A quoi ressemblera The Ocean Race 2021-2022 ?

L’Espace 2000 du Nautic de Paris affichait plus que complet mardi dernier à l’occasion de la présentation, par ses nouveaux co-propriétairesRichard Brisius et Johan Salén, du bilan de la dernière édition de la Volvo Ocean Race et de l’avenir de la course dont le nouveau nom est  désormais The Ocean Race. En dehors de cette révélation, peu d’annonces ont été faites sur la prochaine édition. Tip & Shaft a tenté d’en savoir plus.
Un nouveau nom et bientôt une nouvelle identité visuelle
La Volvo Ocean Race n’est plus, il faut désormais parler de The Ocean Race. Même si le constructeur automobile suédois reste partenaire principal de la course autour du monde pour la prochaine édition, il n’est en effet plus le partenaire-titre. Pourra-t-il être remplacé par une autre marque qui donnerait à son tour son nom à l’épreuve ? “Notre souhait est de garder le nom le plus neutre possible, mais en même temps, on ne veut pas complètement fermer la porte à un sponsor titre, donc l’idée serait davantage de proposer une formule comme The Ocean Race presented by…”, répond Johan Salén qui a annoncé mardi que la nouvelle identité visuelle de la course serait prochainement dévoilée.

Une seule jauge, des aménagements pour l’équipage

Avant la présentation de The Ocean Race par ses organisateurs, l’assemblée générale de l’Imoca, réunie dans la matinée, s’est prononcée à la quasi-unanimité (71 pour, 4 abstentions, 0 contre) en faveur de la nouvelle version de la jauge élaborée par le président de la classe, Antoine Mermod, et le comité technique. Dans le fond, rien ne change, mais dans la forme, la règle est écrite de façon beaucoup plus didactique, si bien que ce sera beaucoup plus facile pour des gens qui entrent dans la classe de se l’approprier et pour ceux qui arbitreront de trancher”, explique Antoine Mermod.

Initialement, ce dernier avait prévu une jauge spécifique équipage en vue de The Ocean Race, ce n’est finalement pas le cas, la jauge étant la même à quelques aménagements près – le principal étant la réduction du volume des ballasts en version équipage pour prendre en compte le poids de celui-ci. “Il y a eu un débat entre faire deux documents ou un seul. Mais comme on veut que les mêmes bateaux puissent concourir dans toutes les courses ouvertes aux Imoca, il était plus cohérent de faire une jauge unique. Plus on facilite la conversion entre les deux modes, plus on a de chances de concrétiser notre projet de rapprochement entre les deux univers”, poursuit le président de la classe.

Impliqué dans ces discussions, Vincent Riou ajoute : “Ce n’était pas simple de réunir tout le monde autour de ce projet, mais ça permet d’avoir des bateaux réversibles, ça prend moins de temps, ça coûte moins d’argent et c’est plus lisible“. Est-ce que cela signifie pour autant qu’un bateau typé Vendée Globe pourra gagner The Ocean Race ? “Gagner la course, non, un bateau construit en vue de la Volvo gardera l’avantage, mais faire des podiums voire gagner des étapes, oui”, répond l’architecte Juan Kouymoudjian.

Un parcours allégé avec plus de portant

Le gros dossier du moment pour l’organisation – qui y travaille depuis septembre – reste le parcours de l’édition 2021-2022, qui devrait être dévoilé “avant le deuxième trimestre 2019”, selon Johan Salén, qui précise : “D’ici la fin du mois de mars, nous devrions connaître les régions et l’ordre des étapes, il faudra ensuite contractualiser avec les villes, sachant qu’aujourd’hui, 45 d’entre elles nous ont fait part de leur intérêt. Et si le co-président de la course estime qu’il “est important de garder le concept de la course, à savoir aller sur tous les continents”, une chose est certaine : ce parcours tiendra compte des particularités de la jauge Imoca. Il y aura moins de près, plus de portant et plus de Sud. C’est toujours très important d’aller en Asie, mais on veut y aller d’une façon moins pénible que la dernière fois : ça avait pris beaucoup de temps pour aller à Hongkong [depuis Melbourne, NDLR], on veut essayer d’y aller d’une façon plus simple. Il y a d’autres parties du parcours où on peut aussi éviter du près et du petit temps”.

Directeur de course, Phil Lawrence ajoute : “Nous essayons de dessiner un parcours avec beaucoup de portant, encore plus que sur le parcours traditionnel, avec des étapes dans le Sud plus longues, mais c’est comme faire un puzzle parce que devons tenir compte de plusieurs contraintes météo : la saison des ouragans en Atlantique, celle des cyclones dans le Pacifique, nous devons enrouler le Cap Horn avant fin mars, prendre en compte le fait qu’en Chine et en Extrême-Orient, plus tu montes au nord, plus tu risques de tomber dans la mousson…”. Ainsi l’une des pistes de réflexion en cours est-elle une première étape entre Alicante et le Brésil, puis une seconde entre le Brésil et l’Australie, l’escale sud-africaine n’intervenant qu’après le passage du Horn – et un détour par l’Asie auparavant -, avant que la flotte ne remonte vers les Etats-Unis.

