Marché des Imoca post Vendée Globe

Vendée Globe : le marché des Imoca bouge déjà

Alors que le neuvième Vendée Globe n’est pas encore terminé, nombre d’équipes et de skippers s’activent déjà en vue de la prochaine édition. Entre projets de construction neuve et marché de l’occasion déjà actif, Tip & Shaft fait le point.

Le succès du Vendée Globe 2020, qui aura été celui de tous les records – de participation, d’audience, d’intensité sportive – a un premier effet immédiat : booster la demande de bateaux en vue de la dixième édition, en 2024. « Avant, on voyait arriver l’année post Vendée Globe avec terreur, ce n’est pas le cas aujourd’hui, confirme Yann Dollo, directeur général adjoint du chantier CDK. La période est clairement plus active qu’il y a quatre ans, on avait déjà des demandes de devis avant l’arrivée et on sent que ce sont des projets sérieux ». Chez Multiplast, Yann Penfornis abonde : « Il y a quatre mois, l’année 2021 me faisait très peur, aujourd’hui, les signaux sont bien plus positifs. »

Côté bateaux neufs, on dénombre à ce jour, selon Antoine Mermod, président de la classe Imoca, « trois déclarations de construction ». Il s’agit des deux plans Verdier construits en vue de The Ocean Race11th Hour Racing (mise à l’eau en juillet) et Switchback, dont la construction chez Carrington Boats a été interrompue faute de sponsor, mais qui est sur le point de reprendre : « Le bateau n’est pas encore vendu, mais nous sommes actuellement en négociations », nous a indiqué Jason Carrington, avant de préciser qu’il espérait également construire un sistership dans les mêmes moules.

La troisième construction en cours est un sistership de L’Occitane, ce que nous a confirmé Michel de Franssu, patron du chantier Black Pepper qui a construit le bateau d’Armel Tripon : « On va poser les premiers plis de carbone dans les moules d’ici quinze jours, pour une mise à l’eau fin 2021. Il est à vendre et son acquéreur ne pourra pas participer à la Transat Jacques Vabre, mais il aura un an pour le mettre au point pour The Ocean Race ou la Route du Rhum. » Le prix affiché se situe entre 5,5 et 6,5 millions d’euros HT, selon les équipements – dixit Michel de Franssu.

 

Des projets bien avancés

Autre projet dans les tuyaux : un plan Manuard pour Jérémie Beyou. Mais ni l’intéressé, ni l’architecte, ni le team, ne confirment formellement : « On attend que Jérémie rentre pour évoquer tout ça de vive voix avec lui et avec Charal. Ce qui est sûr, c’est qu’il courra la Transat Jacques Vabre et, normalement, la Route du Rhum avec le bateau actuel qui n’est, pour l’instant, pas à vendre », nous a-t-on fait savoir du côté du team.Parmi les architectes que nous avons consultés, Vincent Lauriot-Prévost et Guillaume Verdier évoquent des « prises de renseignements », sans commande concrète pour l’instant. Philippe Oulhen, manager du cabinet Juan Yacht Design, annonce « un contrat presque signé pour un Imoca dans des nouveaux moules, un projet Vendée Globe atypique pour un étranger qui veut commencer très tôt, la construction démarrerait l’été prochain. »

D’autres skippers envisagent une construction : c’est le cas de Boris Herrmann, qui nous l’a confirmé par message, et de Kevin Escoffier, qui précise qu’« aujourd’hui, en fonction du budget [PRB cherche un co-partenaire, NDLR], le projet est soit d’acheter un bateau d’occasion, soit de construire un bateau neuf dans un moule existant, avec l’objectif d’une mise à l’eau à la fin du premier trimestre 2022. »

Parmi les autres concurrents bien partis pour enchaîner une nouvelle campagne, la réflexion bat son plein. Team manager de Maître CoQ, Anne Combier confie, à propos du vainqueur Yannick Bestaven : « La certitude, c’est qu’il a envie de remettre ça ; l’idée est d’avoir un bateau encore plus rapide, on regarde les différents scénarios. »

Phase d’interrogation également pour Louis Burton : « On a trois options : construire, mais ce n’est évident, parce que la mise au point implique un budget de fonctionnement important ; racheter un bateau récent, comme L’Occitane, qui donne envie (voir ci-dessous) ; et la troisième, qui me plaît bien, serait de modifier en profondeur le bateau actuel. »

Charlie Dalin et Thomas Ruyant, qui doivent quant à eux continuer jusqu’à la Route du Rhum avec leur plan Verdier de 2019, réfléchissent aussi à la suite. Chez TR Racing, on annonce une nouvelle paire de foils. Côté Apivia, Charle Dalin ne fait pas mystère de ses envies : « Mon avis n’a pas changé après ce Vendée Globe, rappelle-t-il. Pour prétendre à une victoire, il faudra un nouveau bateau« .

