Martin Le Pape et Pierre Quiroga, skippers des Figaros Beneteau 3 Macif - Saison 2019 - 1ere navigation a Port La Foret le 07/02/2019

Le Figaro 3 s’annonce technique et physique

Depuis le 7 janvier dernier, 49 exemplaires du nouveau Figaro Bénéteau 3 ont été livrés à leurs propriétaires. Plus d’une trentaine naviguent aujourd’hui, concentrés entre Lorient, Port-la-Forêt et Saint-Gilles Croix-de-Vie, où nombre de skippers préparent la première épreuve de la saison, la Sardinha Cup (26 mars-13 avril). Tip & Shaft a recueilli les premiers retours de plusieurs marins (Loïck PeyronFabien DelahayeNicolas LunvenAdrien Hardy), mais aussi de Christian Le Pape, patron du Pôle Finistère course au large de Port-la-Forêt, de Tanguy Leglatin, qui dirige le groupe d’entraînement au sein de Lorient Grand Large, et d’Etienne Saïz, coach du Team Vendée Formation.

 

« On est comme des enfants à Noël qui découvrent leur nouveau jouet ». Avec son sens de la formule, Loïck Peyron résume l’état d’esprit des marins qui, depuis la mi-janvier pour les premiers servis, naviguent sur le nouveau Figaro 3 et apprennent à en découvrir les subtilités… mais également les problèmes de jeunesse. « On est tous en phase d’apprentissage et de fiabilisation de la mécanique, ce qui n’est pas si simple parce que c’est un bateau de série », poursuit le skipper d’Action Enfance.

 

Christian Le Pape abonde : « C’est un joli bateau avec des problèmes de jeunesse en termes de finition, mais ce sont des problèmes périphériques, qui concernent les bout-dehors, les réglages des foils, des drisses qui frottent. Ça va demander de l’optimisation et un peu de temps au chantier ». Plus embêtant selon l’intéressé : « La plupart des skippers du Pôle ont fait scanner leur bateau, ils n’ont pas noté de différences majeures au niveau des alignements des appendices, en revanche certaines carènes sont plus ou moins bosselées. Pour l’instant, on ne peut pas y toucher, mais la classe va devoir trouver des solutions, parce que certains auront du mal à admettre le fait d’avoir une carène moins performante. »

Pour ce qui des performances du bateau, les skippers interrogés sont d’accord : le Figaro 3, avec ses foils, son absence de ballasts, son voile de quille très fin et sa carène plus ventrue, ne s’annonce pas facile à faire marcher au près« C’est très léger et comme il n’y a pas de ballasts, ça manque un peu d’inertie, il va sans doute falloir se bagarrer un peu plus et barrer plus souvent en fonction de l’état de la mer », confirme Loïck Peyron. Fabien Delahaye, qui navigue avec Charles Caudrelier au sein du Hub by OC Sport, ajoute : « Les relances en sortie de virement s’appréhendent différemment que sur un bateau plus classique comme l’était le Figaro 2, il faut trouver de l’accroche dans les appendices, aller chercher de la vitesse, c’est un savant mélange qu’il va falloir trouver. »
Aux allures de reaching et de portant, le plan VPLP s’avère en revanche plus performant et plus stable que le Figaro 2 : « Le bateau est moins lourd sur l’eau, il accélère beaucoup plus rapidement, il est beaucoup plus réactif, c’est appréciable », note Etienne Saïz« Je pense qu’au reaching, à 120-130 degrés du vent, le bateau peut être plus rapide de l’ordre de 15%, avec des moyennes à 14-15 nœuds », estime quant à lui Tanguy Leglatin, tandis que Fabien Delahaye ajoute : « On a dû atteindre 20 noeuds dans 25-30 nœuds de vent à des angles à 120-125 sans se sentir en danger. Ce sont des vitesses élevées qu’on ne voyait pas en Figaro 2 ou alors dans des surfs en mode un peu survie, c’est dû au fait que le foil aide à cabrer le bateau et qu’il y a plus de volume. »
Impression confirmée par Christian Le Pape : « Au reaching à 16-17 nœuds, le bateau est « paisible », et sous spi, il est véloce tout en étant très stable, il faut vraiment y aller pour faire un départ au tas. En revanche, il est extrêmement bruyant au-dessus de 12 nœuds, parce qu’il vibre beaucoup. » Adrien Hardy, qui a navigué avec Thomas Ruyant, reste  quant à lui un peu sur sa faim : « Je trouve que les performances du bateau et les sensations sont un peu décevantes, par rapport à ce qu’on peut vivre sur d’autres bateaux, type Mini ou bateaux plus grands. »
Figurant parmi les grandes nouveautés du Figaro 3, les foils laissent certains circonspects, comme le même Adrien Hardy : « Les foils ne servent pas beaucoup. Dans les réglages, on essaie plus de les effacer, de faire en sorte qu’ils nous gênent le moins possible, plutôt que de faire en sorte qu’ils nous aident. En fait, ils vont servir au-delà de 25 nœuds de vent, des conditions rares, sachant que le vent moyen sur la Solitaire est de 15 nœuds ». Pour Etienne Saïz, l’un des enjeux est d’apprendre à utiliser ces foils dans un mode autre que sustentateur : « Tant qu’on est en-dessous de 10 nœuds, ça reste des dérives plutôt que des foils. Après, je pense qu’on va se rendre compte qu’ils sont quand même bien déterminants sur des phases bien particulières qu’on n’a pas encore élucidées. »