L’autre certitude tient à la réduction du nombre d’étapes, qui a donné lieu à des débats nourris :“Nous avons dû trouver un compromis : les teams Imoca en voulaient moins que les équipes « traditionnelles » de la Volvo qui préféraient plus d’escales pour des raisons commerciales”, confirme Phil Lawrence. Résultat des courses : “Il y aura sept ou huit étapes”, répond Johan Salen. Dont une en France ? “On sait que c’est important pour les équipes françaises, donc c’est une ambition pour nous”, ajoute-t-il. Selon nos informations, l’une des hypothèses sur la table est un prologue à Marseille, avant que la flotte ne rejoigne Alicante pour le départ en octobre.

10-15 équipes Imoca espérées et 5-7 VO 65

L’assistance présente mardi tenait du Who’s Who de la voile française et internationale : Franck Cammas, Charles Caudrelier, Alain Gautier, Paul Meilhat, Vincent Riou, Fabrice Amedeo, Stewart Hosford et Ross Daniel pour Hugo Boss, Sam Davies, Louis Burton et Servane Escoffier, Eric Péron, Boris Herrmann, Conrad Colman, Marcus Hutchinson, Romain Attanasio, Alan Roura, Pierre-François Dargnies pour le Team Charal, des représentants de Offshore Team Germany mais aussi d’équipes présentes sur la dernière Volvo (Dongfeng Race Team, Mapfre, Brunel, AkzoNobel), Charlie Enright, ex skipper de Vestas 11th Hour Racing

Combien seront-ils au départ d’Alicante en octobre 2021 ? Johan Salén espère “10-15 Imoca et 5-7 VO65 [ces derniers étant réservés à des équipages jeunes, NDLR], précisant : “Aujourd’hui, personne n’a de projet financé, mais on a de bonnes marques d’intérêt de la part des équipes ayant participé à la dernière Volvo comme d’équipes complètement nouvelles et on essaie de travailler le plus possible avec les teams actuels d’Imoca”. Des teams Imoca dont la priorité, comme le souligne Antoine Mermod, est “l’accessibilité budgétaire” de The Ocean Race, et qui ont déjà obtenu d’importantes avancées, comme la réduction du nombre d’équipiers (cinq plus un mediaman pour l’instant) et d’étapes. D’autres sujets sont à l’étude, notamment techniques (un seul jeu de foils autorisé sur la course plus un de spare, limitation du nombre de jours de « two-boats testings »…), qui figureront dans l’avis de course définitif qui doit être publié ces jours-ci.

Cela suffira-t-il à faire venir au moins cinq équipes actuellement sur le circuit Imoca – l’objectif des organisateurs ? Interrogés mardi, la plupart des teams ou skippers restent très prudents, à l’instar de Stewart Hosford (Hugo Boss) qui confie : “Le projet est intéressant, mais c’est encore difficile d’évaluer aujourd’hui combien ça va coûter et si c’est commercialement intéressant pour nos partenaires. Pour l’instant, notre seule priorité est de gagner le Vendée Globe”. Parmi les autres équipes ou skippers ayant montré des marques d’intérêt, on trouve Sam Davies et Boris Herrmann, mais également des structures comme MerConcept (voir notre interview de François Gabart) et BeYou Racing. Associé à Eric Péron, Fabrice Amedeo ne fait pas mystère de son envie de s’aligner au départ d’Alicante avec son bateau actuel ; le skipper de Newrest Art & Fenêtres, qui a déjà commencé à travailler le dossier, évalue à 7 à 8 millions d’euros sur deux ans le budget nécessaire pour participer à The Ocean Race.

Du côté des teams étrangers, et particulièrement de ceux qui sortent de la Volvo 2017-2018, les projets semblent plus avancés. Les architectes sont prêts à se lancer comme Vincent Lauriot-Prévost qui évoque “des discussions en cours avec quatre teams”, Guillaume Verdier nous ayant confié par message travailler pour une équipe, tandis que Juan Kouyoumdjian nous a expliqué mardi : “Cela fait presque un mois qu’on a commencé nos études, nous sommes en train de formaliser des ententes avec deux ou trois équipes pour partager la R&D”. Lesquelles ? Mystère, mais “elles sont étrangères et ont fait la dernière Volvo”, finit par lâcher le Franco-Argentin. Présent à la conférence presse de Paris, l’équipe de Team Campos, qui gérait le projet Mapfre, entend bien être présente sur la prochaine Ocean Race : “Nous n’étions pas favorables à cette évolution de la course mais maintenant qu’elle est là, nous allons tout faire pour y participer“, annonce Cesar Elizaga. Le directeur général de Team Campos estime, lui – comme la plupart des candidats issus de la Volvo – le budget de participation entre 20 et 25 millions d’euros, soit près du triple des montants avancés par les équipes Imoca.

Parmi les autres projets étrangers, participants ou non de la dernière Volvo, Chris Nicholson, ex de Team AkzoNobelnous avait confirmé lors du Yacht Racing Forum travailler sur le sujet avec le Danois Nicolai Sehested et le soutien de Nathalie Quéré et de Gilles Chiorri, qui dirigeaient la campagne néerlandaise 2017-2018. Dongfeng Race Team, qui a remporté la dernière édition, reste en réflexion (voir l’interview d’Hervé Favre la semaine dernière), tandis qu’Oman Sailcomme nous l’avait confié David Graham en début d’année, n’a jamais caché son désir de se lancer dans la course autour du monde en équipage. “On s’y intéresse de près”, a confié à Tip & Shaft Franck Cammas, vainqueur de la Volvo en 2011-2012, et désormais en charge des activités en France de la structure omanaise.