Même discours chez Sébastien Simon qui, s’il n’a pas encore discuté avec ses partenaires – son contrat avec Arkéa et Paprec expire fin 2021 -, confie : « Si on me propose un bateau neuf, je saute sur l’occasion. »

 

L’Occitane suscite des convoitises

Du côté de l’occasion, le marché ne va pas tarder à s’emballer. Parmi les Imoca de dernière génération, Hugo Boss est à vendre (l’équipe d’Alex Thomson n’a pas répondu à nos sollicitations), en attendant, sans doute, Charal, qui intéresse beaucoup de marins.Une autre machine récente est d’ores et déjà en vente, il s’agit de L’Occitane, comme cela nous a été confirmé du côté de la marque de cosmétiques : « Notre engagement n’était pas le fruit d’une décision stratégique, mais vraiment un coup de cœur pour Armel, avec la volonté de lui permettre de réaliser son rêve de courir le Vendée Globe. Il a toujours été prévu que le bateau allait ensuite être vendu, Armel était au courant, il en a eu la confirmation à son retour. »

Le plan Manuard suscite bien des convoitises, notamment de la part de Maxime Sorel, qui reconnaît : « C’est un bateau simple qui nous intéresse. Sam (Manuard) avait en plus construit mon Class40, ça met en confiance. » Prix annoncé : 4,4 millions d’euros HT.

Du côté des Imoca de la génération précédente, Seaexplorer-Yacht de Monaco, mis à prix 2,7 millions d’euros avec ses grands foils, est dans le viseur de plusieurs coureurs, notamment de ceux qui, après un bon Vendée Globe 2020, veulent remettre ça dans quatre ans sur un bateau plus performant. Damien Seguin s’est renseigné, Giancarlo Pedote est également intéressé. Benjamin Dutreux, Alan Roura et Arnaud Boissières ont tous déjà manifesté leur envie de repartir avec des ambitions à la hausse sur ce type de bateau.

Autre bateau de génération 2016 bientôt sur le marché, l’actuel 11th Hour Racing (ex Hugo Boss) sera à vendre ou à louer après la Transat Jacques Vabre 2021. Maître CoQ le sera si Yannick Bestaven change de bateau, son prix : 2,6 millions d’euros HT, selon Anne Combier. Fabrice Amedeo, lui, repart sur une campagne avec le même plan VPLP-Verdier et un co-partenaire qui succédera à Newrest.

Plusieurs Imoca à dérives transformés avec des foils vont également arriver sur le marché, comme La Mie Câline-Artisans ArtipôleLa Fabriqueainsi que Time for Oceans, Stéphane Le Diraison souhaitant lancer la construction d’un bateau neuf éco-conçu. Comptez 1 million d’euros pour acquérir l’un de ces trois Imoca. Quant à MACSF, il n’est pour l’instant pas à vendre : une décision sur l’après 2021 sera prise « dans les deux mois », selon Eric Mollard, directeur de la communication. Même chose chez Initiatives Cœur, où partenaires et team attendent le retour de Sam Davies pour évoquer l’avenir.

 

Des bateaux à dérives toujours « bankable »

Le marché des bateaux à dérives, boosté par leurs bons résultats du Vendée Globe 2020, s’annonce également actif : Banque Populaire, propriété de Mer Agitée, est à vendre 1,5 million d’euros – le sponsor, sollicité, n’a pas souhaité communiquer sur ses intentions, alors que Clarisse Crémer n’écarte pas l’idée de repartir sur une campagne.

À vendre également : Apicil (1,2 million), V&B-Mayenne (950 000), Omia-Water Family (775 000), Campagne de France (450 000). Pure-Best Westernle plan Farr de Romain Attanasio, sera disponible après la Transat Jacques Vabre. Enfin, EyeSeal’ancien bateau de Nandor Fa, est lui aussi disponible pour 850 000 euros,

Dans cette catégorie, certains projets sont déjà lancés pour 2024. Avant ce Vendée Globe, l’ex Spirit of Canada a été racheté par Antoine Cornic, qui, avec le soutien d’un sponsor niortais, Ebac, cherche à monter un projet local autour de La Rochelle et l’île de Ré – il sera au départ de la Transat Jacques Vabre. Quant à Louis Duc, il a acquis l’ex Fortil de Clément Giraud (endommagé dans un incendie avant la Jacques Vabre 2019), qu’il mettra à l’eau l’été prochain.

Et Yes We Cam ? « Il fera le prochain Vendée Globe, avec ou sans Jean. Si c’est sans lui, on accompagnera le projet techniquement, répond Anne Le Cam, team manager et épouse du quatrième du Vendée Globe. En tout cas, il n’est pas à vendre, c’est un peu comme notre maison. »

Photo : Pierre Bouras/L’Occitane

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