La saison de GC32 reprend au Portugal

Le GC32 Racing Tour veut redécoller

Après une année blanche due au Covid, le GC32 Racing Tour reprend la semaine prochaine avec la première des quatre épreuves de la saison, à Lagos (Portugal). Six équipes sont sur la ligne de départ, une participation plus faible que les années précédentes, mais qui devrait se renforcer en cours de saison. Tip & Shaft fait le point sur ce circuit où se retrouvent propriétaires et professionnels.

Circuit pionnier en matière de foiling, le GC32 Racing Tour, lancé en 2015, attaque à Lagos sa sixième saison au sortir d’une année 2020 blanche, malgré les tentatives de son directeur, Christian Scherrer, de sauver ce qui pouvait l’être. “On a essayé d’organiser deux événements, à Lagos et sur le lac de Garde, mais avec la limitation des voyages internationaux, on n’allait pas faire une épreuve à trois bateaux, du coup, on a annulé. Ça a été forcément une année compliquée, on a passé notre temps à faire des plans B et C, cela a été beaucoup de travail pour finalement ne pas courir.”

Annoncé en décembre dernier, le programme la saison 2021 a lui aussi dû être revu : “On aurait dû commencer plus tôt, en avril à Port-Camargue, puis faire un deuxième événement à Riva del Garda, mais on a été de nouveau obligés de réajuster le planning. Nous avons essayé d’être pragmatiques et de faire quelque chose de plus simple et de plus concentré, avec l’objectif aussi de ne pas dépenser trop d’argent car l’année dernière a été compliquée”, poursuit le Suisse.

La saison comprendra ainsi quatre événements (contre cinq habituellement), les deux premiers à Lagos, au Portugal (30 juin-4 juillet et 28 juillet-1er août), le troisième, le championnat du monde, en septembre à Villasimius (Sardaigne), le quatrième en novembre sur le lac salé de Mar Menor, au sud de Murcie (Espagne).

 

Entre 300 000 et 500 000 euros de budget pour la saison

Le budget global du GC32 Racing Tour, de l’ordre, selon Christian Scherrer, de 500 000 euros (sans les apports en nature et en services des villes), est financé par les droits d’inscription : 10 000 euros par événement, donc 40 000 cette année pour les équipes qui font tout le circuit. Mais également par les villes, même si cette contribution sera cette année sans doute un peu réajustée : “Normalement, il y a un « venue fee » de 60 000 euros et des services, mais dans le contexte actuel, c’est difficile de demander quelque chose aux villes qui ont forcément d’autres priorités”, explique l’organisateur.Pour les teams participants, mélange de propriétaires et de professionnels, Christian Scherrer évoque un budget de fonctionnement annuel “de 300 000 à 500 000 euros”, sachant qu’un GC32 d’occasion se négocie entre 150 000 et 200 000 euros, aucune construction n’étant d’actualité. Une fourchette plus ou moins confirmée par les équipes que nous avons interrogées : chez Alinghi, il se monte à 320 000 euros “hors salaires” ; chez les jeunes de la Swiss Foiling Academy, il est plus modeste, de “300 000 francs suisses” (275 000 euros) selon le co-skipper Julien Monnier ; pour le Black Star Sailing Team, équipe suisse lancée en 2019, son patron Christian Zuerrer (11 participations au Tour Voile) estime les dépenses à environ 400 000 euros pour l’année.

Des équipes qui, pour l’ouverture de la saison, sont au nombre de six (il existe 27 bateaux dans le monde), comme en 2019. C’est cependant moins qu’en 2018 (7 sur l’intégralité de la saison), qu’en 2017 (9) et qu’en 2016 (11). “C’est une petite flotte, mais c’est une bonne baserelativise Christian Scherrer. A cause des restrictions de voyage, ce ne sont que des équipes européennes, mais sur la deuxième partie de la saison, surtout pour le Mondial, on devrait avoir les Américains (Argo), des Australiens, les Suisses de Team Tilt, et sans doute deux ou trois autres – je pense qu’on devrait arriver à dix bateaux au Mondial.”

 

Sébastien Rogues : “J’y ai largement trouvé mon compte”

Absent cette saison, Sébastien Schneiter, champion du monde 2018 sur Team Tilt (Alinghi a été sacré en 2019), confirme sa probable venue à Villasimius : “Cette année, comme on participe aux Jeux en 49er (avec Lucien Cujean), ce n’était pas possible de participer au circuit, mais on espère se présenter au championnat du monde. Le GC32 reste un bon support avec des bateaux simples, d’excellentes équipes, une bonne visibilité pour les sponsors et la possibilité d’amener des invités sur chaque journée de compétition.”Effectivement, malgré son âge (il a été lancé en 2014), le GC32 reste un bateau attractif aux yeux de tous ceux qui restent fidèles au circuit. “Par rapport aux nouveaux supports, il a encore une belle carte à jouer, on l’appelle notre mobylette ! estime ainsi Thierry Fouchier, en charge du réglage de la grand-voile au sein de l’équipage de Zoulou, mené par un « owner-driver », Erik MarisCest vraiment un bateau sympa et assez complet, on est tous au rappel dans les sangles, c’est bien physique et ça demande beaucoup de coordination dans les manœuvres. Quand tu rentres le soir, tout le monde a la banane.”

