La course au large olympique menacée

La course au large olympique est-elle encore menacée ?

C’est en décembre que le CIO doit valider le programme olympique de voile pour Paris 2024adopté il y a deux ans par World Sailing. Programme comprenant la nouvelle épreuve de course au large double mixte qui, au moment où débute la Conférence annuelle de World Sailing, reste sous la menace, surtout en cas de changement de président. Tip & Shaft a mené l’enquête.

La Conférence Annuelle 2020 de World Sailing, qui aurait dû avoir lieu à Abu Dhabi, s’est ouverte jeudi dernier sous forme virtuelle, pandémie de Covid-19 oblige. L’enjeu majeur est l’élection du président : le sortant, le Danois Kim Andersen, se représente face à trois concurrents, l’Uruguayen Scott Perry, l’Espagnol Geraldo Seeliger et le Chinois Quanhai Li. Mais de nombreux sujets seront abordés et votés, en particulier celui du programme des Jeux Olympiques 2024, adopté en 2018 par la fédération internationale. Qui selon Nicolas Hénard, le président de la Fédération française de voile, « reste sujet à menace tant qu’il n’est pas validé par le Comité international olympique, ce qui est prévu en décembre. »

Or, que ce soit au sein de World Sailing comme du CIO, les opposants à ce programme, et particulièrement ceux qui contestent la nouvelle épreuve de course au large double mixte, n’ont pas dit leur dernier mot. Côté World Sailing, deux « submissions » ont ainsi été déposées (pour être soumises au vote du Conseil), remettant en cause les choix effectués en 2018 : la « submission » 36, déposée par la fédération tchèque, propose qu’en cas de report ou d’annulation des JO de Tokyo, soit maintenu pour 2024 et 2028 le programme prévu en 2020 ; la 37, rédigée par les fédérations hongroise, serbe, sud-coréenne et la classe RS:X (planche olympique jusqu’en 2020, qui doit être remplacée à Marseille par la iQFoil), demande que le programme adopté pour 2024 soit reporté à 2028.

De l’avis de tous les spécialistes que nous avons interrogés, ces « submissions », nécessitant au moins 75% des suffrages, ont cependant peu de chance d’être adoptées«« Il y a eu un processus démocratique pour en arriver là, ce programme, qui va dans le sens de l’égalité des sexes, un critère important pour le CIO, a été décidé par le Conseil et ratifié par l’Assemblée générale. Je suis nouveau dans ce jeu, mais je ne vois pas à ce stade les choses se défaire, ça reviendrait à dire que les personnes qui ont voté pour voteraient maintenant contre« , résume David Graham, le directeur général de World Sailing, nommé en juillet dernier.

En revanche, ce qui pourrait davantage être de nature à remettre en cause ce programme serait l’élection d’un nouveau président à la place de Kim Andersen, qui porte ce changement. « Ce n’est pas tant ces soumissions qui m’inquiètent que l’élection, confirme une source interne à la fédération internationale. Les contestataires espèrent élire un président qui pourrait vouloir remettre en cause le programme adopté pour 2024 auprès du CIO. A part le candidat sortant, les trois autres sont assez ambigus sur ce sujet. Donc ce qui pourrait jouer dans le mauvais sens, ce serait l’impact d’un nouveau président qui émettrait des doutes auprès du CIO sur le programme proposé. »

A cela s’ajoutent des pressions à l’intérieur même du CIO, notamment de la part d’un de ses vice-présidents, le Singapourien Ser Miang NG (ex vice-président de l’ISAF, l’ancien nom de World Sailing), qui ne cache pas son hostilité à l’épreuve de course au large, avançant notamment des arguments de coûts. Ce qui peut avoir un certain écho auprès de CIO dans un contexte actuel compliqué. « Une grande partie du monde est aujourd’hui sous pression financière à cause de la pandémie, le CIO n’y échappe pas, donc ils sont à la recherche de moyens de réduire la complexité et les coûts des Jeux de Paris 2024« , souligne David Graham.

Le nouveau CEO de World Sailing tente du coup de montrer au comité olympique que non, la course au large double mixte n’est ni compliquée, ni chère : « Le nombre de jours de navigation est réduit, l’épreuve est simple à comprendre et à organiser. » Sentant pointer la menace, plusieurs partisans de la course au large double mixte se sont regroupés au sein de l’association OffshoreDoubles.org, tout juste lancée par un entrepreneur (et marin) américain, Larry Rosenfeld, qui nous écrit : « Il est temps de montrer au CIO que la course au large bénéficie d’un large soutien. »

Corinne Migraine, vice-présidente de la FFVoile et membre du conseil consultatif de cette association (avec Loïck Peyron, Dee Caffari, Stan Honey, entre autres), précise l’objectif : « L’idée est de rassembler la communauté concernée par l’offshore en double pour rendre ce format viable sur la durée et dans un souci d’universalité. C’est important de lancer cette initiative au moment où la décision du CIO est attendue. Il y a des inquiétudes, certains conservateurs brandissent des épouvantails, à nous de montrer que c’est au contraire une opportunité extrêmement bénéfique pour notre sport et un secteur en pleine croissance. » Ce que confirme David Graham : « C’est effectivement le domaine de notre sport qui connaît la plus forte croissance. Plus d’un tiers des certificats ORC délivrés cette année dans le monde sont des certificats pour courir en double. »

Les semaines à venir s’annoncent donc décisives pour l’avenir olympique de la course au large. Nicolas Hénard insiste ainsi sur les enjeux économiques liés aux choix qui vont être faits : « L’objectif, c’est de faire rayonner la voile en s’appuyant sur l’intérêt que va porter le public à cette épreuve facile à comprendre, bien médiatisée grâce à une bonne production télé, avec des grands champions… Ce coup de projecteur peut déclencher une grosse marque d’intérêt qui joue sur les droits versés par le CIO aux fédérations internationales, car elles sont financées en fonction de leur score médiatique, avec des catégories qui vont de A à E [les fédérations en catégorie A sont les mieux dotées, NDLR]. Aujourd’hui, World Sailing est en catégorie D, si  on pouvait passer en C, ça nous changerait la vie et donnerait des moyens pour organiser de belles compétitions, c’est un cercle vertueux. Je ne pense pas que ceux qui disent qu’il faut revenir au Soling, au Star ou au Finn se rendent compte de ces enjeux. » Verdict dans deux mois.


Le Figaro Bénéteau 3 définitivement écarté ? Le support de la future épreuve de course au large sera également abordé lors de la Conférence annuelle, avec la soumission au vote du Conseil de la « submission » 30 qui en précise notamment les critères : de 7 à 11 mètres (ce qui sort le Mini 6.50 du jeu), quille fixe, spi asymétrique et, alors que jusqu’ici était évoqué un « non-foiling boat », pas de foils, donc pas de Figaro Bénéteau 3. Ce qui fait dire à un observateur bien au fait de la question : « Le Figaro 3 fait trop peur, c’est un bateau trop technique sur un circuit trop professionnel. »

Photo: SSI / NastroRosa

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