L'Imoca Corum L'Epargne de Nicolas Troussel

Nicolas Troussel : « J’aimerais réussir à faire marcher Corum L’Épargne coûte que coûte »

Contraint à l’abandon sur le Vendée Globe 2020 suite au démâtage de Corum L’ÉpargneNicolas Troussel remet à l’eau en fin de semaine prochaine son Imoca, trois semaines avant le coup d’envoi de The Ocean Race Europe qu’il disputera avec Sébastien Josse, Benjamin Schwartz et Marie Riou. Tip & Shaft s’est entretenu avec le marin de Plougasnou.

Que retiens-tu de ta première campagne de Vendée Globe ?
C’était très intense, nous avons réussi dans un timing serré à faire une préparation qui a été optimum, même si c’est forcément dur d’employer ce terme a posteriori car, malheureusement, le Vendée Globe s’est terminé très vite. Pour ce qui est de la course, j’ai l’impression de ne pas avoir vécu la même chose que les autres, presque de ne pas avoir participé, et ça, c’est un manque. D’autant qu’à cela, s’est ajouté le fait qu’il n’y a pas eu le départ habituel, avec toute la foule aux Sables d’Olonne. Même si c’était fort à vivre émotionnellement, ce n’était pas un « vrai » départ de Vendée Globe. Aujourd’hui, la page est presque tournée, j’ai hâte de renaviguer pour réellement passer à autre chose.

Savez-vous exactement ce qui a provoqué le démâtage ?
On sait que le mât a tourné plus que prévu, la raison, ce serait qu’il y a eu un problème au niveau du bas hauban sous le vent, mais on n’a pas de certitude, on ne saura jamais exactement. Depuis, on a mis l’accent sur tout l’aspect alarmes et instrumentation du mât, qu’on avait mis un peu de côté jusqu’alors. On avait quand même pas mal tiré sur le bateau avant le Vendée Globe sans avoir le moindre signe avant-coureur d’un quelconque problème, mais j’aurais peut-être pu détecter quelque chose un petit peu avant si on avait eu des alarmes différentes pour ça.

Quels enseignements as-tu pu tirer sur les performances pures de ton bateau ?
Le Vendée était ma première confrontation en course avec d’autres Imoca, je n’ai pas eu l’impression d’avoir été collé, je n’ai pas eu non plus l’impression d’avoir été beaucoup plus vite que les autres. Mais comme c’était un peu court, j’ai hâte de faire le tour de l’Europe, je pense que j’en saurai un peu plus à la fin de la course sur le bateau. Aujourd’hui, on a des foils typés pour aller très vite du près jusqu’au reaching, pour ce qui est du VMG vent arrière, il faudra qu’on voie où on en est par rapport aux autres, parce que j’ai l’impression que tout le monde a des soucis à cette allure-là.

« Une nouvelle paire de foils en septembre »

Et quelles conclusions avez-vous tirées sur les performances des nouveaux bateaux ?
Nous sommes persuadés que les nouveaux foilers vont s’améliorer et être de plus en plus polyvalents, même si aujourd’hui, ce n’est pas le cas, ce qui a permis à des bateaux avec des petits foils ou à dérives de tirer leur épingle du jeu. Après, la météo a joué un rôle important, les casses aussi : si Hugo Boss n’avait pas cassé alors qu’il avait quand même de l’avance, si Charlie Dalin avait réussi à passer l’anticyclone de Sainte-Hélène, on ne tirerait pas forcément les mêmes conclusions. Aujourd’hui, on est tous encore loin d’avoir des formes de foils optimales, il faudrait pour cela pouvoir en changer plusieurs fois dans l’année. Comme on ne peut pas, ça prend du temps, mais je pense que ça va quand même s’améliorer dans les prochains designs et qu’on va réussir à trouver les bons équilibres pour avoir des vitesses moyennes plus élevées dans toutes les conditions.

Parle-nous de ce que vous avez fait sur Corum L’Épargne lors du chantier qui touche à sa fin ?
Nous avons renforcé le fond de coque sur la moitié arrière du bateau, on l’a retourné pour changer la mousse et refaire la peau extérieure, il a pris un peu de poids à ce niveau. On a aussi modifié un peu les angles de foils, on a refait les états de surface des foils. Et on aura une nouvelle paire de foils en septembre qui sera un peu différente. C’est quelque chose que nous avions prévu l’année dernière, notamment pour disposer d’une paire de rechange en cas de casse, mais aussi pour être plus performant dans les conditions où on arrive moins bien à faire fonctionner le bateau. On ne sait pas encore avec laquelle des deux on partira sur la Transat Jacques Vabre.

