Guillaume Pirouelle

Guillaume Pirouelle : “Je n’ai pas terminé mon histoire avec la Solitaire”

Tout juste débarqué de la course des 24 heures de la 40’ Malouine Lamotte qu’il a terminée 7e avec Cédric Chateau sur Seafrigo-SogestranGuillaume Pirouelle a pris le temps vendredi de revenir pour Tip & Shaft sur ce projet de Class40 et sur la Solitaire du Figaro Paprec, dont le Normand, qui était l’un des favoris, a pris la 15e place.

Comment s’est passée cette course des 24 heures ?
Pas trop mal. On a pris un super départ, on a ensuite un peu galéré avec notre électronique dans des conditions compliquées, avec beaucoup de passages nuageux et de variations de vent, ce qui nous a fait perdre pas mal de terrain, mais on s’est bien refaits à la fin. Donc le bilan est satisfaisant, sachant que nous avons mis le bateau à l’eau très tard (fin juillet), je n’avais fait que quatre sorties dessus avant la course et c’était la première fois qu’on naviguait en double avec Cédric. Cette course nous a permis de défricher, de prendre des premiers repères, on n’avait pas vraiment d’objectif de résultat.

Le parcours a été plutôt venté, votre Mach 40.5 a-t-il tenu la route ?
Je n’avais pas fait beaucoup de scow jusqu’à présent, donc j’ai pu me rendre compte que dans les conditions qu’on a eues, avec jusqu’à 25 nœuds et de la mer, c’est très inconfortable au près, ça tape énormément. On se demande si on ne va pas finir par faire tomber le mât, c’est assez surprenant au début, il faut s’y habituer. Et au portant, c’est assez sympa, même si quand ça plante, ça plante bien ! Après, le Mach 5 passe mieux que d’autres, il est un peu plus spatulé, on n’était pas les plus malheureux sur la fin de course. On a été plutôt rapides dans la brise au portant avec de la mer, ce sont des conditions dans lesquelles le bateau est plus à l’aise que d’autres qui ont des carènes plus tendues. On a eu un peu plus de mal au près, mais comme on commence tout juste à naviguer, on ne va pas tirer de conclusions hâtives. Pour ce qui est des concurrents, on a vu que Café Joyeux (Lift V2 de Nicolas d’Estais, 2e avec Léo Debiesse) avançait comme une balle au près, Pirelli (plan Guelfi d’Ambrogio Beccaria, vainqueur avec Nicolas Andrieu) avance tout le temps très bien, c’était intéressant. On constate clairement des différences entre les bateaux, ce n’est pas le même jeu que le Figaro.

Quelles sont vos attentes sur la Transat Jacques Vabre Normandie-Le Havre ?
Cédric a fait troisième la dernière fois (avec Jérémie Mion), on aimerait faire aussi bien, maintenant, on a eu confirmation sur cette Malouine qu’il y aurait un gros niveau. De notre côté, on ne va pas être les plus entraînés et on continuera à apprendre pendant la transat. On est aussi sur un projet qui continue après, donc l’idée, c’est de continuer à apprendre et de progresser pour l’année prochaine.

Tu t’inscris dans la continuité de ce projet ?
Oui, on va se partager la saison l’année prochaine avec Cédric, il y a un beau programme entre la Caribbean 600, la Transat anglaise, Québec Saint-Malo…

“Je ne venais pas pour
faire 15e sur la Solitaire”

 

