Jérémie Beyou vainqueur de la Vendée-Arctique-Les Sables d'Olonne

Ce qu’il faut retenir de la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne

Jérémie Beyou a remporté mardi 13 juillet la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne, au terme d’un haletant match à trois avec Charlie Dalin et Thomas RuyantTip & Shaft vous propose de tirer les enseignements de la course, avec le concours du directeur de course Jacques Caraës, d’Antoine Mermod, président de la classe Imoca, du spécialiste du routage météo Jean-Yves Bernot, du skipper Romain Attanasio (qui ne participait pas) et du journaliste Didier Ravon.

Les favoris ont tenu leur rang

Avant le départ, les experts que Tip & Shaft avait interrogés avaient pronostiqué un podium Beyou-Dalin-Ruyant, ils ont vu juste, ces trois-là ne s’étant pas lâchés tout au long des 2 807 milles de la course. « Le dernier mot est revenu à Jérémie à qui cette victoire fait sans doute beaucoup de bien. Il était très stressé avant, on sentait qu’il avait vraiment besoin de gagner par rapport à l’avance qu’il avait prise dans son projet et aux grosses modifications du dernier chantier », analyse Didier Ravon.

Le skipper de Charal a fait la différence dans le dernier bord de reaching, ce qui fait dire à Jean-Yves Bernot : « Jérémie était dans les conditions où son bateau va vraiment très vite, il a trouvé l’angle qui allait bien, il jouait sur son point fort, on le voit avec Thomas qui est juste derrière lui, il le lâche au train. » Romain Attanasio ose une comparaison : « J’ai parfois eu l’impression que Jérémie semblait un peu moins à l’aise à certaines allures, mais, finalement, le fait d’être ainsi mis en danger, ça a fait un peu comme Hulk, ça l’a énervé.« 

De l’avis de tous, le tiercé aurait très bien pu finir dans tous les ordres, tant les différences sont apparues ténues entre les trois tandems bateaux/skippers. « Jérémie est celui qui se sert le mieux de son bateau, parce que ça fait plus longtemps qu’il est dessus, Apivia me semble le plus « facile » à faire marcher, tandis que LinkedOut a vraiment de bonnes pointes de vitesse. On voit bien la patte d’Antoine Koch, il serait temps qu’on se rende compte de la valeur de ce mec, il a une très bonne compréhension générale du fonctionnement d’un foiler », note Jean-Yves Bernot.

Antoine Mermod ajoute à ce sujet : « Avec Antoine, Thomas a misé sur un plan de voilure très différent des autres avec des voiles plus petites et un spi. A certains moments, LinkedOut avait l’air beaucoup plus performant que Charal et Apivia ; à d’autres moins. Mais ça montre assez clairement que ces choix de voiles seront prépondérants sur le Vendée Globe. »

Des bateaux de plus en plus invivables

Si les trois premiers se posent clairement comme des prétendants à la victoire sur le Vendée Globe, tous nos experts s’interrogent sur leur capacité à tenir la cadence, tant les nouveaux foilers, mais aussi les plus anciens boostés avec des grands foils, sont infernaux dans les conditions de haute vitesse : « Il y a des moments où ils ne peuvent pas du tout bouger dans le bateau, commente Romain Attanasio. Ils ont eu des transitions qui leur ont permis de se relâcher et de sortir de leur siège, mais on va voir sur le Vendée comment ils vont faire si ça dure plusieurs jours, ça va être un sacré défi. C’est presque la première fois qu’un skipper va être obligé de ralentir parce qu’il ne peut plus supporter les conditions de vie à bord. »

Ce qui ne s’annonce, en plus, pas si évident, aux dires de Didier Ravon : « Il y a quatre ans, Armel avait finalement peu foilé dans le Sud, mais là, avec leurs grands foils, ils ne vont pas pouvoir les rétracter (à part Armel Tripon qui a cette possibilité sur L’Occitane). » Les marins accepteront-ils de lever le pied ? Cela sera assurément l’un des enjeux de ce Vendée Globe aux dires de Jean-Yves Bernot : « Ces bateaux ont l’air très exigeants : on voit bien que quand un mec roupille ou n’est pas complètement dessus, il perd vite 3 nœuds. Savoir gérer les moments de sommeil pour ne pas exploser en route va devenir un sujet principal. »

