Les foils s'imposent sur la classe Imoca, à commencer par le Vendée Globe

Imoca : ça s’affole côté foils

Ils étaient 7 foilers sur 29 au départ du dernier Vendée Globe en 2016, un sur deux à la Route du Rhum Destination Guadeloupe 2018, ils formeront près des deux tiers de la catégorie sur la prochaine Transat Jacques Vabre, cet automne. En moins de quatre ans, les foils sont devenus la règle en Imoca, mais ils restent encore largement du domaine de l’expérimentation. A moins d’une semaine du départ de la Bermudes 1000 Race, première course du calendrier Imoca Globe Series 2019, revue d’effectifs des tips et des shafts… par Tip & Shaft

Générations 1 et 2 : spontanées !
En matière de foils d’Imoca, les architectes les plus expérimentés sont sans conteste le cabinet VPLP et Guillaume Verdier. Ils mènent séparément leur barque depuis la dernière Coupe de l’America – les premiers ayant collaboré avec Artemis tandis que le second travaillait avec Emirates Team New Zealand – après avoir posé en tandem les bases du concept. C’était en 2015 : « Pour la génération 1, on cherchait à sustenter les bateaux en sachant qu’on serait pénalisés à certaines allures, explique Vincent Lauriot-Prévost. L’objectif de la génération 2 qui a immédiatement suivi [celle qui équipait le vainqueur du Vendée Globe 2016, NDLR], était de limiter la perte, notamment au près ».

Baptisée « Dali » cette génération aux moustaches en S a connu des variantes à la marge sur les six plans VPLP/Verdier qui ont depuis changé de mains mais pas d’appendices : Prysmian Group de Giancarlo Pedote (ex UCAR-StMichel), Maître Coq de Yannick Bestaven (ex Safran II), Bureau Vallée de Louis Burton (ex Banque Populaire VIII) – qui a annoncé construire une nouvelle paire de foils l’hiver prochain -, Newrest Arts & Fenêtres de Fabrice Amedeo (ex No Way Back), Malizia II-Yacht-Club de Monaco de Boris Herrmann (ex Edmond de Rothschild). Quant à Hugo Boss, qui était allé le plus loin dans les surfaces de foil avec des formes plus tendues, il devait montrer deux ans plus tard son écrasante supériorité au portant dans la Route du Rhum.

Dans cette deuxième génération de plans porteurs, il ne faut pas oublier ceux du Maître Coq de Jérémie Beyou (ex Banque Populaire VII, ex Foncia). S’il date de 2010, il a en effet bénéficié pendant l’hiver 2015-2016 de l’adjonction de foils dessinés par le Néo-zélandais Nick Holroyd (passé par Emirates Team New Zealand, Softbank Team Japan et désormais chez Ineos Team UK), avant d’être racheté après le Vendée Globe par le team Initiatives Cœur. Qui y a ajouté le réglage du rake (bascule du foil en incidence) en 2018, avant d’installer de nouveaux foils cet hiver (voir plus bas).

Charal et Hugo Boss : de la génération 3 à la génération 4
La génération 3, c’est celle de Charal, « le premier bateau dessiné autour de ses foils », dixit Vincent Lauriot-Prévost : les formes de coque y sont dictées par la réduction de la traînéeet le tilt de la quille (qui contrarie l’action des foils) a été revu à la baisse. Mis à l’eau à la fin de l’été dernier, Charal s’est révélé très démonstratif avec ses gigantesques foils coudés qui repoussent loin le tip, capable de se sustenter et d’accélérer très fort. Trop fort ? « La courbe d’apprentissage est longue, reconnaît Pierre-François Dargnies, directeur technique de l’équipe. Mais on a effectué une trentaine de sorties probantes depuis le Rhum et le bateau courra la Jacques Vabre avec cette paire de foilsPour le Vendée Globe, nous préparons déjà une V2. »

Ce sera donc la quatrième génération de foils en Imoca ! Son architecture, qui sera arrêtée en juin, s’appuiera sur la campagne d’acquisition de données (vitesse et charges) menée par Charal en partenariat avec VPLP. Elle reflètera aussi la philosophie du skipper. « Jérémie est un régatier et il est dans ses gênes de rechercher la polyvalenceexplique Lauriot-Prévost. De son côté, un Alex Thomson accepte de perdre plus volontiers à certaines allures pour gagner à d’autres. Les foils du prochain Hugo Boss ne ressemblent à rien de déjà vu. » Il faudra attendre l’entrée en scène du septième Imoca du Gallois, prévue début août lors de la Rolex Fastnet Race, avant la Transat Jacques Vabre en novembre, pour en savoir plus.

A noter que DMG Mori, le sistership de Charal, construit pour le japonais Kojiro Shiraishi chez Multiplast, sera, lui, doté de la version actuelle des foils de Jérémie Beyou pour le Vendée Globe. « Dont on recoupera peut-être une partie du shaft pour rendre le bateau moins fougueux », précise Vincent Lauriot-Prévost.

Initiatives Coeur frappe fort
Les foils d’Hugo Boss ne ressembleront à rien de déjà vu, nous promet VPLP… donc pas à ceux d’Initiatives Cœur, dévoilés la semaine dernière. Reste que les nouveaux et immenses plans porteurs de l’Imoca de Sam Davies, dessinés par Guillaume Verdier, sont eux aussi très typés « portant » : allongement important, implantation assez horizontale, tip très effilé – et quasi soupleà son extrémité -, donc peu d’antidérive. « Cette génération a été conçue pour être plus stable, démarrer plus tôt et permettre une utilisation à des angles plus abattus. La performance pure n’a pas de sens, il y a même des valeurs du VPP qu’on ne veut pas croire ! » explique David Sineau, manager du projet. Les foils d’Initiatives Cœur sont presqu’aussi larges que ses outriggers et la faible course du shaft complexifie l’amarrage au ponton… et limite probablement la possibilité de les effacer en navigation.

