Armel Le Cléac'h, champion de France de course au large 2020

Quelle valeur a le championnat de France de course au large ?

Armel le Cléac’h a été sacré champion de France Elite de course au large 2020 suite à l’annulation de la Le Havre All Mer Cup. Faut-il voir dans cette annulation un désintérêt des marins pour le championnat de France ? Tip & Shaft a mené l’enquête.

Dernière épreuve du championnat de France Elite de course au large 2020, la Le Havre All Mer Cup a été annulée faute d’un nombre suffisant de participants. Une déception pour son directeur de course, Francis Le Goff – qui officie également sur la Solitaire du Figaro : « On avait joué le jeu en acceptant de décaler en octobre pour permettre aux skippers d’enchaîner Maître CoQ et Solo Concarneau cet été. Nous misions sur une quinzaine de participants, nous en avions huit, ce qui nous a conduits à annuler. Je suis un peu étonné, surtout dans un contexte où les marins n’ont quand même pas beaucoup couru cette année. »

Déception aussi pour Tom Laperche, qui pouvait profiter de l’absence d’Armel Le Cléac’h pour remporter le titre, même si le skipper de Bretagne CMB Espoir, 2e au général, ne met pas cet argument en avant : « Je suis plus déçu vis-à-vis des gens qui se sont battus pour que cette course ait lieu, ce n’était pas une petite régate à l’autre bout de la France sans moyens, mais une belle épreuve du championnat avec une bonne organisation, un prize-money. »

Faut-il y voir une désaffection pour le championnat de France ? Secrétaire de la classe Figaro Bénéteau, Eléonore de Grissac avance un contexte particulier : « Des partenaires, qui avaient prévu de venir, se sont désengagés à cause de la situation économique, il y a eu également le retrait de Tanguy Le Turquais à cause du vol d’une partie de son matériel à Lorient. » Fabien Delahaye, qui était « en pleine hésitation » sur l’opportunité de venir, évoque lui aussi des contraintes budgétaires : « On n’a pas tous le budget complet pour participer à toutes les épreuves. Certains doivent donc faire des impasses, au détriment du championnat. Sans compter que quand tu n’as pas le financement, tu travailles souvent sur d’autres projets qui peuvent se retrouver en confrontation avec les épreuves en Figaro. »

Vice-président de la Fédération française de voile, qui décide du calendrier avec la classe Figaro Bénéteau, Henry Bacchini regrette tout de même cette annulation : « C’est justement là qu’il aurait fallu être très pro pour montrer aux partenaires que le championnat a de l’intérêt. Surtout qu’il y a de la concurrence, avec notamment la Class40 où le niveau augmente : les figaristes ne sont plus seuls au monde. »

Pour Xavier Macaire, champion de France en 2015 et qui devait courir la Le Havre All Mer Cup, le calendrier chamboulé a aussi joué : « Ce qui est intéressant sur ce genre de courses, c’est de s’étalonner et de progresser en vue de la Solitaire. Le fait qu’elle ait été déplacée en fin de saison l’a rendue moins attrayante. » Et le skipper de Groupe Snef de répondre, lorsqu’on lui demande si le championnat pâtit d’une certaine désaffection : « Il y a toujours un noyau dur qui s’y intéresse. Moi, c’est quelque chose que je mets en valeur auprès des partenaires, ça représente quand même l’élite de la course au large. L’année dernière, j’ai été vice-champion, mon sponsor l’a mis en avant auprès de ses collaborateurs, des clients, dans les médias, ils étaient fiers. »

Jean-Bernard Le Boucher, directeur de l’activité mer de la Macif, va plus loin : « Pour nous, le championnat a énormément d’importance. Quand François (Gabart) le gagne en 2010, ça joue dans notre décision de lui confier un Imoca ; idem pour Charlie Dalin (titré en 2014 et 2016). On s’appuie sur ces résultats pour montrer que ça mérite qu’on accompagne le marin au-delà. » Titré cette saison, Armel Le Cléac’h ajoute : « Ce titre a de la valeur parce qu’il récompense la régularité et c’est toujours sympa de le gagner pour ton sponsor. Maintenant, c’est vrai qu’on n’a jamais réussi à trouver la recette miracle pour qu’il soit davantage valorisé médiatiquement. »

Attaché au championnat, né en même temps que le pôle Finistère course au large qu’il dirige, Christian Le Pape estime quant à lui : « Il n’est pas très facile à organiser, il y a des essais tous les ans : le nombre de courses varie, la Transat AG2R a aussi un peu troublé le paysage [le championnat est ouvert depuis deux ans au double, la Transat AG2R La Mondiale en faisait partie en 2018, NDLR]. Maintenant, je persiste à penser qu’il reste valorisant pour les marins, mais aussi pour les organisateurs. »

Du côté de ces derniers, Pierre Gautier, coordinateur de la Solo Guy Cotten, nuance : « Notre sponsor-titre a trouvé ça dommage que la fédération ne nous ait pas inclus au championnat cette année, parce que c’est valorisant pour lui. De notre côté, ça nous soulage de contraintes financières et, finalement, ça n’a pas été trop gênant au regard du nombre d’inscrits [32]. »

Pour Estelle Graveleau, directrice du Team Vendée Formation qui organise la Sardinha Cup, inscrite au calendrier en 2019 mais pas en 2021, faire partie du championnat de France ne présente pas que des avantages : « Par exemple, pour l’année prochaine, on a envie de développer des choses nouvelles, mais à cause de la jauge, il y a des choses que nous ne pourrions pas faire. Et d’un point de vue financier, ce n’est pas neutre : outre les frais pour les gens de la fédé, tu doit verser 250 euros par bateau participant [pour alimenter la dotation finale du championnat (*), NDLR], verser une redevance plus importante à la classe et garantir un prize-money minimum. On préfère utiliser cette somme autrement, notamment pour aider les marins à venir naviguer. » Celle qui est aussi membre bureau de la classe Figaro Bénéteau ajoute : « Quand les gens me disent qu’il plus difficile d’avoir des subventions sans le label, je leur demande : « Qui est le champion de France l’année dernière ? ». » 

(*) En 2020, 16 250 € ont été versés au titre de cette dotation : Armel Le Cléac’h va empocher 4 095 €, Tom Laperche 3 150 €, et le 3e, Fabien Delahaye, 2 362,50 €.

Photo : Pierre-Yves Lautrou

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