Autre nouveauté majeure du Figaro 3 par rapport à son prédécesseur, le jeu de voiles : le remplacement des spis symétriques du Figaro 2 par des asymétriques plus grands (121 m2 contre 85 pour le grand spi) et l’ajout d’un gennaker devraient permettre d’ouvrir le jeu, d’autant qu’il apparaît d’ores et déjà que les différentes voileries sollicitées ont opté pour des choix assez tranchés entre voiles polyvalentes et plus typées. Une ouverture qui réjouit Adrien Hardy : « Le gennaker et le petit spi – qu’on n’utilisait peu en Figaro 2 – sont de vraies avancées qui vont engendrer des stratégies et des choix de route plus différents que sur le Figaro 2 où les trajectoires étaient très rectilignes. »

Conséquence : quelques choix cornéliens à venir, aux dires de Nicolas Lunven, qui disputera la Sardinha Cup sous les couleurs d’Oman Sail avec un marin omanais : « Le spi asymétrique fait que tu ne peux pas descendre très bas vent arrière, ça veut dire que quand tu vas avoir des bords de portant VMG, là où un empannage ne créait que 30 ou 40 degrés d’écart de route de différence entre deux Figaro 2 sur des bords opposés, là, ça va en faire 60 ou 80, c’est conséquent, ça fera réfléchir. » Etienne Saïz se montre de son côté plus circonspect quant aux conséquences sur la stratégie du nouveau jeu de voiles : « Le gennaker ouvre le champ des allures, mais je ne crois pas une seconde à plus de jeu. Dès qu’ils vont s’apercevoir qu’un mec a un range où il se gave, ils vont tous vouloir la même chose que lui, ça va plus se jouer sur des petits réglages fins.« 

 

Le rendement du Figaro 3, jugé par tous « plus subtil et plus technique« , dépendra en effet beaucoup, aux dires de nos experts, de la capacité des marins à trouver les bons réglages, ce qui signifie énormément de temps à faire ses gammes. « Le bateau demande beaucoup de précision et de concentration parce qu’on zigzague assez facilement, ça va nécessiter des heures à la barre », confirme Adrien Hardy, tandis que Fabien Delahaye souligne : « C’est une barre très douce, mais le manque de sensations rend la conduite délicate, c’est dur de sentir si on est dans vrai ou dans le faux ». Tanguy Leglatin résume : « C’est un bateau qui va valoriser les bons régleurs et les bons barreurs« .

 

Mais aussi les marins qui perdront le moins de temps dans les manœuvres, un aspect qui aura également son importance sur un bateau jugé dur physiquement, ce qui fait dire au même Tanguy Leglatin : « Je pense que malheureusement, pour les filles en solitaire, ça va être assez dur, entre la manipulation du génois qui est assez lourd, pas mal de frictions dans les drisses et le grand spi qui, à l’envoi, génère beaucoup de risques ». Loïck Peyron confirme : « Ça va être compliqué avec les spis asymétriques qui traînent par terre, on en a déjà vu pas mal dans les foils, qui, à la moindre erreur, n’attendent que de mâcher du tissu. Peut-être que ça justifiera d’avoir des chaussettes de spi, ce qu’on n’a jamais vu en Figaro ». Dernier aspect mis en avant par certains : le plan de pont assez pénalisant pour les grands gabarits, avec des winches très bas situés sur les côtés et pas de winch de roof. « Manœuvrer le bateau ne va pas être si simple que ça, ce sera aussi être un des critères à prendre en compte cette année, annonce Tanguy Leglatinla perte à la manœuvre va coûter. »

 

Crédit photo : Alexis Courcoux/Macif

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