Ex du circuit sur lequel il a passé trois ans sous les couleurs d’Engie, Sébastien Rogues, aujourd’hui à la barre de l’Ocean Fifty Primonial, ne tarit pas d’éloges sur le bateau et le tour : “En termes d’adrénaline, de technique et surtout d’apprentissage du vol, ce qui était pour nous l’objectif prioritaire de notre entrée en GC32, j’y ai largement trouvé mon compte. Les bateaux sont hallucinants, ça nous arrivait d’être à 35 nœuds au portant à essayer de faire notre lay-line. On peut penser de l’extérieur que c’est un circuit de propriétaires, mais le niveau est énorme.”

“Ce que j’apprécie en GC32, c’est le côté « one design » strict, c’est du sport direct, c’est le team qui fait la différence, pas la taille ou la technologie du bateau”, ajoute de son côté le Suisse Christian Zuerrer. Son compatriote Nils Frei, désormais coach chez Alinghi après avoir fait partie de l’équipage depuis les débuts du team en GC32 en 2015, abonde : “C’est un bateau qu’on apprécie beaucoup, celui sur lequel on a appris à foiler ensemble au sein de l’équipe. Il est sain, rapide, fun et simple à mettre en place, tu ne passes pas beaucoup de temps de montage et démontage. Et surtout, il permet de faire de la régate de bon niveau, il n’y a pas tant d’épreuves que ça aujourd’hui sur le circuit foiling.”

 

Trois équipes suisses sur six

Comme Zoulou, Alinghi cumule cette année GC32 Racing Tour et TF35 Trophy, deux circuits qui essaient de ne pas se marcher sur les pieds pour permettre des passerelles : “ll y a des discussions entre les deux classes qui se mettent d’accord au niveau calendrier”, confirme Nils Frei. Qui estime en outre que les deux sont complémentaires : “Ce sont deux concepts de vol assez différents, mais on peut apprendre des choses sur l’un qu’on peut appliquer sur l’autre et inversement. Ça reste deux bateaux à foils qui vont vite et où la communication est extrêmement importante.” Thierry Fouchier ajoute : “Les deux supports sont complémentaires par la cohésion qu’ils nécessitent, par contre, le TF est un nouveau concept avec un bateau qui vole au près très tôt et un système de vol automatique ; en GC32, la partie vol et assiette est réglée manuellement, il y a plus d’humain et de feeling.Parmi les six équipes en lice cette saison, trois sont d’ailleurs suisses (Alinghi, Swiss Foiling Academy, Black Star), un hasard ? Le foiling s’est vraiment beaucoup développé en Suisse, répond Nils Frei. Nos plans d’eau, avec pas trop de vagues sur les lacs et des conditions thermiques qui permettent aux bateaux de voler assez tôt, sont bien adaptés. Les gens ont vu évoluer les GC32, ils ont été impressionnés et y ont pris goût, comme Realteam, Tilt, Black Star maintenant.”

Et Swiss Foiling Academy, le petit Poucet de la saison 2021, qui arrive avec un projet tourné vers les jeunes et la mixité : “On a monté une école de bateaux volants pour transmettre nos savoirs à des jeunes qui n’ont pas forcément les moyens d’accès à ce type de bateaux et pour faire émerger de nouveaux talents, explique Julien MonnierL’idée, à la base, était de fournir un réservoir d’équipiers pour les TF35, mais comme les budgets sont assez élevés, on s’est dit qu’avant de les amener sur de telles machines, il fallait leur apprendre à naviguer sur des bateaux 100% manuels, ça nous a amenés au GC32, le modèle au-dessus du Flying Phantom, sur lequel on a débuté l’école. On veut rester le plus longtemps possible sur le circuit, c’est vraiment une belle opportunité de se frotter à des équipes professionnelles, comme Alinghi ou Red Bull.”

 

Un bateau à faire évoluer ?

Nouveaux venus cette saison, les Danois de Team Rockwool Racing, engagés sur le circuit SailGP, s’appuient également sur le GC32 Racing Tour pour multiplier leurs heures de vol, comme l’explique leur skipper Nicolai Sehested à Tip & Shaft “Pour nous, le GC32 Racing Tour est l’occasion idéale d’affiner nos compétences en matière de foil sur un bateau rapide et, surtout, de nous mesurer à d’autres équipes et marins de haut niveau dans des conditions de course. Comme nous faisons partie des équipes les plus récentes sur SailGP, nous savons bien que nous ne pouvons pas réduire l’écart nous séparant des meilleures sans en faire plus que les autres. Pour une équipe nouvelle comme la nôtre qui a une vision à long terme, le GC32 Racing Tour est une parfaite opportunité.”Que ne saisissent pas tous les teams de SailGP, à l’instar de l’équipe française, qui ne s’est pas penchée sur le sujet, selon son team manager Bruno Dubois : “Certains le font, comme Rockwool, peut-être les Espagnols parce qu’il va y avoir un événement chez eux, mais je trouve que c’est assez différent du F50 et beaucoup de gars préfèrent aller faire le championnat du monde de Moth sur le lac de Garde.”

Pour Thierry Fouchier, la solution pour attirer des équipes de F50 pourrait passer par une évolution du bateau : La seule chose qui manque à ce bateau, c’est de voler au près, c’est la mode maintenant, ça pourrait être une évolution naturelle pour permettre au bateau de rester dans le coup.”

Photo : Sailing Energy / GC32 Racing Tour

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