Le surcroît de masse (puits et structure compris) est annoncé comme supérieur au double du poids des foils eux-mêmes (sachant qu’un foil génération 2016 pèse entre 150 et 200 kg) « Cela provient aussi de la réparation de la coque qui a excédé la zone délaminée pendant la Route du Rhum car les foils changent l’assiette du bateau et décalent vers l’arrière les zones de slamming« , explique David Sineau. Coût de l’opération ? Non communiqué, mais avec le mât neuf qui sera implanté l’an prochain, l’ensemble des évolutions du bateau depuis 2018 aura coûté 1 million d’euros, selon le team manager d’Initiatives Coeur.

Quid des autres architectes ?
Si Charlie Dalin et Thomas Ruyant ont eux aussi fait appel à Guillaume Verdier pour leurs Imoca, Sébastien Simon a retenu Juan Kouyoumdjian (qui oeuvre également  pour le Corum de Nicolas Troussel). Sébastien Simon bénéficie du soutien de Vincent Riou qui avait déjà demandé à l’architecte franco-argentin de dessiner les foils de PRB pour la Route du Rhum « L’expérience acquise sur PRB et le feed-back de Vincent nous ont permis de caler nos outils de simulation numérique explique Juan K. Le problème des foils, c’est qu’il faut parvenir à intégrer la déformation de la structure à l’effort dans chaque cas, autrement, les simulations ne valent rien. »

De son côté, Sam Manuard, qui dessine son premier Imoca pour Armel Tripon, part d’une feuille blanche et s’appuie pour les simulations sur KND SailingPerformance qui a œuvré notamment sur la Volvo Ocean Race, la Coupe de l’America et les TP52. Sam reste évidemment discret sur les directions retenues : « Une chose est sûre, les foils ne seront pas petits et ils expriment une ambition de polyvalence car le Vendée Globe ne comprend pas que du portant dans la brise… »

Du côté des retrofits
L’an passé, Arnaud Boissières et Alan Roura s’étaient alignés sur la Route du Rhum à bord de deux Imoca de génération 2007 équipés de foils. Sur La Mie Câline, les foils rapportés chez Mer Agitée sont sortis des moules de ceux de Maître Coq (foils de Jérémie Beyou en 2016), adaptés aux spécificités du plan Owen-Clarke complètement remanié. Sur La Fabrique, le cabinet Finot-Conq a choisi une géométrie originale : en forme de virgule, les foils coulissent presque verticalement sur un faible rayon de courbure. Le tip est quasi horizontal en position haute et il se redresse au fur à mesure que l’on descend le foil.

Si leurs résultats lors de la Route du Rhum n’ont pas permis de conclure quant à l’efficacité de la formule sur ces plateformes (dont la masse reste élevée), les deux skippers conservent leur configuration cette saison et pour le Vendée Globe. De son côté, Isabelle Joschke a profité de l’arrivée de son nouveau partenaire MACSF pour équiper l’ex-Safran, premier du nom, de foils dessinés par VPLP, annoncés comme « moins extrêmes et plus conventionnels que ceux de Charal », explique Vincent Lauriot-Prévost. Très léger, assez fin de carène, il paraît tout indiqué pour trouver une nouvelle jeunesse avec ce surcroît de puissance. Son quasi sister-ship V and B (ex Le Souffle du Nord, racheté par Maxime Sorel) reste lui dans sa configuration d’origine. Mais rien n’interdirait son skipper (comme d’autres) de le modifier à l’issue de la Transat Jacques Vabre et de conserver les milles effectués auparavant dans son processus de qualification. Ce qui n’exclut donc pas des surprises possibles l’hiver prochainStéphane Le Diraison, le skipper de Time for Oceans (plan Finot-Conq 2007) prendra ainsi sa décision cet été.

Quelles évolutions dans le futur ?
Le coût habituellement avancé d’une paire de foils avec puits et systèmes varie de 500 à 600 000 euros HT. Voilà peut-être ce qui risque de freiner les évolutions futures. Car du côté de la jauge, rien, aujourd’hui, ne vient contraindre les appétits de performance pure. « Finalement, la seule limite, c’est de conserver le mât debout », résume avec humour Samuel Manuard. Le moment de redressement statique maximum pour lequel est calculé le mât peut en effet être allègrement dépassé en dynamique sous l’effet des foils.

De fait, entre les premières générations et les derniers appendices sortis, la surface a plus que doublé. L’exigence de qualité dans ces pièces composites que les architectes cherchent à toujours affiner renchérit leur coût. Et les spécialistes capables de réaliser ces pièces en autoclave, – comme CDK, Multiplast, Heol Composites, C3 Technologies ou Lorima -, ne sont pas si nombreux. « On pourrait arriver à des problèmes d’équité sportive par le coût et de monopoles dans la fabrication, anticipe Antoine Mermod, président de l’Imoca. Même si je pense qu’une convergence architecturale émergera à terme, nous réfléchissons dès maintenant à proposer au vote en mars 2020 un projet d’encadrement pour la jauge 2024. »

D’ici là, un Vendée Globe et une Ocean Race auront été disputées. Et un nombre gigantesque de données auront été accumulées. A quelle génération de foils sera-t-on rendu ?

Photo : Initiatives Coeur

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