Les Figaro Bénéteau 3 à Concarneau avant le départ de la Transat en double

Qui va gagner la Transat en double Concarneau-Saint-Barthélémy ?

Le départ de la Transat en double Concarneau-Saint-Barthélémy est donné dimanche à 15h. Comme avant chaque grande course, Tip & Shaft vous propose un état des lieux des forces en présence en compagnie de plusieurs experts. Ont ainsi accepté de se livrer au petit jeu des pronostics Jeanne Grégoire, coach au pôle Finistère de Port la Forêt (et trois podiums sur la course), Tanguy Leglatin, entraîneur à Lorient, Paul Meilhat, vainqueur en 2014, les figaristes Xavier Macaire et Achille Nebout (qui ne participent pas à la course), Christian Ponthieu, coordinateur de la classe Figaro Beneteau 3, ainsi que les journalistes Philippe Eliès (Le Télégramme) et Martin Couturié (chef des sports au Figaro).

Ils seront 36 marins à s’élancer dimanche de Concarneau, dont 3 femmes, 5 étrangers, 17 bizuths et un seul ancien vainqueur, Fabien Delahaye (2010 avec Armel Le Cléac’h). Au moment de faire le tableau des forces en présence mardi dans notre podcast Pos. Report, le directeur de course Francis Le Goff confiait : “Pour moi, 14 ou 15 duos peuvent gagner.”

Sans aller jusque-là, les experts que nous avons consultés estiment que les jeux sont ouverts : “C’est plus facile de donner ceux qui n’ont aucune chance que ceux qui peuvent gagner”, résume Philippe Eliès. Martin Couturié ajoute : “C’est une transat toujours extrêmement compliquée à gagner, parce que beaucoup de paramètres entrent en jeu et encore plus cette année avec le nouveau bateau.”

Effectivement, tous ceux que nous avons interrogés s’accordent à dire que le Figaro Beneteau 3, lancé en 2019 et dont ce sera la première transat, va sans doute changer la donne. D’abord d’un point de vue stratégique : “Le fait d’avoir un spi asymétrique ouvre beaucoup les angles. Dans l’alizé, au portant sous spi à tirer des bords, il va y avoir pas mal d’écart en latéral et potentiellement de grosses différences de vitesse entre les bateaux”, explique ainsi Achille Nebout.

Tanguy Leglatin ajoute : “C’est un bateau qui demande beaucoup de précision dans son mode d’utilisation, car il est très sensible aux variations de pression, avec des accélérations et décélérations assez importantes. Si on a des alizés assez instables, beaucoup de nuages et de grains, il y aura des rebondissements.”

 

Encore dans une phase d’apprentissage

Assistera-t-on à des options stratégiques très tranchées lors de la traversée proprement dite entre routes sud et nord, comme c’est parfois arrivé par le passé ? “C’est souvent la route sud qui paie et je pense que ça sera d’autant plus vrai avec le bateau qui va 2-3 nœuds plus vite au portant. Pour moi, il y a 80-90% de chances qu’elle soit privilégiée”, répond Xavier Macaire, récent vainqueur de la Sardinha Cup.

“Il peut y avoir des écarts de route plus importants, mais le gros bémol, c’est qu’on reste sur une classe où les gens ont tendance à beaucoup se regarderajoute Christian Ponthieu. En plus, il n’y a pas Adrien Hardy ! Corentin (Douguet) peut faire des trajectoires un peu différentes, il l’a montré sur la Sardinha Cup, mais globalement, il y a moins de gros attaquants et plus de gagne-petits, surtout chez les jeunes qui viennent du petit bateau et ont l’habitude de naviguer en flotte.”

Tanguy Leglatin rappelle quant à lui que les marins sont encore dans une phase d’apprentissage, surtout sur un exercice, la transat, qu’ils n’ont jamais encore pratiqué sur le support : “On va peut-être voir des choses assez différentes par rapport à ce qu’on a constaté jusqu’à maintenant. Aujourd’hui, il y a un certain consensus sur les formes de voiles, mais il n’y a pas encore de méthodologie bien calée sur l’utilisation du bateau. Les plus prompts à comprendre comment fonctionne l’ensemble stratégie/mode de conduite du bateau dans l’alizé vont sortir du lot.”

 

“Ils vont devoir accepter de se mettre dans le dur et dans l’inconfort”

Autre paramètre à prendre en compte selon nos experts, l’exigence d’un support bien plus engagé que son prédécesseur“Ça va être dur, humide, musclé, ils vont s’en prendre plein la gueule et on constate d’ailleurs que les premières casquettes sont apparues pour protéger la descente. Quand j’ai demandé cette semaine à Yann Eliès si ça allait ressembler à de l’Imoca, il m’a répondu oui, mais en décapotable !” rigole Martin Couturié.

“Le fait d’envisager une vie à bord « confortable » pour rester lucide et performant va être un vrai paramètre, on a plus parlé de faire attention aux mains, aux écorchures, aux boutons sur les fesses qu’à l’époque du Figaro 2″, raconte quant à elle Jeanne Grégoire. Achille Nebout promet d’ailleurs de longues heures de barre aux 18 binômes : “Au vent arrière sous spi, le pilote peut s’en sortir en-dessous de 20 nœuds de vent, même s’il est moins performant. Au-dessus, c’est impossible de lâcher la barre, donc ça va être très exigeant pour les équipes si les alizés sont soutenus.”

