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World Sailing à l’heure des choix

Les locaux londoniens du Chelsea Football Club accueillent de vendredi à dimanche le Mid-Year Meeting de World Sailing, dont l’un des principaux enjeux est le choix des supports olympiques des Jeux de Paris 2024, dont certains donnent lieu à d’intenses tractations au sein de la fédération internationale. Tip & Shaft tente d’y voir plus clair.

Si, à ce jour, les dix épreuves au programme des Jeux Olympiques de Paris 2024 ont été dévoilées – mais pas encore entérinées par le CIO, qui a le dernier mot -, le choix des supports donne encore lieu à plusieurs inconnues. Par rapport aux Jeux de Tokyo en 2020, World Sailing a d’ores et déjà choisi de conserver le 49er, le 49er FX et le Nacra 17 (mixte), la fédération internationale se penche durant ce Mid-Year Meeting de Londres sur les sept autres supports : ceux des épreuves déjà existantes – le dériveur solitaire (Laser et Laser Radial à Tokyo), la planche à voile (RS:X jusqu’ici) et le dériveur double (470 à Tokyo qui passera en format mixte en 2024) – mais aussi des deux nouvelles épreuves qui verront le jour à Marseillaise, la course au large mixte et le relais mixte en kiteboard.

La semaine dernière, la fédération internationale a donné des précisions sur chaque support et sur les recommandations qui seront faites par les différentes instances ayant planché sur le sujet au Council, l’organe décisionnaire qui se prononce dimanche lors d’un vote. Le cas le plus facile à trancher est celui du dériveur double, puisqu’un seul candidat reste en lice, le 470, le Melges 15, seul autre support ayant répondu à l’appel d’offres, s’étant retiré en cours de route.

Pour la course au large, revenue dans le jeu en novembre dernier lors du Meeting annuel de Sarasota alors qu’elle avait été écartée six mois plus tôt au Mid-Year Meeting de Londres, le groupe de travail qui a planché sur le sujet va proposer une recommandation (« submission ») visant à établir d’ici la fin de l’année – comme Tip & Shaft l’annonçait récemment – une liste de bateaux (un projet de liste a été récemment dévoilé par Sailing Illustrated) sur lesquels pourraient avoir lieu les épreuves qualificatives. Le choix définitif du support, issu de cette liste, est prévu avant fin 2023 : « La soumission sur l’offshore est plus une soumission stratégique de calendrier pour éviter des débats potentiellement houleux, ce qui est plutôt pas mal joué de la part de Kim Andersen », note un bon connaisseur du dossier.

Cela signifie-t-il que la course au large est encore menacée, notamment par les partisans du Finn qui n’ont toujours pas digéré d’avoir été écartés à son profit ? « Rien n’est jamais acquis,poursuit la même source. Les Finnistes ne pourront pas bouger avant novembre, parce que retourner la décision de Sarasota ne peut se faire qu’en Assemblée générale avec 75% des suffrages. Mais ils se sont exprimés récemment sur le sujet [voir la lettre ouverte adressée cette semaine à World Sailing, NDLR] et annoncent la couleur pour la fin de l’année : ils vont tenter de retourner la situation« . Du côté de la FFVoile, qui a grandement contribué à la volte-face du dernier Meeting annuel, l’intention de Nicolas Hénard et de son équipe est d’adopter une attitude prudente et discrète lors de ce Mid-Year Meeting, afin de ne pas mettre en difficulté l’offshore.

Pour ce qui est du dériveur solitaire, les débats s’annoncent tendus. World Sailing a mis en place un processus de sélection passant par un appel d’offres puis par des tests en mer en mars à Palma de Majorque dont les résultats ont été dévoilés la semaine dernière. L’Evaluation Panel qui y a procédé a estimé, selon les propres mots de Kim Andersen dans une longue interview accordée cette semaine à Scuttlebutt Sailing News« le Laser et le RS Aéro adaptés«  (au cahier des charges de World Sailing), avec avantage au second, beaucoup mieux noté.

La balle est désormais dans le camp de l’Equipment Committee qui doit faire une recommandation au Council. « Le committee va peut-être voter pour un des deux mais il peut aussi ne rien décider et renvoyer la patate chaude au Council », précise un connaisseur de la mécanique de World Sailing. Le tout sur fond de conflit entre la classe internationale Laser et Laser Performance, son constructeur pour l’Europe et les Etats-Unis, qui s’est vu retirer récemment son accréditation par ladite classe, contraignant cette dernière à changer le nom du support en ILCA Dinghy car l’appellation Laser appartient au constructeur.

Tension également en ce qui concerne la planche à voile : en charge de la réévaluation du support afin de se conformer aux règles européennes anti-monopole, le « Board of directors » de World Sailing a choisi de se passer de tests. « Il n’y a pas eu de tests car quand nous avons dit ce que nous voulions pour cette épreuve, le résultat était très très proche de ce que nous avions déjà, la RS:X, donc la recommandation est de conserver l’équipement actuel », précise Kim Andersen, toujours dans Scuttlebutt Sailing News.

Une décision qui a fait bondir certains, notamment le double champion olympique en titre, le Néerlandais Dorian van Rijsselberghe, qui, dans une lettre ouverte à World Sailing, a fait part de sa « grande déception de noter que la recommandation du Board au Council était de conserver la RS:X sans passer par des tests », soulignant l’absence de spécialistes de la planche dans le groupe de travail ayant planché sur le sujet et la mauvaise qualité de la RS:X. Ce coup de gueule de celui qui milite pour un support à foil pour davantage attirer les jeunes ne devrait cependant pas infléchir la position de World Sailing.

Enfin, la recommandation pour le kiteboard devrait préconiser de s’appuyer sur la classe IKA Formula Kite, avec des spécifications techniques strictes arrêtées deux à trois ans avant les Jeux, afin de permettre au matériel de continuer à évoluer d’ici là, et une publication d’une liste de fabricants labellisés.


Quel avenir pour les World Cup Series ? Dans la deuxième partie de son interview accordée à Scuttlebutt, le président de World Sailing, Kim Andersen, estime que « les World Cup Series n’ont pas eu le succès attendu« , notamment pour des raisons de calendrier. Le Mid-Year Meeting va se pencher sur la question, avec des tendances qui se dégagent, si l’on en croit Guillaume Chiellino, directeur de l’équipe de France et membre de l’Event Committee : « L’idée de départ de créer un circuit élite était bonne, le problème, c’est que ça a eu pour effet d’alourdir un peu plus un calendrier déjà chargé et de contraindre les athlètes à faire des choix, notamment cette année en avril ou mai, où certaines compétitions en ont pâti. L’une des pistes serait de labelliser Coupe du monde des grandes classiques comme Palma, Hyères, Miami, Kiel, Medemblik et de les protéger dans le calendrier. Elles serviraient à se qualifier pour une régate finale qui, dans la tête du président de World Sailing, aurait lieu sur le plan d’eau des Jeux, cela ne ferait plus qu’un événement par an ».

Photo : Sail Energy

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