Revenons maintenant sur la Solitaire du Figaro Paprec dont tu as pris la 15e place, quel sentiment prédomine ?
Je suis carrément déçu du résultat. Après, je trouve que j’ai plutôt bien navigué, j’étais dans le coup au début des trois étapes, mais je n’ai pas réussi à les terminer aussi bien, il m’a manqué un peu de réussite. Clairement, le fait de prendre quinze heures sur la deuxième étape rendait la mission impossible au général sur la troisième. C’est sûr que je ne venais pas pour faire 15e, c’est difficile à encaisser parce que je m’étais bien préparé, j’arrivais dans un bon état d’esprit et j’avais le projet pour performer. Maintenant, ce n’est pas la première fois que ça arrive à des favoris sur la Solitaire, d’ailleurs, ceux qui finissent sur le podium ont tous terminé au-delà de la 10e place l’année dernière.Cette deuxième étape, ce n’était qu’une question de réussite ?
C’est difficile à dire. Mais clairement, au début, on a 30 milles d’avance avec Alexis (Loison) sur la plupart des favoris, on s’imaginait alors déjà sur le podium car ça commençait à faire. Et puis, manque de bol, on s’est retrouvés arrêtés à une pointe à l’ouest de l’Angleterre. On ne va pas refaire l’histoire, mais elle est complètement différente si on passe cette pointe, on a manqué de réussite à ce moment-là. Car derrière, ils sont arrivés avec des conditions différentes, d’autres choix se sont offerts à eux, ils en ont profité. C’était un renversement de situation incroyable, ce n’est pas facile à vivre d’avoir 30 milles d’avance le soir et 20 de retard le lendemain matin…Les dernières heures avant l’arrivée à Roscoff ont dû être particulièrement pénibles ?
Oui, on passe par toutes les émotions. C’était vraiment difficile, parce que les premiers sont arrivés à passer la ligne avec les dernières bouffes d’air, et derrière, zéro nœud ! On a mis 15 heures pour faire 15 milles. Au début, on se disait qu’on allait arriver le soir et prendre 2-3 heures, et finalement, on y a passé la nuit pendant que les autres étaient en train de se reposer pour l’étape 3. A l’arrivée, tu sais que c’est terminé, il m’a fallu un peu de temps pour digérer. 

“Il faut que les tricheurs
soient sanctionnés”

 

Le jury a exclu Benoît Tuduri puis Pierre Daniellot pour de la triche avérée, comment l’as-tu appris et comment as-tu réagi ?
C’est Jeanne Grégoire (directrice du pôle Finistère de Port-la-Forêt) qui me l’a dit un peu avant la remise des prix. Au début, j’étais hyper surpris, même si c’est vrai qu’on entendait quelques doutes chez certains. C’est vraiment dommage, parce que ça abîme l’image de la Solitaire et tout le travail des autres concurrents. Surtout, ça vient voler des victoires à certains. C’est super que les arbitres aient pu mettre ça à jour, j’espère que ça dissuadera d’éventuels tricheurs par la suite. Il y a toujours eu sur le circuit un peu de triche matérielle, mais des cas comme ça, je ne pense pas que ce soit déjà arrivé, ou alors, ça ne s’est jamais su. C’est très grave, d’autant que c’était prémédité.Il faut que ce soit sanctionné par la Fédération ?
Oui, parce que ceux qui ont fait ça une fois, qu’est-ce qui te dit qu’ils ne recommenceront pas et qu’ils ne l’ont pas fait avant ? S’ils ne s’étaient pas fait attraper, ils auraient sans doute continué. Vis-à-vis des autres concurrents, de la course, il faut que ce soit sanctionné, les règles, c’est pour tout le monde.Quelle est la suite du projet Figaro pour toi ?
C’était ma dernière année, c’est pour ça que j’avais envie de bien faire sur la Solitaire, même si la saison reste globalement positive. Il y a les sélections Région Normandie en octobre à Cherbourg pour le prochain skipper, je vais faire partie du jury et je pourrai aider le vainqueur s’il me le demande, comme l’a fait Alexis (Loison) pour moi. A priori, je ne serai pas là en 2024, je n’ai ni bateau, ni financement pour ça, et je serai assez occupé avec le projet Class40. Mais c’est sûr que j’aimerais revenir prochainement, je n’ai pas terminé mon histoire avec cette course qui reste incroyable et géniale à vivre.

 

Photo : Jean-Marie Liot

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