Xavier Macaire confirme : “On a eu 25-30 nœuds sous spi lors de la Solo Maître CoQ, on ne peut pas lâcher la barre, on est sous l’eau, toujours sous tension, avec la peur que le bateau parte au lof et que le safran décroche. Ils vont vivre ça pendant de longues périodes et même s’ils sont à deux, il ne faut pas imaginer que c’est reposant pour autant. Ceux qui veulent gagner vont devoir aller au bout d’eux-mêmes, accepter de se mettre dans le dur et dans l’inconfort.”

Paul Meilhat s’interroge de son côté sur l’aspect mécanique : Tout le monde dit que le bateau est désormais solide, j’attends de voir. Il ne faut pas oublier qu’il n’a jamais navigué plus de quatre jours et les bords de portant de plus de 24 heures doivent se compter sur les doigts d’une main depuis le début du Figaro 3.”

 

L’expérience en tête

Compte tenu de tous ces paramètres, quels sont les favoris de nos experts ? 7 des 18 tandems en lice sont cités sur le podium. Celui qui l’est le plus souvent (7 fois sur les 8 interrogés, 2 sur la plus haute marche) et qui remporte les suffrages est celui de Groupe Gilbert (Fabien Delahaye et Anthony Marchand). “Les deux ont de l’expérience, Fabien a déjà gagné, ils connaissent bien le bateau, se sont bien préparés dans leur coin, on sent qu’ils ont envie d’aller faire une perf”, résume Christian Ponthieu.

Pour beaucoup, l’expérience est un atout majeur sur une telle course : “Ça t’aide à mieux appréhender les phénomènes météo sur le long terme, à mieux gérer les grains, notamment de nuit ; quand tu connais déjà, tu as les bons réflexes, alors que quand tu découvres, tu as vite fait de partir à la faute”, estime ainsi Achille Nebout.

C’est notamment pour ça que sur la deuxième marche de notre podium (6 citations, une à la première place), figure le duo Martin Le Pape/Yann Eliès, un Yann Eliès dont Francis Le Goff disait dans Pos. Report : “C’est une valeur sûre en double, il suffit de regarder ses victoires quand il est venu appuyer un skipper, comme sur la dernière Transat Jacques Vabre.” Martin Couturié met quant à lui en avant la grosse motivation des deux marins : “Ils jouent assez gros sur cette course, parce qu’ils ont tous les deux le même rêve de Vendée Globe 2024. Notamment Martin qui est à un moment-clé de sa carrière : s’il veut avancer, il faut qu’il ait enfin un bon résultat.”

 

Laperche/Berrehar, l’atout vitesse

Notre podium est complété par deux marins moins expérimentés (5 citations, 2 fois premiers), Tom Laperche (23 ans, première participation) et Loïs Berrehar (27 ans, deuxième). Un duo dont Philippe Eliès dit : “Tom n’est pas vraiment un bizuth, parce qu’il a déjà fait une Jacques Vabre en 40 pieds, et puis, rien ne lui fait peur, c’est une machine à gagner, il est câblé pour aller loin. Il a un vrai sens de la glisse et un feeling à la barre dingue. Quant à Loïs, on l’a vu sur la dernière Solitaire, il va très vite dans la brise.”

Jeanne Grégoire estime également que le relatif manque d’expérience des deux jeunes skippers n’est plus un handicap : “Ils pouvaient être un peu juniors sur certaines prises de décision, mais ils ont vraiment bossé le sujet, et ils vont vite ! On entend certains coureurs parler de chercher la bonne voile ou un petit réglage pour aller plus vite, alors que parfois, c’est juste un ou deux degrés d’angle en conduite qui fait la différence, Tom et Loïs sont particulièrement bien armés là-dessus.”

Derrière ce trio, deux autres tandems sont cités sur la plus haute marche du podium : Pierre Leboucher/Thomas Rouxel à deux reprises, et Elodie Bonafous/Corentin Horeau une fois. “Pierre est un très bon technicien et Thomas apporte son expérience du large, c’est sur ce format qu’il s’exprime le mieux, c’est en plus quelqu’un qui aime bien la glisse au portant”, commente à propos des premiers Paul Meilhat. Qui ajoute : “Je mettrais bien Elodie et Corentin en outsiders, on oublie parfois un peu l’aspect bonne entente de l’équipage, là, je trouve que ça fonctionne bien, j’ai l’impression qu’ils arrivent avec ce petit truc en plus.”

Les deux autres duos cités à une reprise sur le podium sont Gildas Mahé/Tom Dolan et Pierre Quiroga/Erwan Le Draoulec“Pierre est un marin qui sent bien le bateau, quant à Erwan, il a un côté un peu bourrin mais très efficace, il est capable de passer huit heures à la barre sans bouger, explique Philippe Eliès. C’est comme ça qu’il a gagné la Mini Transat : pendant que tout le monde prenait un ris et dormait la nuit, il attaquait à la barre comme un malade”.

Le top 5 de nos experts : 1. Fabien Delahaye/Anthony Marchand (Groupe Gilbert), 2. Martin Le Pape/Yann Eliès (Gardons la vue-Fondation Stargardt), 3. Tom Laperche/Loïs Berrehar (Bretagne CMB Performance), 4. Pierre Leboucher/Thomas Rouxel (Guyot Environnement-Ruban Rose), 5. Elodie Bonafous/Corentin Horeau (Bretagne CMB Océane)

Photo : La Transat en Double

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