Gagnant Vendée Globe 2020

Qui va gagner le Vendée Globe 2020 ?

Comme lors de chaque grande course, Tip & Shaft interroge des experts afin de bâtir un pronostic et pour le Vendée Globe 2020, ils sont dix à avoir accepté de jouer le jeu cette semaine : le directeur de course, Jacques Caraës, le président de l’Imoca, Antoine Mermod, le double vainqueur Michel Desjoyeaux, Roland Jourdain et Kito de Pavant, trois participations chacun au compteur, Morgan Lagravière, contraint à l’abandon en 2016, les figaristes Sam Goodchild et Eric Péron (ce dernier a aussi navigué en Imoca), ainsi que les journalistes Pascal Sidoine (L’Équipe) et Hélène Cougoule (Canal +).

 

UN QUATUOR AU-DESSUS DU LOT

Sans réelle surprise, lorsqu’on leur demande de nous donner leur podium, quatre marins se partagent la quasi-totalité des suffrages de nos dix experts, avec toutes les réserves, précisent-ils, qu’impose un tel exercice : dans l’ordre, Jérémie Beyou (cité par tous, 3 fois sur la plus haute marche), Charlie Dalin (9 citations, 2 fois vainqueur), Thomas Ruyant (5 citations, 3 fois premier) et Alex Thomson (5 citations, 1 fois vainqueur).

« Jérémie est celui qui a eu la meilleure préparation : il avait son budget en arrivant de son dernier Vendée Globe, il a mis son bateau à l’eau avant les autres, il a pu faire une V2 des foils qu’il a encore changée, a gagné la Vendée Arctique et possède l’expérience d’un Vendée Globe terminé sur le podium », énumère Sam Goodchild. Si tous sont d’accord pour mettre en avant une préparation qui « coche toutes les cases », selon Roland Jourdain, ce dernier, et il n’est pas le seul, met un petit bémol : « Chez Jérémie, c’est le mental qui est plus compliqué. Tant que tout va bien, il est à fond, mais dès qu’il y a un caillou dans l’engrenage, il peut mettre du temps à donner le coup de talon dans le fond de la piscine. »

Le mental, talon d’Achille du skipper de Charal ? « Autant en 2016, il était « atteignable » moralement, autant cette année, je trouve qu’il a beaucoup gagné en sérénité, ça se voit et ça s’entend », répond Jacques Caraës. Pascal Sidoine ajoute : « Jérémie travaille depuis le début de l’année avec Meriem Salmi (psychologue qui accompagne de nombreux sportifs, dont Teddy Riner). J’ai pu assister à une de leurs séances, il a clairement fait du chemin là-dessus et je le sens plus en confiance à tous les niveaux. »

Derrière Jérémie Beyou, Charlie Dalin est le plus souvent cité, notamment par un Michel Desjoyeaux catégorique : « Pour moi, c’est le meilleur mec du plateau parce que c’est le seul que je connaisse qui a fait cinq podiums consécutifs sur la Solitaire du Figaro (de 2014 à 2018). C’est révélateur de la très forte capacité du garçon. Et ce qu’il a montré depuis qu’il a son Imoca va dans ce sens. » Là encore, tous mettent en avant une préparation pas loin d’être optimale au sein d’une « dream team », composée notamment de Yann Eliès, Pascal Bidégorry et François Gabart, qui ont accompagné le skipper d’Apivia. « Charlie s’est appuyé sur une équipe (MerConcept) qui a déjà gagné le Vendée Globe, résume Eric Péron. Et il ne faut pas oublier qu’il est architecte naval à la base, son approche du Vendée Globe a été très structurée, il s’est beaucoup investi dans son bateau. »

Beaucoup mettent également en avant le côté très posé du Havrais : « Il y a une espèce de sérénité qui se dégage de lui, malgré le fait qu’il soit bizuth », résume Hélène Cougoule. Ce qui n’est statistiquement pas rédhibitoire : seuls trois vainqueurs des huit précédents Vendée Globe n’étaient pas bizuths (Alain Gautier en 1992, Michel Desjoyeaux en 2008, Armel Le Cléac’h il y a quatre ans).

Complétant le podium de nos experts, Thomas Ruyant, s’il n’est cité qu’une fois sur deux sur le podium, est donné gagnant à trois reprises, comme Jérémie Beyou. « Je le vois bien créer la surprise, c’est quelqu’un qui est très à l’aise au large et sur le long terme. On l’a vu sur le dernier Vendée Globe, on le sentait épanoui, joyeux, positif, celui qui arrive à prendre du plaisir sur ces bateaux très exigeants a un gros plus« , estime Morgan Lagravière. Antoine Mermod ajoute : « Le projet LinkedOut dégage beaucoup d’énergie ; au départ, il était un peu plus petit que ceux de Charal et Apivia mais, avec son équipe, Thomas a finalement su se hisser à leur niveau, ce qui est déjà une vraie victoire. »

Au pied de notre podium, se trouve donc Alex Thomson, troisième en 2012, deuxième en 2016, qui, fidèle à son habitude, s’est peu confronté aux autres. Ce qui n’inquiète guère son compatriote Sam Goodchild : « Il fait toujours son truc dans son coin, mais à chaque fois, il arrive à être au rendez-vous pour le Vendée Globe. Je pense que, plus que les autres, c’est son unique objectif. Il a un bateau avec des choix assez radicaux, mais qui ont été faits uniquement dans l’optique du Vendée Globe. Il n’a pas été loin l’an dernier sur la Transat Jacques Vabre, mais il a fait suffisamment de milles pour faire peur à la concurrence. »