De quoi légèrement inquiéter Jacques Caraës : « Médicalement parlant, on peut passer de la « bobologie » à la fracture, il va falloir faire attention. » Le directeur de course du Vendée Globe s’inquiète aussi pour les bateaux : « La fiabilité reste un grand point d’interrogation, parce que plus les bateaux sont puissants, plus il y a de contraintes sur le mât. Il va falloir bien analyser ces efforts pour mettre le curseur où il faut sur une course aussi longue que le Vendée. »

Les écarts se creusent entre foilers ; un duo au-dessus chez les bateaux à dérives

La Vendée-Arctique a confirmé que les nouveaux foilers étaient nettement au-dessus en termes de performances, y compris au près, leur point faible jusqu’à présent. Si les écarts sont faibles entre les trois premiers et leurs poursuivants, cela est surtout dû à la météo qui a sans cesse permis aux poursuivants de revenir. « La marge est énorme, confirme Romain Attanasio. Dans 16 nœuds de vent, un foiler neuf va entre 28 et 30 nœuds, un bateau comme celui de Sam entre 23 et 26 nœuds, et le mien [plan Farr à dérives de 2007, NDLR] entre 17 et 19. »

Reste que les skippers évoluant sur des bateaux de générations précédentes équipés de grands foils ont montré qu’ils pouvaient être à l’affût pour le podium, avec, en fers de lance, Sam Davies, Kevin Escoffier, Boris Herrmann et, jusqu’à la casse de sa bôme, Isabelle Joschke. Qui a le plus marqué ? Les avis sont partagés : « Kevin sera un vrai client sur le Vendée Globe, d’abord parce que c’est McGyver, ensuite parce qu’il a une expérience incroyable et qu’il a montré qu’il apprenait très vite en solo », juge Didier Ravon, également « très agréablement surpris par Isabelle Joschke qui a fait une course fantastique ».

Sam Davies a aussi ses partisans, comme Jean-Yves Bernot – « C’est celle qui connaît le mieux son bateau, elle est vraiment stable sur ce qu’elle veut comme voiles et sur la façon de le faire avancer » – et Romain Attanasio, son compagnon : « On va dire que je ne suis pas objectif, mais je trouve qu’elle fait une course démente : elle part dans le paquet, comme elle le fait toujours, ensuite, elle ne fait pas d’erreurs, elle va vite et signe un dernier bord parfait. Tu lui mets un bateau neuf dans les mains, elle joue la victoire. » Enfin, le bateau de Boris Herrmann a confirmé être passé dans une nouvelle dimension avec ses nouveaux foils : « Sur le dernier bord, il allait très vite par moments », estime Antoine Mermod.

Sans surprise, les bateaux à dérives ont quant à eux joué dans la deuxième moitié de cette Vendée-Arctique, Maxime Sorel et Clarisse Crémer (11e et 12e) s’étant disputé le leadership après avoir longtemps rivalisé avec certains foilers. « Maxime n’a cessé de monter en puissance, tandis que Clarisse, pour sa première course en solitaire en Imoca sur un parcours assez exigeant, était largement dans le match, elle a fait très peu d’erreurs », commente Antoine Mermod. Pour Romain Attanasio, qui jouera dans ce groupe sur le prochain Vendée Globe, « le bateau de Clarisse reste la référence, je dirais presque que c’est un bateau à part.« 

Les absents attendus au tournant

Si la Vendée-Arctique permet de dessiner une première hiérarchie en vue du Vendée Globe, elle ne tient pas compte des absents ou de ceux qui ont abandonné prématurément. Tous ont bien sûr en tête Alex Thomson, mais pas seulement : « Il y a deux belles inconnues, c’est Nico Troussel qui a un bon bateau et une super équipe autour de lui, et L’Occitane (vite contraint à l’abandon), super intéressant avec un concept totalement différent », analyse Didier Ravon.

Le plan Manuard, avec le peu qu’il a montré, semble faire l’unanimité quant à son potentiel : « Il a l’air moins brutal et plus facile à faire marcher que les autres. Et Armel Tripon est un mec qui navigue très bien au large », résume Jean-Yves Bernot. Antoine Mermod ajoute : « A 65 degrés du vent dans 20 nœuds, L’Occitane était plus rapide que les autres, on a hâte de voir son parti pris architectural en confrontation avec les autres sur le Vendée Globe. » Rendez-vous est pris pour le 8 novembre.

Photo : François Van Malleghem/Imoca

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