néo-zélandais, ou en Italie, où il devrait y avoir des équipes locales ». Autre argument avancé par Vianney Ancelin : « Les deux tiers des bateaux arrêtent de naviguer après le Tour, ce qui fait très mal à la série. Le World Tour permet d’avoir des épreuves en seconde partie de saison ».
Reste que participer à ces évènements a un coût : de 22 500 à 26 500 euros TTC pour le Grand Prix Pacifique des Jeux (tout compris), selon Emmanuel Versace ; 25 000 euros TTC (hors bateau) pour Nastro Rosa, d’après son organisateur, Riccardo Simoneschi. Une nouvelle épreuve italienne aux ambitions modestes pour l’instant. « L’objectif est d’au moins huit bateaux inscrits, dont quatre français », annonce Vianney Ancelin. Riccardo Simoneschi se montre de son côté « confiant », avec un plan media dans la Gazzetta dello Sport (l’équivalent de L’Equipe) et un parcours qui « débute au Salon de Gênes et finit à la Barcolana, ce qui permet d’être au contact de 300 000 visiteurs ».

Un niveau qui monte mais des budgets difficile à boucler
De l’avis de tous, le niveau du circuit Diam 24 ne cesse de monter. « Avant, une erreur sur un Tour de France te faisait reculer de cinq places, maintenant, tu peux en perdre vingt », résume Valentin Bellet, skipper de Beijaflore« Ça fait des régates compliquées qui demandent d’être de plus en plus entraînés », complète Bernard Stamm, désormais manager de Cheminées Poujoulat, barré par Robin Follin, issu de Team France Jeune. Ces deux équipages, présents sur le SATT, feront cette année partie des prétendants à la victoire sur toutes les épreuves du circuit, tout comme Vannes Agglo (Solune Robert), Team Ixio, qui a recruté Tim Mourniac, Seaflotech, la nouvelle équipe managée par Lionel Péan avec Sofian Bouvet de retour à la barre, les Suisses du CER, les filles de La Boulangère qui, selon leur manager Claire Leroy, « visent le Top 7 », le duo Damien Iehl/Aurélien Ducroz (Mood), et les deux teams omanaismenés par Stevie Morrison et Franck Cammas. Un Cammas dont le retour en Diam 24 [il a terminé deuxième du Tour Voile avec Groupama en 2015, NDLR] est vécu comme une bonne nouvelle : « Quand Franck vient sur un circuit, celui-ci prend tout de suite de la valeur sportive et médiatique« , se réjouit Daniel Souben.

Malgré cela, le coach du Team Vivacar lors du dernier Tour estime que « les projets sont compliqués à vendre« . Les raisons ? « La principale, c’est que ça coûte quand même cher : pour un projet pro, on est dans les mêmes montants qu’une saison en Figaro ou en Class40, avec qui on est en concurrence, soit 300 000 euros HT. Peu d’équipes ont déjà bouclé leur budget pour cette saison ». C’est notamment le cas de Mood, qui cherche un partenaire pour le Tour Voile, et de Trésors de Tahiti.  Quant à Vannes Agglo (ex Lorina), l’équipe, réduite à un bateau cette année, devrait annoncer prochainement un partenaire-titre. Du côté de Seaflotech, Lionel Péan, fondateur de la société du même nom et manager du team, précise : « Nous avons de petits moyens, aux alentours de 200 000-250 000 euros. Mais je ne désespère pas de trouver des partenaires pour nous aider à développer l’équipe ». Emmanuel Versace, qui aide le duo Damien Iehl-Aurélien Ducroz à trouver des partenaires, est plus prudent : « Le Tour est compliqué à vendre, ça passe à mon avis plus par du BtoB et de la com interne, moins par de la com grand public ». Exactement ce que cherche Beijaflore, dixit Pierre Mas, « une entreprise d’un peu plus de mille collaborateurs sur des sites éclatés, auxquels ce projet permet de donner un sentiment d’appartenance à une même entité« .

Reste qu’en dépit de ces difficultés, la participation au circuit et au Tour Voile reste constante, avec une trentaine d’équipages, dont des amateurs qui fonctionnent avec des budgets moyens aux alentours de 150 000 euros HT. Des budgets que la classe cherche absolument à maîtriser, d’où le choix, unanime, de limiter les évolutions techniques. Exemple : « On a travaillé sur le plan de voilure, en rajoutant un code zéro et un gennaker plus grand, explique Daniel Souben. Les essais techniques ont recueilli l’aval des équipes, mais on a finalement renoncé, car le surcoût était de l’ordre de 6 000 à 7 000 euros ». Jean-Baptiste Durier, lors qu’on évoque le support du Tour, conclut : « Nous avons annoncé que le Diam 24 resterait le bateau du Tour jusqu’en 2021 au minimum. Notre intérêt est qu’il fasse l’affaire le plus longtemps possible, parce que ça permet de l’amortir, donc de réduire les budgets. Nous n’avons aucune velléité de précipiter un changement de bateau« .

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