Michel Desjoyeaux estime lui aussi que Hugo Boss peut être l’arme fatale pour gagner le Vendée Globe : « C’est peut-être la machine la mieux préparée à affronter ce qui va les attendre. Et d’après ce que j’ai cru entendre, c’est l’équipe qui a poussé le plus loin des réflexions, que je n’ai pas entendues chez d’autres, sur les sollicitations du fond de coque, qui est un peu le sujet au-dessus de la pile de la fiabilité. » Eric Péron émet cependant quelques doutes : « On était jusqu’ici habitués à voir une équipe hyper préparée ; or là, toute la semaine dernière, on les a vus bricoler et ajouter des « fences » sur les foils (ailettes placées sur le profil du foil pour limiter la ventilation), ça montre qu’ils ne sont pas aussi au point cette année. » Reste que Kito de Pavant estime que l’Anglais « est sans doute celui qui a le mental le plus fort et appuiera le plus quand ce sera dur. »

 

DES OUTSIDERS AUX LONGS FOILS

Derrière ces quatre marins, un seul autre est cité sur le podium, Kevin Escoffier, que beaucoup voient capable de jouer les trouble-fêtes, en dépit d’un bateau (mis à l’eau en 2010) doté de nouveaux foils mais tout de même moins performant. « C’est une super gâchette, il coche beaucoup de cases : le mental, le technique, le sportif », analyse Roland Jourdain, rejoint par Jacques Caraës : « PRB est certes un petit cran en-dessous, mais sur le Vendée Globe, tu n’es jamais à 100% du potentiel du bateau. Kevin est un garçon très calme, il a une connaissance parfaite de la mécanique, il a super bien renforcé PRB qui était un des bateaux les plus légers de la flotte, c’est un très bon outsider. » Pour Hélène Cougoule, « s’il y en a un qui a une carte à jouer, c’est bien lui. Je ne leur souhaite évidemment pas de casser, mais pas mal de nouveaux bateaux sont encore très « verts », ce dont pourrait profiter Kevin qui est un compétiteur de fou et une vraie force de la nature. »

Les skippers disposant de nouveaux bateaux, mais mis à l’eau tardivement – Armel Tripon (L’Occitane) et Nicolas Troussel (Corum L’Epargne) – ou ayant connu des problèmes de fiabilité – Sébastien Simon (Arkéa Paprec), qui a reçu ses nouveaux foils sur le ponton de Port Olona – ne recueillent pas de suffrages. Eric Péron résume : « Sur le potentiel des bateaux, ils ont leur mot à dire, mais il y a un temps incompressible pour optimiser ces machines hyper compliquées, ça passe par des heures et des heures sur l’eau et en chantier, ils n’ont pas été au bout de ce travail de rodage. » Et, depuis la victoire du plan Finot-Conq PRB (mis à l’eau six mois avant le départ) sur le Vendée 2000-2001, aucun bateau sorti l’année d’un Vendée Globe, hormis Bonduelle (deuxième en 2004), n’est monté sur le podium.

Du côté des autres outsiders, aucun n’est cité sur le podium, mais les skippers disposant d’un bateau équipé de foils de dernière génération, ont, selon nos experts, les moyens de rentrer dans le Top 10 voire le Top 5 : c’est le cas de Sam Davies« Elle n’a peut-être pas le bateau le plus rapide, mais à chaque fois, elle arrive à revenir dans le match parce qu’elle ne lâche rien, et sur ce genre de course marathon, c’est une qualité majeure », analyse Michel Desjoyeaux. Mais aussi de Boris Herrmann« Il a un très bon bateau, un gros bagage maritime, beaucoup de ses concurrents se méfient de lui« , estime Pascal Sidoine – et, à un degré moindre, d’Isabelle Joschke, « qui a moins d’expérience, mais un bateau bien équilibré« , selon Jacques Caraës.

 

BATEAUX À DÉRIVES : DU MATCH AUSSI

Absents du podium 2016, les Imoca à dérives, sauf hécatombe, le seront encore sur la neuvième édition du Vendée Globe, les écarts de performances étant devenus trop importants avec les derniers foilers. Du coup, c’est une course dans la course qui va se jouer entre les 14 bateaux au départ non-équipés de foils. « J’en vois deux qui sortent du lot : Banque Populaire (Clarisse Crémer) déjà au top il y a quatre ans, parce que quand Paul (Meilhat) avait abandonné, il était troisième au milieu de bateaux à foils, et Apicil (Damien Seguin) dont la base n’était pas top mais qui a été vraiment bien « refité », grâce notamment à l’apport de Yoann Richomme », analyse Morgan Lagravière.

Roland Jourdain ajoute à cette liste « notre patriarche Jean Le Cam qui a encore bichonné son bateau », « le plus malin de tous » pour Kito de Pavant, Jacques Caraës ajoutant : « Jean connaît son bateau par cœur, il l’a toujours fait évoluer d’un cran supplémentaire, et il sait aller vite sans le surcharger. »

Le Top 5 de nos experts : 1. Jérémie Beyou, 2. Charlie Dalin, 3. Thomas Ruyant, 4. Alex Thomson, 5. Kevin Escoffier

Photo : Gauthier Lebec/Charal

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