Mathieu Sarrot : « Le monde a changé en quatre ans »

La présentation officielle de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe a eu lieu jeudi dernier à la Maison de la Radio en présence de plus de 800 invités. L’occasion d’interroger Mathieu Sarrot, directeur des événements chez OC Sport Pen Duick, sur l’économie d’une transat qui prend, cette année, des dimensions hors-normes.

À édition exceptionnelle, budget exceptionnel ?
Non, on est sur un budget qui va varier entre 7,5 millions et 8 millions d’euros, contre 7,3 en 2014. La Région Guadeloupe met 1,5 million d’euros pour être partenaire-titre et 1,05 million d’euros pour accueillir l’arrivée ; la ville de Saint-Malo, partenaire premium et historique, investit 1,1 million d’euros et la région Bretagne 395 000 euros, soit plus ou moins la somme de notre quatrième partenaire principal, la Banque Populaire Grand Ouest. Après, nous sommes sur des rangs d’à peu près 100 000 euros pour les autres partenaires, avec des évolutions en fonction de l’apport en nature.

La Région Guadeloupe annonce 7 millions d’euros d’investissement dans la course…
Oui, parce qu’il y a l’engagement financier auprès de l’organisation, et ce que cela coûte réellement aux collectivités, à savoir les investissements qu’elles prennent à leur charge. Par exemple, si la ville de Saint-Malo paye à peu près 1 million d’euros pour être partenaire premium, ça lui coûte réellement 2 millions d’euros, sachant qu’il y a en plus un cahier des charges à respecter. Et la situation est différente entre Saint-Malo et la Région Guadeloupe, qui, cette année, a décidé de subventionner trois villages, ça a un coût qui n’est pas directement lié à l’organisation.

124 bateaux au départ, cela a-t-il nécessité de revoir les installations portuaires ?
Oui, tout à fait. Je souhaitais initialement limiter la participation à 100 bateaux, mais comme nous avons été un peu victimes de notre succès, nous avons accepté finalement 125 bateaux, dont un qui s’est désisté la semaine dernière [Morgan Lagravière en Imoca, NDLR]Il a fallu construire et repenser les bassins pour accueillir tout ce monde. Nous avons donc créé une marina totalement nouvelle pour les Imoca, pour un coût d’un peu plus de 130 000 euros ; on a fait évoluer la marina Vauban avec de nouveaux aménagements – 550 mètres de pontons supplémentaires pour les Multi50 et les Multi Rhum -, ainsi que la marina Ultim dans l’avant-port qui représente un coût de plus de 120 000 euros. Et comme c’est une marina qui pourrait être exposée en cas de fort vent de sud-ouest, nous sommes obligés aussi de créer une marina à Dinard pour accueillir les trois Ultim de l’avant-port en cas de force majeure et, surtout, les 67 bateaux qui passeront l’écluse la veille du départ. Ça nous revient à un peu plus de 300 000 euros en marinas temporaires et événementielles.

Le village à Saint-Malo suit-il cette courbe inflationniste  ?
Le monde a changé depuis quatre ans ! Le village va s’installer sur une superficie de 50 000 m2 – 37 000 il y a quatre ans – et accueillera 172 exposants. On a aussi 5 000 m2 d’espaces dans le Palais du Grand Large, 2 400 m2 au quai Malo, nous avons également construit plus de 10 000 m2 en dehors de ces structures. Au total, 420 bénévoles seront mobilisés sur place, 72 agents de sécurité et 120 personnes travailleront sur le départ pour l’organisation.

Et comment s’annonce l’arrivée en Guadeloupe ?
Sur l’arrivée à Pointe-à-Pitre, c’est la Région Guadeloupe qui est opératrice. C’est elle qui nous met à disposition des pontons de la marina du Bas du Fort, sachant qu’il y aura des roulements : les Ultim devront ainsi partir après la première remise des prix, le 18 au matin, pour céder leur place à d’autres bateaux. Il y aura aussi une autre marina place de la Victoire, là où les bateaux arrivent depuis 2002, pour accueillir les Imoca à fort tirant d’eau, parce que nous n’avions pas anticipé un tel succès en Imoca, avec 21 bateaux au départ.


Ce que Tip & Shaft a aussi appris lors de la présentation officielle :

  • La Guadeloupe voit grand. Doublement engagée auprès de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe comme partenaire-titre et comme port d’arrivée, et ce pour deux éditions, la Région Guadeloupe attend beaucoup de ce partenariat qui, d’après Camille Pelage, l’un de ses vice-présidents, présent jeudi à la Maison de la Radio, lui coûte en tout 7 millions d’eurospour l’édition 2018. « C’est la première fois que nous nous engageons sur deux éditions, on veut que celle-ci soit un tremplin pour la suivante, nous travaillons d’ores et déjà sur 2022 », explique-t-il. Les retombées attendues pour l’économie locale ? « Nous misons sur un retour de 3 euros pour 1 euro investi » (soit environ 20 millions), répond l’élu qui ajoute : « Nous sommes aujourd’hui à 660 000 visiteurs par an, notre objectif est d’atteindre 1 million en 2020« . Pour mettre en avant l’attrait des îles de la Guadeloupe, deux parades nautiques avec les bateaux participant à la Route du Rhum auront lieu les 17 et 24 novembre, qui passeront par les Saintes et Marie-Galante, tandis que la Région financera trois villages officiels, deux à Pointe-à-Pitre, un à Basse-Terre.
  • Qualifications : sept dérogations accordées. La date limite de qualification étant le 15 septembre, sept dérogations ont été accordées par le directeur de course Jacques Caraës, cinq des bénéficiaires ayant depuis validé cette formalité obligatoire de 1 200 milles : deux en catégorie Ultim (Armel Le Cléac’h et Romain Pilliard) et trois en classe Rhum Multi (Gérald BibotDavid Ducosson et Erwan Thiboumery). Quant à Florian Guéguen (Class40), il a dû se mettre à l’abri à Cork pour échapper à une tempête mais devrait la terminer sous peu, le seul vrai retardataire étant François Guiffant, qui n’a toujours pas mis son Imoca à l’eau et devait annoncer ce vendredi au directeur de course s’il renonce ou pas.
  • Du monde sur l’eau. Pour accompagner les 124 concurrents entre la ligne de départ de 3 milles (divisée en quatre portions) et la porte du Cap Fréhel, distante de 17 milles, d’importants moyens nautiques seront déployés sur l’eau. « Nous aurons 40 semi-rigides pour l’organisation, 12 unités de la SNSM et les moyens de l’Etat, à savoir la Douane, la Marine Nationale et la Gendarmerie maritime« , explique Jacques Caraës. A noter que le président de course sera Christophe Gaumont, Georges Priol présidera quant à lui le jury international.
  • Neflix, nouveau partenaire média. Partenaire du Class40 de Sam Goodchild via la nouvelle série Narcos : MexicoNetflix sera également partenaire-média de la course. « Nous avons un peu un trou dans la raquette pour toucher les 15-25 ans, ce partenariat un peu décalé de visibilité peut nous permettre d’accéder à un public plus jeune, avec une belle campagne de promotion autour de Sam Goodchild, mais aussi de l’épreuve elle-même », explique Mathieu Sarrot.
  • La Route du Rhum voit double. Présenté jeudi, le livre officiel retraçant quarante ans de Route du Rhum, écrit par Serge Messager (éditions Gründ), est sorti le 20 septembre. Le hasard fait qu’il a exactement la même photo de couverture que celui qui sortira en octobre chez Gallimard, signé Didier Ravon.

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