« Sébastien, c’était une solution performante et facile »

Une Jacques Vabre que tu disputeras avec Sébastien Josse, qui t’a accompagné l’an dernier, c’est un choix logique ?
Oui, ça s’est très bien passé sur l’eau et avec Corum. On se connaît depuis longtemps, puisqu’on a fait nos débuts en Figaro presque en même temps, on s’entend bien, on est sur la même longueur d’onde sur pas mal de points, c’était une solution performante et facile. Sébastien m’apporte beaucoup de maîtrise et de confiance et ça dépasse le cadre de la navigation, il connaît tous les aspects d’un tel projet, c’est pour ça qu’il est complètement intégré dans tous les choix que l’on fait, à la fois du point de vue de l’équipe et de la technique.

Vous avez justement choisi Benjamin Schwartz et Marie Riou pour vous accompagner sur The Ocean Race Europe, pourquoi eux ?
Benjamin, je voulais déjà travailler avec lui l’année dernière, ça ne s’était pas fait car il était sur d’autres projets. Là, il était dispo, c’est quelqu’un de très sérieux, sportif, il a montré sur la Solitaire qu’il avait des qualités en solo [premier bizuth de l’édition 2019, NDLR], c’est important car on ne navigue qu’à quatre à bord. Il a aussi un côté analyse de perf et électronique qui est intéressant, il cochait pas mal de cases. Quant à Marie, on a pris la fille qui nous semblait la meilleure sur le marché, sachant qu’elles ne sont malheureusement pas encore très nombreuses. Nous avons fait un peu de Figaro tous les deux l’hiver dernier, ça m’a donné vachement confiance en elle, je suis très content qu’elle nous rejoigne.

Avez-vous fait des aménagements spécifiques pour naviguer à quatre sur The Ocean Race Europe ? Et comment allez-vous vous organiser ?
On a surtout réfléchi à comment gérer l’espace pour qu’un ou deux puissent dormir en même temps, pour faire la cuisine… La vie à quatre sur ces bateaux est vraiment compliquée, à la fois dans le cockpit, parce qu’il n’y a pas réellement d’endroits pour s’asseoir ou de poste de veille, et à l’intérieur, on se marche vite dessus. Pour ce qui est des rôles à bord et des quarts, on a déjà tout planifié, on a fait des fiches manœuvres, mais je ne t’en dirai pas plus…

« Je pense que tout le monde a très envie de continuer »

Comment vois-tu le plateau, avec cinq Imoca ?
Je pense qu’on va s’éclater, il y a quatre bateaux de niveau à peu près équivalent [outre CorumLinkedOutBureau Vallée – ex L’Occitane – et 11th Hour Racing] et un qui est un peu plus vieux [Offshore Team Germany, l’ancien Acciona]. Ce Tour de l’Europe va être super intéressant et va nous permettre de caler nos objectifs en vue de la Transat Jacques Vabre qui est vraiment l’objectif de la saison.

Et la suite, pour toi, c’est une nouvelle campagne de Vendée Globe ?
Pour l’instant, nous sommes engagés avec Corum jusqu’à la Route du Rhum 2022, mais l’autre objectif de l’année est de faire en sorte que ça continue, je pense que tout le monde a très envie de ça. Maintenant, on n’a pas encore prouvé grand-chose, à part montrer qu’on était capables de monter un tel projet. Donc les objectifs, c’est d’abord de terminer les courses et de bien y figurer.

Jérémie Beyou vient d’annoncer la construction d’un nouveau bateau, d’autres vont suivre, est-ce que c’est aussi un objectif pour toi ?
Non, je n’ai vraiment pas du tout ça en tête, je trouve que c’est un peu tôt. Peut-être que je me trompe, mais j’aimerais réussir à faire marcher ce bateau coûte que coûte. Là, on fait des nouveaux foils, on a la chance d’avoir les moyens d’optimiser plein de choses, peut-être que dans le projet, il faudra modifier l’étrave ou l’arrière du bateau, mais pour l’instant, tout ce qui m’importe, c’est que Corum L’Épargne marche et soit bien placé sur les courses que nous allons disputer.

Photo : Eloi Sichelbaut – polaRYSE/Corum l’épargne

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